Vous l’avez peut-être croisé au détour d’une rue : ce restaurant qui vous servait des plats délicieux affiche désormais un rideau métallique baissé. Cette boutique de quartier où vous achetiez votre pain a disparu du jour au lendemain. Derrière ces façades closes se cache une réalité que personne n’ose vraiment regarder en face. En 2025, plus de 68 000 entreprises françaises ont fermé leurs portes, un record historique qui pulvérise tous les chiffres des 35 dernières années. Mais ce qui terrifie vraiment, c’est que ce chiffre ne raconte qu’une partie de l’histoire. Car pendant que ces entreprises sombrent dans les procédures collectives, 457 000 autres ont été purement et simplement radiées, soit une hausse vertigineuse de 50 % par rapport à l’année précédente.
L’essentiel à retenir
- 68 574 défaillances d’entreprises enregistrées en France en 2025, soit 4 % de plus qu’en 2024
- Les PME concentrent l’essentiel des fermetures avec une hausse de 6 % sur un an
- Trois secteurs en première ligne : bâtiment, commerce de détail et restauration
- La durée de vie moyenne d’une entreprise individuelle : seulement 4,6 ans
- 30 % des nouvelles entreprises ferment avant leur premier anniversaire
Le choc des chiffres qui dérangent

Parlons franc. La France vit une hémorragie entrepreneuriale sans précédent. Les statistiques officielles révèlent un paysage économique en pleine mutation, où le taux de cessations grimpe inexorablement pour atteindre 15 % en moyenne. Mais ce pourcentage masque une disparité cruelle : les entreprises individuelles affichent un taux de cessation de 22 %, contre seulement 7 % pour les sociétés structurées. Ce n’est pas un hasard, c’est un système à deux vitesses où les plus fragiles paient le prix fort.
Regardons les chiffres sans fard. Au deuxième trimestre 2025, 17 085 défaillances ont été comptabilisées, soit une progression de 3,5 % par rapport à la même période de l’année précédente. Les analystes financiers tablaient sur un ralentissement, voire une stabilisation. Ils se sont trompés. La vague continue de déferler, emportant avec elle des milliers d’emplois et des rêves brisés. Les acteurs de la finance observent ce phénomène avec inquiétude, conscients que cette crise affecte l’ensemble du tissu économique national.
Qui trinque vraiment dans ce naufrage collectif

Les TPE et PME sont les premières victimes de cette vague déferlante. 68 177 PME ont fait défaillance en un an, avec une hausse vertigineuse de 71,8 % pour les très petites entreprises comparé à la moyenne historique de 2010-2019. Ces chiffres ne sont pas de simples statistiques : ils représentent des artisans qui ont investi leurs économies, des commerçants qui ont tout misé sur un projet, des familles entières plongées dans l’incertitude.
| Catégorie d’entreprise | Évolution des défaillances | Niveau de vulnérabilité |
|---|---|---|
| TPE (Très Petites Entreprises) | +71,8 % vs moyenne 2010-2019 | Critique |
| PME (Petites et Moyennes Entreprises) | +6,0 % sur un an | Élevé |
| ETI et Grandes Entreprises | En amélioration | Modéré |
Ce qui frappe, c’est l’injustice flagrante du système. Pendant que les ETI et grandes entreprises voient leur situation s’améliorer progressivement, les petites structures s’enfoncent. Elles n’ont pas accès aux mêmes facilités de financement, pas les mêmes marges de manœuvre, pas les mêmes réseaux de sécurité. Un fait troublant émerge des analyses : seules 3,2 % des procédures de défaillance concernent près de la moitié des emplois menacés. Cela signifie que les quelques grandes structures qui tombent entraînent dans leur chute des centaines, parfois des milliers de salariés.
Les trois secteurs en ligne de mire

