Dans Spider-Man: Brand New Day, Peter Parker encaisse, les invités débarquent, et Marvel continue de recycler ses vieux liens comme un magicien qui ressort le même lapin mais avec une meilleure lumière. Le film a bien failli ajouter un pont supplémentaire avec l’ère Netflix : Claire Temple, incarnée par Rosario Dawson, a tourné une scène avant d’être coupée au montage.

La révélation vient de Rosario Dawson elle-même, lors d’un panel à GalaxyCon Raleigh, relayé par The Playlist : l’actrice dit avoir tourné une séquence pour le long métrage, avant de disparaître de la version finale. On parle ici d’un personnage qui n’est pas un simple clin d’œil de fan service, mais l’une des vraies charnières de l’ancien coin télévisuel Marvel-Netflix. Claire Temple, apparue dès la première saison de Daredevil, a circulé de Jessica Jones à Luke Cage, puis Iron Fist et The Defenders, au point de devenir une sorte de suture narrative entre les séries. Une infirmière, oui, mais surtout un sas entre les justiciers, les blessures et les secrets. Pas exactement un rôle décoratif.

Ce n’est pas anodin, parce que Brand New Day joue précisément avec cette mémoire-là. Le film, réalisé par Destin Daniel Cretton, met en scène un Peter Parker isolé comme rarement dans cette version incarnée par Tom Holland, tout en l’entourant d’autres figures héroïques qui donnent au récit une texture de comic book vivant. Mark Ruffalo en Hulk, Jon Bernthal en Punisher, Florence Pugh en Yelena Belova : le casting fonctionne parce qu’il ne ressemble pas à une parade de trophées, mais à un réseau de trajectoires qui se croisent. Et Claire Temple aurait été la petite pièce de plus dans cette mécanique de continuité, celle qui dit : oui, cet univers a une mémoire, et il n’a pas encore totalement coupé le cordon avec Netflix.

Une infirmière, un justicier, et le vieux monde qui refuse de mourir

À ce stade, le choix paraît presque évident. Si Frank Castle débarque avec ses méthodes de bourrin et que Spider-Man finit à l’hôpital, qui mieux qu’une infirmière habituée aux super-héros pour recoller les morceaux sans faire sauter l’identité du gamin ? Claire Temple aurait permis une transition élégante, simple, presque trop logique pour un film de studio où la logique se fait parfois marcher dessus par les impératifs de continuité. Le texte source évoque d’ailleurs cette fonction pratique : un personnage capable de prendre en charge les blessés tout en comprenant la discrétion nécessaire autour de Peter. Bref, la solution propre. Trop propre, peut-être, pour un montage final qui a préféré laisser planer le mystère.

Affiche de Spider-Man : Brand New Day
Affiche de Spider-Man : Brand New Day

Il faut dire que l’héritage Netflix pèse encore dans la mythologie Marvel, même après la reprise en main par Disney. Charlie Cox a déjà réinstallé Daredevil dans le paysage MCU, Jon Bernthal a remis le Punisher dans la danse, et les retours de figures issues des séries ont fini par devenir une manière de rassurer les fans tout en densifiant l’ensemble. Claire Temple aurait été un retour moins spectaculaire, mais peut-être plus malin : pas un feu d’artifice, plutôt une couture. Et dans une franchise qui adore les grands gestes, ce genre de détail a presque quelque chose de subversif.

Le montage, ce grand coupe-coupe des ambitions

Le plus amusant, c’est que cette absence dit autant sur le film que la présence aurait pu dire. En coupant Claire Temple, l’équipe de Brand New Day a sans doute choisi la lisibilité immédiate plutôt que l’explication supplémentaire. On peut comprendre : introduire un personnage secondaire issu d’un ancien écosystème télévisuel, c’est risquer de ralentir le tempo, de charger le récit d’une petite note de bas de page que tout le monde n’a pas envie de lire en pleine séance. Sauf que Marvel a précisément bâti sa force sur ces couches-là, sur ces allers-retours entre films, séries, cameos et héritages. Le studio adore faire mine de tout connecter, puis s’étonne qu’on lui demande de relier les points. C’est un peu son péché originel, et sa poule aux œufs d’or en même temps.

Le cas Claire Temple rappelle aussi une chose assez simple : les scènes coupées sont souvent les plus révélatrices, parce qu’elles montrent la frontière entre ce qu’un film veut raconter et ce qu’un studio accepte de laisser respirer. Rosario Dawson n’apparaît donc pas dans la version visible, mais son tournage confirme que Spider-Man: Brand New Day a longtemps hésité à pousser encore plus loin le dialogue avec l’ère Netflix. On n’a pas eu Claire Temple, mais on a eu la preuve que Marvel continue de fouiller dans ses tiroirs avec une obstination de brocanteur de luxe. Et franchement, tant que ça donne des films où Spider-Man se retrouve à la croisée des mondes, on ne va pas faire les difficiles. Pas tout de suite.

Reste une question, la seule qui vaille vraiment : si Claire Temple a sauté au montage, qui d’autre attend encore de sortir du placard Marvel ?

Bande-annonce VF de Spider-Man : Brand New Day

Part.
Laisser Une Réponse