Ridley Scott revient avec The Dog Stars, et l’industrie regarde déjà la météo du box-office avec la mine d’un comptable un lundi matin. Entre un budget annoncé à 110 millions de dollars et des projections domestiques qui plafonnent entre 18 et 23 millions, le film n’a pas le droit à l’erreur. Ou plutôt si, mais ça coûterait cher.

À ce stade, on parle d’un long métrage de science-fiction post-apocalyptique produit par Disney et 20th Century Studios, prévu en salles le 28 août 2026 aux États-Unis. Le contexte n’a rien d’anodin : la fin de l’été sert souvent de sas aux studios pour écouler les titres moins évidents, ceux qui n’ont pas forcément la gueule d’un mastodonte calibré pour la poule aux œufs d’or. Sauf qu’ici, Ridley Scott n’est pas en train de bricoler un petit film de genre à l’ancienne. On est sur une production lourde, avec des ambitions de blockbuster, et donc une équation financière qui réclame bien plus qu’un simple démarrage correct. Le problème n’est pas l’intérêt du projet, mais le prix de son ticket d’entrée.

Dans le même créneau, Coyote vs. Acme est attendu autour de 12 à 18 millions de dollars, tandis que Idiots ne devrait pas peser lourd dans la balance. Le vrai concurrent symbolique, lui, s’appelle surtout la fatigue du public, ce vieux démon qui ne se laisse pas acheter par une affiche bien lustrée. Et puis il y a l’autre donnée du moment : Spider-Man: Brand New Day termine sa course, The Odyssey de Christopher Nolan continue de faire tourner les têtes avec 1,34 milliard de dollars au compteur mondial, et le marché reste sous tension. Autrement dit, The Dog Stars arrive au mauvais moment pour jouer les sauveurs. Il lui faudra plus qu’un nom prestigieux pour transformer l’essai.

Scott, l’Olympe et la facture salée

Pour rappel, Ridley Scott n’est pas n’importe qui dans le paysage hollywoodien. Alien, Blade Runner, Gladiator, Thelma & Louise : le bonhomme a empilé les classiques comme d’autres collectionnent les tickets de caisse. C’est aussi l’un des réalisateurs les plus rentables de l’histoire du box-office, ce qui explique qu’on continue de lui confier des projets à gros budget malgré un marché devenu nerveux comme un chat dans une salle de montage. Mais le prestige, à Hollywood, n’annule pas les lois de la gravité économique. Il les maquille, au mieux.

Le scénario de The Dog Stars repose sur Hig, un pilote incarné par Jacob Elordi, qui survit dans un monde ravagé avec Bangley, joué par Josh Brolin, avant qu’un signal radio ne vienne fissurer cet équilibre de bunker. Le casting aligne aussi Margaret Qualley, Guy Pearce, Benedict Wong et Allison Janney. Sur le papier, on a de quoi tenir un film de survie tendu, presque métaphysique. Dans les faits, la question est plus brutale : est-ce que ce genre de distribution suffit encore à faire lever les foules ? Pas vraiment, et c’est bien là que le bât blesse. Le film a du pedigree, pas forcément des têtes d’affiche qui déplacent les masses.

Affiche de The Dog Stars
Affiche de The Dog Stars

Elordi, le nouveau visage, pas encore le passe-partout

Jacob Elordi monte, c’est évident. Entre ses rôles dans Wuthering Heights et Frankenstein, il s’installe progressivement comme un visage bankable, ou du moins comme une présence qui intrigue. Mais un acteur en ascension n’est pas encore une machine à ouvrir les portefeuilles. On peut aimer son aura, sa silhouette, son côté un peu spectre romantique, ça ne remplace pas un nom qui déclenche automatiquement le réflexe du multiplexe. C’est là que le film joue une partie serrée : il mise sur l’idée qu’un jeune premier peut porter un récit de fin du monde à lui seul. Ambitieux, oui. Risqué, aussi. À Hollywood, le charisme ne rembourse pas un budget de 110 millions.

Le plus intéressant, dans cette affaire, c’est peut-être la logique industrielle qu’elle révèle. Disney semble tester la valeur d’un film de SF adulte en salles, avec l’idée qu’un éventuel échec théâtral puisse être partiellement absorbé par une exploitation secondaire, possiblement sur Hulu. On n’est pas loin du vieux calcul du studio qui préfère tenter sa chance sur grand écran plutôt que d’envoyer directement un projet trop coûteux en streaming. Une manière de sauver les meubles, ou de retarder l’addition, selon l’angle qu’on préfère. Et si le film ne tient pas ses promesses, il pourra toujours servir d’exemple à la prochaine réunion de stratégie, ce qui est une forme de postérité assez triste, mais très hollywoodienne. Le cinéma de studio adore encore les paris, à condition de ne pas trop regarder la note.

Le désert, la radio et le petit miracle espéré

La projection de départ, entre 18 et 23 millions de dollars aux États-Unis, n’a rien d’un désastre absolu pour un drame de SF non issu d’une franchise. Le souci, c’est l’écart entre ce démarrage et l’objectif mondial implicite : au moins 275 millions de dollars pour que Disney considère l’opération comme un succès en salles. On est donc sur une marche très haute, surtout pour un film qui devra compter sur l’international, sur la durée, sur des critiques solides et sur un bouche-à-oreille plus généreux que la moyenne. En clair, il lui faut des jambes. Et pas des petites. Sans un vrai sursaut à l’étranger, The Dog Stars risque de finir comme un beau projet trop cher pour son propre bien.

Ce qui rend l’affaire presque cruelle, c’est que Ridley Scott sait encore fabriquer des images qui ont de la tenue, des mondes qui respirent, des espaces où l’on sent la poussière et la menace. Mais le marché, lui, ne récompense plus seulement la maîtrise visuelle. Il veut du bruit, du concept, du rendez-vous, de la franchise ou du phénomène. Le film de Scott arrive donc comme un objet un peu à contretemps : trop cher pour être modeste, trop original pour être un événement automatique, trop sérieux pour jouer la carte du pur divertissement. Bref, un drôle d’animal. Et dans cette jungle-là, même un demi-dieu peut se faire croquer. Le box-office adore les légendes, mais il préfère les garanties.

Alors oui, on peut toujours espérer un petit miracle de dernière minute, une réception critique qui change la donne, un emballement international, une curiosité surprise. Mais à l’heure où les studios comptent leurs billes avec une précision de chirurgien, The Dog Stars ressemble déjà à ces films qu’on défend après coup en expliquant qu’ils méritaient mieux. Peut-être. Ou peut-être que le marché a simplement décidé de rappeler à Ridley Scott que même les monstres sacrés doivent parfois passer à la caisse. Et ça, franchement, ça pique un peu.

Bande-annonce VF de The Dog Stars

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