
Depuis 1929, une statuette dorée de 34 centimètres cristallise les ambitions, les larmes et les carrières du cinéma mondial. L’Oscar de la meilleure actrice n’est pas qu’un trophée : c’est une consécration qui peut transformer une vie ou révéler des injustices tenaces. Derrière chaque nom gravé se cache une histoire de talent, parfois de controverse, souvent de combat. Qui détient le record absolu ? Pourquoi certaines victoires restent-elles dans les mémoires quand d’autres sombrent dans l’oubli ? Plongée dans un siècle d’éclats et de failles d’Hollywood.
Katharine Hepburn détient le record absolu avec quatre Oscars de la meilleure actrice, un exploit jamais égalé depuis 1982. Meryl Streep reste la reine des nominations avec 17 sélections dans cette catégorie. La toute première lauréate fut Janet Gaynor en 1929, récompensée pour trois films simultanément. Mikey Madison a triomphé en 2025 pour Anora, créant la surprise face à la favorite Demi Moore. Chaque décennie a vu son lot de polémiques, de boycotts et de moments historiques qui dépassent largement le cinéma.
Le 16 mai 1929, au Roosevelt Hotel de Los Angeles, l’Académie des arts et sciences du cinéma organise sa première cérémonie. L’événement dure quinze minutes. Janet Gaynor reçoit l’Oscar de la meilleure actrice pour ses performances dans L’Aurore, L’Heure suprême et L’Ange de la rue. À cette époque, la règle permettait de récompenser plusieurs rôles en une seule récompense, une pratique abandonnée dès l’année suivante. Gloria Swanson et Louise Dresser étaient ses concurrentes.
Contrairement aux codes actuels, les lauréats connaissaient déjà leur victoire trois mois avant la cérémonie. Le suspense n’existait pas. L’Académie abandonnera cette transparence en 1941 pour instaurer le système des enveloppes scellées qui fait encore vibrer le monde entier aujourd’hui.
Katharine Hepburn domine l’histoire des Oscars avec quatre statuettes de meilleure actrice. Elle a triomphé pour Gloire éphémère (1934), Devine qui vient dîner ? (1968), Le Lion en hiver (1969) et La Maison du lac (1982). Son dernier Oscar, remporté à 74 ans, demeure un symbole de longévité artistique. Personne n’a jamais égalé ce record.
Frances McDormand la talonne avec trois Oscars : Fargo (1997), Three Billboards : Les Panneaux de la vengeance (2018) et Nomadland (2021). À 67 ans, elle reste la seule actrice vivante capable de rejoindre Hepburn au sommet. Ingrid Bergman avait elle aussi décroché trois statuettes, mais une seule dans la catégorie reine, les deux autres récompensant des seconds rôles.
| Actrice | Nombre d’Oscars | Films récompensés |
|---|---|---|
| Katharine Hepburn | 4 | Gloire éphémère (1934), Devine qui vient dîner ? (1968), Le Lion en hiver (1969), La Maison du lac (1982) |
| Frances McDormand | 3 | Fargo (1997), Three Billboards (2018), Nomadland (2021) |
| Meryl Streep | 2 (+1 second rôle) | Le Choix de Sophie (1983), La Dame de fer (2012) |
| Jodie Foster | 2 | Les Accusés (1989), Le Silence des agneaux (1992) |
Si Meryl Streep ne détient que deux Oscars de meilleure actrice, elle écrase toutes les statistiques en matière de nominations. Avec 17 sélections dans cette seule catégorie, elle surpasse de loin toutes ses contemporaines. Son nom est devenu synonyme d’excellence, mais aussi d’une forme de malédiction : être nommée sans gagner.
Streep a remporté son premier Oscar de meilleure actrice pour Le Choix de Sophie en 1983, incarnant une rescapée des camps de concentration déchirée par un dilemme impossible. Son second triomphe est survenu en 2012 pour sa performance magistrale en Margaret Thatcher dans La Dame de fer. Entre ces deux victoires : une avalanche de défaites qui n’ont jamais entamé sa légitimité artistique.