Le bâtiment vacille sur ses fondations
Le secteur de la construction cristallise à lui seul toutes les tensions actuelles. Inflation des matériaux, hausse des taux d’intérêt, ralentissement des chantiers : les entreprises du bâtiment subissent un effet domino dévastateur. Les carnets de commandes se vident, les délais de paiement s’allongent dangereusement, et la trésorerie s’évapore. Beaucoup d’artisans du bâtiment avaient contracté des Prêts Garantis par l’État pendant la crise Covid. Aujourd’hui, ces PGE arrivent à échéance, et nombreux sont ceux qui n’ont pas les reins assez solides pour rembourser.
Le commerce de détail agonise en silence
Marchés en ligne, changement des habitudes de consommation, inflation galopante : le commerce de détail physique subit une triple peine. Les boutiques de centre-ville ferment les unes après les autres, incapables de rivaliser avec la puissance de frappe des plateformes numériques. La pandémie a juste accéléré un mouvement déjà entamé. Les loyers commerciaux restent élevés pendant que le chiffre d’affaires s’effondre. Comment tenir dans ces conditions ? Pour beaucoup, la facilité de faire des affaires promise ne s’est jamais matérialisée sur le terrain.
La restauration digère mal la crise
Inflation des denrées alimentaires, hausse du coût de l’énergie, difficultés de recrutement, clientèle devenue frileuse : les restaurateurs accumulent les coups durs. Après avoir survécu tant bien que mal aux fermetures imposées du Covid, nombreux sont ceux qui jettent l’éponge aujourd’hui, épuisés financièrement et moralement. Le ticket moyen stagne pendant que tous les coûts explosent. L’équation est devenue intenable.
Pourquoi ça dérape aussi vite

La mauvaise gestion financière reste la cause numéro un des défaillances. Beaucoup d’entrepreneurs confondent bénéfice et trésorerie, une erreur fatale. Ils voient des commandes, des factures émises, mais oublient que l’argent qui n’est pas encore encaissé ne peut pas payer les charges immédiates. Un retard de paiement client, une facture fournisseur imprévue, et tout s’effondre.
Vient ensuite la conjoncture économique défavorable. Crise énergétique, inflation persistante, fin du « quoi qu’il en coûte » : les entreprises subissent de plein fouet un environnement hostile qu’elles ne contrôlent pas. 80 % des PGE ont été contractés par des TPE et PME, et ce sont précisément ces structures qui connaissent aujourd’hui les plus fortes hausses de défaillances. Coïncidence ? Non, conséquence directe d’un endettement devenu insoutenable.
| Cause principale | Impact | Population concernée |
|---|---|---|
| Mauvaise gestion de trésorerie | Très élevé | Entrepreneurs débutants, TPE |
| Conjoncture défavorable | Élevé | Toutes tailles, secteurs fragiles |
| Difficultés commerciales | Modéré à élevé | Commerce de détail, services |
| Problèmes de management | Modéré | PME en croissance |
| Remboursement des PGE | Très élevé | TPE et PME post-Covid |
Le piège de la première année

