Warner Bros. voulait transformer une petite anomalie des années 1990 en machine à cash, et Practical Magic 2 lui répond pour l’instant avec un sourire en coin. Entre un démarrage correct sans être flamboyant et un public qui semble mordre à l’hameçon, la suite joue moins sa gloire que son droit d’exister.
Pour remettre les pendules à l’heure, Practical Magic sort en 1998 avec Sandra Bullock et Nicole Kidman, pour un budget annoncé à 60 millions de dollars et un box-office mondial de 68,3 millions. Pas franchement le genre de trajectoire qui fait sauter le champagne dans les bureaux d’un studio. Sauf que le film devient ensuite un objet culte, ce qui, à Hollywood, revient souvent à dire : « on a raté le coup au cinéma, mais on tient peut-être une poule aux œufs d’or en sommeil ». Vingt-huit ans plus tard, Warner Bros. remet donc le couvert avec Practical Magic 2, réalisé par Susanne Bier, et tente de faire d’un flop relatif un second souffle commercial. L’opération est connue : on exhume une franchise, on réunit les têtes d’affiche, on mise sur la nostalgie, et on prie pour que le public suive. Le problème, c’est qu’un culte ne se convertit pas toujours en jackpot.
Au démarrage, la suite a récolté 30 millions de dollars aux États-Unis et 16 millions à l’international, soit 46 millions au total. Sur le papier, ce n’est pas un naufrage. Mais avec un budget de production annoncé à 75 millions, on est encore loin du compte si l’on parle d’un vrai succès en salles. D’autant que les estimations d’avant-sortie tablaient plutôt sur 40 millions, voire davantage, ce qui donne à ce lancement un petit parfum de rendez-vous manqué. Et puis il y a l’autre donnée, celle qui fait toujours transpirer les comptables : le seuil de rentabilité mondial, que l’on peut situer autour de 190 millions de dollars pour un long métrage de ce calibre, marketing compris. Autant dire que la route est longue, très longue, et qu’on n’est pas encore au bal des sorcières triomphales.
Le chaudron, le public et les chiffres qui piquent
Sauf que le box-office n’est jamais une simple addition. Practical Magic 2 peut encore compter sur une fenêtre de diffusion favorable, avec un public féminin que Warner Bros. semble viser en contre-programmation, notamment face à des sorties plus musclées comme le reboot Resident Evil de Zach Cregger, annoncé autour de 45 millions de dollars pour son ouverture américaine. Sur le papier, les deux films ne se battent pas pour la même table. L’un cherche la déflagration, l’autre la tenue sur la durée. Et, dans ce genre de configuration, Halloween peut faire office de petit miracle saisonnier. Autrement dit : la suite n’a pas besoin d’écraser la concurrence, elle doit surtout ne pas s’effondrer comme une maison en pain d’épice.

Le plus intéressant, c’est le grand écart entre la critique et le public. Le film affiche 39 % d’avis favorables chez les critiques, tandis que le public lui accorde 92 % et un B+ au CinemaScore. On connaît la chanson : les journalistes grincent des dents, les spectateurs achètent leur billet, et le studio regarde surtout qui remplit les salles. Ryan Scott, chez Slashfilm, résume le lancement comme un résultat « so-so » ; de son côté, Witney Seibold, dans sa critique pour le même média, juge le film « unfunny » et « sloppily assembled ». On note la formule, on la range dans la case des avis sévères, et on observe surtout que le public visé semble, lui, parfaitement branché sur la fréquence du film. Dans cette affaire, la vraie question n’est pas “est-ce bon ?”, mais “est-ce que ça tient ?”.
Les sorcières ne meurent jamais, elles passent en VOD
En réalité, Warner Bros. n’a peut-être jamais attendu de Practical Magic 2 qu’il rembourse tout seul sa mise en exploitation salles. Le studio peut compter sur la VOD et sur HBO Max pour prolonger la vie du film, ce qui change évidemment la lecture économique du projet. À Hollywood, une suite n’est pas toujours pensée comme un coup de tonnerre immédiat ; parfois, elle sert de rampe de lancement à une circulation plus large, plus lente, plus rentable à terme. C’est encore plus vrai pour les films portés par des actrices stars, un segment qui peut très bien fonctionner quand le marketing sait viser juste. It Ends With Us en est l’exemple parfait, avec 50 millions de dollars d’ouverture américaine et 351 millions dans le monde. Le marché adore les contre-exemples quand ils rapportent gros. Le reste du temps, il fait semblant d’être surpris.
Le casting de Practical Magic 2 aligne donc Sandra Bullock, Nicole Kidman, Joey King, Maisie Williams et Lee Pace, dans une histoire de malédiction familiale qui prolonge l’ADN du premier opus. Mais la vraie intrigue, ici, se joue ailleurs : dans la manière dont un studio tente de requalifier un titre autrefois bancal en franchise viable. C’est presque méta, au fond. Le film parle d’une lignée maudite ; le studio, lui, parle d’un héritage financier à réanimer. Et l’on sait comment ça se termine souvent à Hollywood : avec un feu vert prudent, un troisième film repoussé dans les limbes, et une équipe qui explique que tout dépendra du marché. Si Practical Magic 2 marche assez, il sauvera la lignée ; s’il marche trop peu, il restera un joli coup de poker. Dans les deux cas, le sortilège a déjà fait son effet.
Pour l’instant, la suite ressemble moins à un grand retour qu’à un test grandeur nature : est-ce qu’un culte peut redevenir une franchise, ou est-ce qu’il doit rester ce qu’il est, c’est-à-dire un petit miracle de cinéphiles et un casse-tête de comptables ? On parie que Warner Bros. préfère la deuxième option quand les chiffres s’additionnent, et la première quand il faut raconter l’histoire. Classique. Les sorcières, elles, ont toujours eu le sens du timing. Les studios aussi, parfois. Enfin, quand ça les arrange.
Bande-annonce VF de Les Ensorceleuses 2
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




