Obsession a beau être un petit film fauché, il joue déjà dans la cour des gros coups de théâtre qui laissent des traces. Et quand on apprend qu’un de ses twists les plus sales n’était même pas prévu au départ, on comprend mieux pourquoi le long métrage de Curry Barker a autant fait parler de lui.
Sorti en 2026, porté par un budget de production inférieur à un million de dollars, Obsession s’est offert un joli tour de force au box-office en tenant la distance là où tant de productions modestes s’écrasent au premier virage. Le film a même, selon la source, dépassé Avengers: Endgame au 25e jour d’exploitation. Oui, on parle bien d’un petit machin horrifique et malaisant qui vient chatouiller un mastodonte de l’ère Marvel. La machine à fantasmes hollywoodienne adore les chiffres gargantuesques, mais elle adore encore plus les anomalies qui viennent lui mettre un petit coup de pied dans le tibia. Et là, on tient un cas d’école.
Le vrai sel de l’affaire, c’est qu’un des ressorts les plus venimeux du récit est né en cours de route, pas dans la version originelle du scénario.
Le pote relou devient le poison du film
Cooper Tomlinson, qui incarne Ian, a expliqué dans un entretien accordé à /Film qu’au départ son personnage était surtout pensé comme le meilleur ami bravache, drôle, un peu connard sur les bords, mais rien de plus. Puis le scénario a muté au fil des versions, jusqu’à intégrer le fait qu’Ian couche en secret avec Nikki, l’objet de l’obsession de Bear. Et là, tout change. Pas seulement pour le spectateur, mais pour la mécanique entière du film : Ian cesse d’être un simple faire-valoir pour devenir un rouage moralement douteux, un accélérateur de catastrophe. Le genre de détail qui transforme un second rôle en petite bombe à retardement.
Ce qui est malin, c’est que cette révélation ne sert pas juste à faire grimacer la salle. Elle densifie le triangle dramatique et donne à Tomlinson davantage de matière à jouer. On sent très bien, derrière, le plaisir du cinéma indépendant américain quand il se nourrit de ses propres moyens limités : pas de grands effets, pas de grand discours, juste des rapports de force qui s’empoisonnent à vue d’œil. Curry Barker, qui vient de l’écosystème YouTube et retrouve Tomlinson pour Anything But Ghosts, semble avoir compris qu’un bon twist ne vaut pas seulement pour son effet de surprise. Il doit aussi reconfigurer les émotions, salir les alliances, faire bouger les lignes. Sinon, à quoi bon ?

Quand le script prend le volant
En réalité, ce genre de modification en cours d’écriture dit beaucoup de la fabrication d’un film à petit budget. Quand on n’a pas un budget marketing de studio ni une armée de VFX pour faire diversion, il faut que le scénario morde. Obsession semble avoir trouvé son crochet dans cette zone grise où l’amitié se décompose, où la jalousie devient moteur, où chaque personnage révèle sa petite saloperie intime. Le twist autour d’Ian ne fait pas que surprendre : il rebat la hiérarchie morale du récit. Bear n’est plus seulement un amoureux transi, il devient le vrai moteur du cauchemar, celui qui franchit la ligne et enferme Nikki dans une situation monstrueuse. Ian, lui, n’est pas innocent pour autant. Il souffle sur les braises, donne de faux conseils, pousse à l’action. Bref, il met de l’huile sur le feu et s’étonne que ça brûle. Classique.
Ce qui est assez savoureux, c’est que Tomlinson lui-même admet voir son personnage comme toxique, sans pour autant lui attribuer la responsabilité ultime des événements. Et c’est là que Obsession devient plus intéressant qu’un simple film à twist : il organise une chaîne de culpabilités, une petite mécanique de lâchetés croisées. On n’est pas dans le duel propre entre héros et méchant, mais dans un marécage affectif où chacun a les mains sales. Le film parle moins d’un monstre que d’une contagion.
Le monstre, c’est souvent celui qu’on regarde trop tard
À ce stade, il faut quand même remettre les pendules à l’heure : si Ian ajoute du venin, Bear reste le cœur noir du dispositif. C’est lui qui formule le souhait, lui qui bascule dans l’appropriation pure, lui qui transforme le désir en cage. Le film a beau faire circuler les responsabilités, il ne perd jamais de vue son vrai centre de gravité : la violence du fantasme masculin quand il se prend pour une évidence. Et c’est précisément pour ça que le twist d’Ian fonctionne si bien. Il ne détourne pas l’attention du vrai monstre ; il lui donne un miroir, un complice, un petit frère moralement pourri. Ça aide à faire monter la pression, ça évite la ligne droite, et ça donne à l’ensemble une saveur bien plus acide.
Le plus drôle, si l’on peut dire, c’est que ce supplément de noirceur n’était pas programmé au départ. Comme quoi, dans un film à petit budget, une idée ajoutée au bon moment peut valoir plus qu’un camion de dollars mal employés. Et c’est peut-être ça, la vraie leçon de Obsession : quand l’écriture serre bien la vis, même un twist tardif peut faire vaciller tout l’édifice. Le cinéma d’horreur aime les fantômes ; celui-ci préfère les faux amis.
Reste une question, forcément un peu vicieuse : si Ian n’avait pas couché avec Nikki dans le script, Obsession aurait-il eu le même goût de poison ? Pas sûr. Et c’est bien pour ça qu’on continue d’en parler, alors que tant d’autres sorties se sont déjà fait avaler par le trou noir du flux.
Bande-annonce VF de Obsession
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