En 2002, Halle Berry devient la première femme noire à remporter l’Oscar de la meilleure actrice pour Monster’s Ball. Son discours, entrecoupé de sanglots, résonne encore aujourd’hui : “Ce moment est pour toutes les femmes de couleur sans nom, sans visage, qui ont maintenant une chance parce que cette porte ce soir s’est ouverte.” Plus de deux décennies plus tard, elle demeure la seule actrice noire à avoir reçu ce prix dans la catégorie reine, un fait qui interroge violemment sur les biais de l’Académie.
Le 24 février 2008, Marion Cotillard crée la sensation en remportant l’Oscar pour son interprétation d’Édith Piaf dans La Môme. Elle devient la deuxième actrice française à obtenir cette distinction après Simone Signoret en 1960 pour Les Chemins de la haute ville. Sa victoire face à des favorites comme Julie Christie ou Cate Blanchett a sidéré Hollywood.
Le 2 mars 2025, Mikey Madison, 25 ans, remporte l’Oscar pour Anora de Sean Baker. Elle devance la grande favorite Demi Moore, pourtant bouleversante dans The Substance de Coralie Fargeat. Ce retournement de situation illustre l’imprévisibilité croissante des Oscars, où le cinéma indépendant gagne du terrain face aux productions à gros budget.
L’histoire des Oscars ne se résume pas à des applaudissements. En 1969, Katharine Hepburn et Barbra Streisand se retrouvent ex æquo, une situation unique dans la catégorie actrice. Hepburn, absente de la cérémonie, ne viendra jamais chercher aucun de ses quatre Oscars en personne, cultivant une image de dédain aristocratique envers Hollywood.
En 1978, Vanessa Redgrave reçoit l’Oscar du meilleur second rôle féminin pour Julia. Son discours dénonce “l’intimidation d’un petit groupe de truands sionistes”, provoquant un tollé. À l’extérieur du théâtre, des militants brûlent ses photographies. Hollywood découvre que la statuette peut devenir une tribune politique explosive.
Glenn Close détient le triste record de huit nominations sans victoire toutes catégories confondues. Amy Adams compte six nominations sans jamais monter sur scène. Ces statistiques révèlent une réalité brutale : le talent ne suffit pas toujours.
Saoirse Ronan, nommée quatre fois avant ses 30 ans, fait partie de ces actrices exceptionnelles dont la victoire semble continuellement différée. Son travail dans Lady Bird, Brooklyn ou Les Filles du docteur March aurait pu lui valoir la statuette à chaque fois.
Les années 2010-2020 ont vu l’Académie tenter de se diversifier après le mouvement #OscarsSoWhite qui dénonçait le manque de représentation des minorités. Les victoires de Lupita Nyong’o (second rôle, 2014), Youn Yuh-jung (second rôle, 2021) ou la nomination de Karla Sofía Gascón en 2025, première actrice transgenre nommée, témoignent d’une timide ouverture.
Pourtant, les chiffres restent accablants. Sur 97 lauréates, une seule femme noire a remporté l’Oscar de la meilleure actrice. Aucune actrice asiatique n’avait jamais triomphé dans cette catégorie jusqu’à Michelle Yeoh qui a brisé cette barrière en 2023 en remportant le prix à 60 ans pour Everything Everywhere All at Once, devenant la première femme asiatique sacrée meilleure actrice.
L’Oscar de la meilleure actrice n’est jamais qu’un jugement artistique. Il reflète les tensions politiques, les évolutions sociales et les angles morts d’une industrie encore largement dominée par des hommes blancs. Les victoires de Patty Duke à 16 ans en 1963 ou de Marlee Matlin, sourde, en 1987 pour Les Enfants du silence, prouvent que l’Académie peut parfois reconnaître l’exceptionnel.
Mais chaque année, des performances magistrales passent à la trappe. Toni Collette dans Hérédité, Lupita Nyong’o dans Us ou Danielle Deadwyler dans Till n’ont même pas été nommées, révélant les limites du vote académique. L’Oscar reste une loterie où le timing, le lobbying et la chance pèsent autant que le talent pur.
Depuis 1929, cette statuette dorée continue de faire rêver, pleurer et enrager. Elle cristallise les ambitions d’une vie, consacre des carrières ou révèle des oublis coupables. Entre Janet Gaynor et Mikey Madison, 97 ans se sont écoulés. Le cinéma a changé. Les combats aussi. Mais l’émotion brute d’une actrice montant sur scène, serrant sa statuette contre elle, demeure intacte.