On croyait venir pour un nouveau solo de Peter Parker, et Marvel a encore trouvé le moyen de lui coller un géant vert dans les pattes. Dans Spider-Man: Brand New Day, Hulk ne fait pas de la figuration : il devient la pièce qui dérègle la machine et, au passage, l’un des rares éléments vraiment vivants du MCU récent.

Depuis Spider-Man: Homecoming en 2017, la saga portée par Tom Holland n’a jamais vraiment laissé son héros respirer seul. Le premier opus le branchait à Tony Stark, Far From Home le faisait tourner autour de Mysterio et de l’héritage des Avengers, puis No Way Home transformait le film en réunion de famille multiverselle avec Doctor Strange, Tobey Maguire et Andrew Garfield. Autant dire que le “solo” chez Marvel, c’est un peu comme une promesse de studio à 200 millions de dollars : ça sonne bien, puis ça s’évapore dès qu’un personnage plus gros passe dans le couloir. Ici, Brand New Day prolonge cette logique, mais avec une idée plus maligne qu’à l’habitude : faire de Bruce Banner un miroir tordu de Peter Parker, plutôt qu’un simple invité de luxe.

Le film, réalisé par Destin Daniel Cretton, s’inscrit dans une phase du MCU où la franchise cherche moins à empiler les caméos qu’à leur donner une fonction dramatique. Et ça change tout. Après une décennie à faire du Hulk une créature tantôt comique, tantôt sous-exploitée, l’opus lui rend enfin une vraie densité. Mark Ruffalo, qui incarne Bruce Banner depuis The Avengers en 2012, retrouve ici une tension qu’on n’avait plus vraiment sentie depuis Avengers: Age of Ultron en 2015. Le bonhomme n’est pas là pour faire le pitre en CGI : il sert de contrechamp tragique à Peter, et ça, mine de rien, c’est du cinéma de super-héros qui sait encore raconter quelque chose.

Le monstre dans le miroir

Dans Brand New Day, Bruce Banner intervient d’abord comme une sorte de mauvais exemple utile. Peter traverse une mutation liée à son ADN d’araignée, avec cette vieille angoisse très Marvel de la transformation qu’on ne maîtrise plus. Banner, lui, connaît ce combat depuis toujours : lutter contre son propre corps, sa colère, sa part animale, son identité qui déborde. On n’est pas dans la psychologie de comptoir, on est dans la vieille mythologie du double, du monstre intérieur, du demi-dieu qui se prend les pieds dans sa propre légende. Et là, le film a une idée simple mais solide : plutôt que de faire de Hulk un sauveur, il en fait un avertissement.

Le détail le plus intéressant, c’est que Bruce Banner semble avoir trouvé une forme de paix. Il est professeur à l’université, loin du statut de fugitif et de machine de guerre qu’il a longtemps traîné comme un boulet. Sauf que Marvel adore rappeler qu’aucune stabilité ne dure longtemps dans ses récits, surtout quand un personnage a un monstre en lui. La réapparition de Hulk, quand elle survient, a quelque chose de brutal, presque archaïque. On retrouve enfin une créature qui fait peur, qui pèse, qui écrase. Depuis Age of Ultron, Hulk n’avait pas eu une telle présence : pas juste un gag géant, mais une menace, un corps hors de contrôle, une catastrophe ambulante.

Affiche de Spider-Man : Brand New Day
Affiche de Spider-Man : Brand New Day

Un professeur, un géant, et la gueule de bois cosmique

Ce qui fonctionne aussi, c’est la manière dont le film exploite la fatigue de Banner. Le personnage n’a plus rien du symbole triomphal des premiers Avengers ; il porte l’usure d’un type qui a survécu à Thanos, à ses propres transformations, à l’institutionnalisation du héros Marvel. Les étudiants qui le harcèlent pour entendre parler de ses exploits disent beaucoup du MCU lui-même : une machine à fantasmes devenue son propre musée, où les légendes sont déjà des anecdotes de campus. C’est drôle, un peu triste, et surtout très juste.

Le texte source évoque aussi un point qui compte pour la suite : Hulk ne semble pas en position de rejoindre Avengers: Doomsday. Pas de mention dans l’annonce de casting, pas de présence repérée dans les images déjà diffusées. Rien d’étonnant, au fond. Marvel aime découper ses figures majeures, les faire patienter, les réintroduire au moment où le public a presque oublié qu’elles existaient. C’est la vieille stratégie de la poule aux œufs d’or : on garde le personnage au frais, on le ressort quand la franchise a besoin d’un coup de jus. Reste à savoir si ce silence prépare un retour plus massif dans Avengers: Secret Wars en 2027, ou si Banner va d’abord devoir recoller les morceaux de sa propre carcasse narrative.

Le futur des Avengers, ou l’art de laisser mijoter

Le plus malin, dans cette configuration, c’est que Brand New Day ne traite pas Hulk comme un simple pont vers la suite. Il lui offre une trajectoire autonome, presque intime, avant de le rebrancher au grand circuit des Avengers. C’est rare, chez Marvel, de voir un personnage traverser un film en laissant derrière lui autre chose qu’un teasing de plus. Là, il y a une vraie sensation de conséquence. Si Peter disparaît à la fin du film, comme le suggère la scène post-générique évoquée par la source, alors les deux figures principales du récit se retrouvent dans la même position : absentes, déplacées, en attente de réinvention.

Et c’est peut-être ça, le vrai sujet du film : comment continuer à exister quand on a déjà été tout, ou presque ? Peter Parker n’est plus l’ado émerveillé des débuts, Bruce Banner n’est plus seulement le savant maudit, et le MCU, lui, cherche encore comment passer le flambeau sans se tirer une balle dans le pied. On attendait un simple affrontement entre Spider-Man et Hulk ; on se retrouve avec une réflexion assez fine sur la fatigue des héros, leur héritage et leur impossibilité de rester stables. Pas mal pour un blockbuster qui, sur le papier, devait surtout faire du bruit. Comme quoi, parfois, le monstre vert a plus de choses à dire que le multivers tout entier.

Et si le prochain grand coup de Marvel consistait moins à empiler les apparitions qu’à laisser ses personnages s’abîmer un peu, pour de vrai ? Voilà une idée qui ferait presque peur. Donc forcément, elle a une chance de marcher.

Bande-annonce VF de Spider-Man : Brand New Day

Part.
Laisser Une Réponse