Parlons d’un tabou : 30 % des entreprises ferment avant leur premier anniversaire. Pas de complot, pas de malchance systématique, juste une réalité brutale qui résulte d’erreurs évitables. Le business plan inexistant ou irréaliste arrive en tête des facteurs d’échec. Trop d’entrepreneurs se lancent sur un coup de tête, portés par l’enthousiasme, sans avoir vraiment structuré leur projet.
L’absence de stratégie commerciale efficace tue aussi beaucoup d’entreprises naissantes. Avoir un bon produit ne suffit pas. Il faut savoir à qui le vendre, comment le promouvoir, à quel prix le positionner. Beaucoup négligent cette dimension marketing, persuadés que la qualité de leur offre parlera d’elle-même. Erreur fatale. La durée de vie moyenne d’une entreprise individuelle plafonne à 4,6 ans, contre 13,6 ans pour les sociétés structurées. Ce fossé s’explique notamment par un accompagnement inadapté et une méconnaissance des aides disponibles.
Les signaux d’alerte que personne ne veut voir
Certains indicateurs ne trompent pas, mais les dirigeants préfèrent souvent fermer les yeux. Une trésorerie qui s’amenuise mois après mois, des délais de paiement fournisseurs qui s’allongent dangereusement, des factures clients qui restent impayées : autant de symptômes d’une situation qui se dégrade. Pourtant, l’orgueil ou la peur poussent beaucoup d’entrepreneurs à tenir coûte que coûte, refusant d’admettre que le navire prend l’eau.
La hausse de 9 % des procédures amiables montre que certains anticipent et cherchent des solutions avant l’effondrement total. C’est un signe encourageant. Ces dispositifs préventifs permettent parfois de sauver une activité, des emplois, un savoir-faire. Mais ils restent sous-utilisés, méconnus, ou sollicités trop tard quand la situation est déjà irréversible.
Ce que les radiations massives révèlent vraiment
Au-delà des défaillances officielles se cache un phénomène encore plus massif : les radiations d’entreprises. En 2025, 457 000 entreprises ont été radiées, soit 50 % de plus qu’en 2024. Ces radiations racontent une transformation profonde du paysage entrepreneurial français. Beaucoup de ces entreprises n’ont jamais vraiment démarré, d’autres ont été créées pour tester un concept sans lendemain, certaines étaient des structures de circonstance.
Cette explosion des radiations révèle aussi un phénomène de rotation accélérée. La France bat des records de créations d’entreprises, mais elle bat également des records de disparitions. Le statut d’auto-entrepreneur facilite le lancement, mais il facilite aussi l’abandon. Sans engagement financier fort, sans structure pérenne, beaucoup tentent leur chance puis abandonnent rapidement face aux premières difficultés.
Les disparités régionales qui font mal
Toutes les régions ne sont pas logées à la même enseigne face à cette vague de fermetures. Certains territoires, déjà fragilisés économiquement, subissent de plein fouet la multiplication des défaillances. Les zones rurales et les petites villes voient leurs commerces de proximité disparaître les uns après les autres, créant des déserts économiques qui accélèrent l’exode vers les métropoles.
Les métropoles elles-mêmes ne sont pas épargnées, mais elles disposent d’une capacité de résilience supérieure. La densité du tissu économique, la diversité des activités, l’accès aux financements : tout cela crée un filet de sécurité que les territoires isolés n’ont pas. Le résultat ? Une France à plusieurs vitesses où les inégalités territoriales se creusent dangereusement. Certains entrepreneurs cherchent même à rencontrer d’autres entrepreneurs pour créer des réseaux de soutien et d’entraide face à ces défis.
Que faire quand tout part en vrille
Face à une situation qui se dégrade, plusieurs options s’offrent aux dirigeants. La procédure de sauvegarde permet d’anticiper les difficultés avant qu’il ne soit trop tard. Le redressement judiciaire offre une chance de restructuration sous contrôle. Mais soyons honnêtes : ces dispositifs arrivent souvent trop tard, quand les dégâts sont déjà considérables.
Le vrai levier, c’est l’anticipation. Consulter un expert-comptable dès les premiers signes de faiblesse, se faire accompagner par des structures spécialisées, solliciter les CCI locales : autant de réflexes salvateurs que trop peu d’entrepreneurs adoptent. La méconnaissance des aides disponibles comme l’ACRE prive beaucoup d’entreprises naissantes d’un soutien crucial au démarrage.
L’avenir appartient à ceux qui se structurent
Un constat émerge de cette analyse impitoyable : la survie entrepreneuriale passe par la professionnalisation. Les sociétés structurées vivent en moyenne trois fois plus longtemps que les entreprises individuelles. Ce n’est pas une question de taille, mais de méthode. Un business plan solide, une gestion rigoureuse de la trésorerie, une stratégie commerciale claire : ces fondamentaux font toute la différence.
Les entrepreneurs qui réussissent sont ceux qui acceptent de se former continuellement, qui s’entourent de conseillers compétents, qui n’hésitent pas à investir dans leur développement. La gestion d’entreprise s’apprend, elle ne s’improvise pas. Beaucoup de talents, de savoir-faire, de bonnes idées meurent simplement par manque de compétences managériales et financières.
Face au record historique de 68 000 défaillances et aux 457 000 radiations de 2025, une évidence s’impose : le modèle entrepreneurial français doit se réinventer. Non pas en facilitant encore plus la création (ce qui alimente aussi les échecs), mais en accompagnant mieux les porteurs de projet sur le long terme. Car derrière chaque entreprise qui ferme se cachent des vies bouleversées, des projets avortés, un gâchis humain et économique que notre société ne peut plus se permettre d’ignorer. Les partenaires financiers traditionnels ont aussi un rôle crucial à jouer dans cet accompagnement renforcé des TPE et PME.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.



