Le revenant de la Croisette
Pour comprendre pourquoi Hope génère une pareille fièvre, il faut rembobiner. Na Hong-jin, né en 1974, a signé en dix ans d’activité trois films qui ont successivement renversé la table du cinéma de genre coréen. The Chaser (2008), son coup d’essai, explose les comptoirs dès sa projection aux Séances de Minuit à Cannes, les critiques le surnomment d’emblée « classique instantané » du thriller asiatique. The Murderer (2010), alias The Yellow Sea, atterrit en Un Certain Regard avec la même brutalité sèche, le même goût pour les corps abîmés et les intrigues qui s’emballent façon boule de neige dévalant une autoroute. Puis vient The Strangers en 2016, projeté hors compétition à Cannes cette année-là : un ovni horrifique, chamanique, envoûtant, qui refuse obstinément de se laisser classer et qui continue aujourd’hui de hanter quiconque l’a vu.
Puis, le silence. Dix ans. Pas de long-métrage, juste le scénario du thaïlandais The Medium (2021), produit par Na mais réalisé par Banjong Pisanthanakun, histoire de faire patienter les plus ardents fans. Le tournage de Hope a débuté en début 2023, suivi d’un processus de montage que World of Reel qualifie d’« ardu », avec une quantité de rushes phénoménale à digérer. On ne bâcle pas.
The Strangers avait posé les bases d’un cinéma de l’inexplicable, où le surnaturel n’est jamais une réponse mais toujours une nouvelle question. Hope semble pousser cette logique vers un territoire encore plus radical. Variety le formule ainsi : « Billed as Na’s most ambitious effort to date ». Traduction libre : on attache les ceintures.
Tigres, zone démilitarisée et visiteurs cosmiques
L’intrigue de Hope, ce qu’on en sait, se déroule dans le village isolé de Hope Harbor, niché près de la zone démilitarisée coréenne, cette frontière fantôme entre les deux Corées chargée d’une tension politique et symbolique à couper au couteau. Tout commence par une rumeur de tigre aperçu dans les forêts alentour, ce qui pousse le chef de la police locale, Bum-seok (Hwang Jung-min), à enquêter. Une crise rurale ordinaire, donc. Sauf que rien n’est ordinaire chez Na Hong-jin, et ce qui commence comme une chasse au fauve se mue rapidement en mystère cosmique qui fait craquer les fondations de la réalité du village.
Selon les informations relayées par Variety et IMDb, Michael Fassbender, Alicia Vikander, Taylor Russell et Cameron Britton incarnent des êtres extraterrestres dont l’arrivée à Hope Harbor précipite la désintégration de la communauté. Le tournage s’est notamment déroulé en Roumanie, dans le parc national de Retezat, et a fait appel au directeur de la photographie Hong Kyung-pyo, l’homme derrière la caméra de Parasite de Bong Joon-ho. La durée n’est pas officiellement confirmée, mais le délégué général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux, a indiqué qu’elle dépassait largement les deux heures. Un tigre, des extraterrestres, la DMZ : Na Hong-jin a visiblement décidé de tout mettre dans le même sac et de secouer.
Fassbender, Vikander, Hoyeon et les autres
On ne peut pas passer sous silence l’architecture du casting, qui est à elle seule un événement. Côté coréen : Hwang Jung-min, qui avait déjà collaboré avec Na dans The Strangers dans le rôle du chaman, reprend du service en chef de police dépassé par les événements. Il est épaulé par Zo In-sung dans le rôle d’un habitant qui s’enfonce dans la forêt à la poursuite de la créature. Jung Ho-Yeon, révélée par Squid Game et propulsée au rang d’icône mondiale en l’espace d’une saison, signe ici ses débuts au cinéma dans le rôle d’une officière de police.
Côté occidental : Michael Fassbender et Alicia Vikander, le couple à la ville, le chaos à l’écran. Taylor Russell, vue dans Bones and All de Luca Guadagnino et lauréate du Marcello-Mastroianni à Venise 2022, et Cameron Britton, révélé dans Mindhunter. Tous quatre incarnent des extraterrestres. Ce casting est, objectivement, un putain de spectacle. La question est de savoir si Na Hong-jin en fait une véritable alliance thématique entre cultures ou un simple coup de projecteur international, et la réponse sera sur la Croisette dès le 13 mai.
Corée 1, Hollywood 0 (encore)
La présence de Hope en Compétition officielle n’est pas qu’une bonne nouvelle pour Na Hong-jin : c’est un signal de plus que le cinéma coréen continue de dicter son tempo sur la scène internationale, six ans après la Palme d’or de Parasite. Hope sera le premier long-métrage sud-coréen en lice pour la Palme depuis Decision to Leave de Park Chan-wook en 2022, qui était reparti avec le Prix de la mise en scène. C’est aussi le quatrième passage du réalisateur sur la Croisette, après les Séances de Minuit (2008), Un Certain Regard (2011) et hors compétition (2016) : une trajectoire ascendante qui aboutit logiquement à la grande salle.
La sélection 2026 est d’ores et déjà corsée. Mais Hope occupe une position singulière : c’est le seul film qui mêle ouvertement genre populaire, ambitions de science-fiction et gravité d’auteur. Le seul à risquer autant. The Hollywood Reporter résume la mise ainsi : « Korean auteur Na Hong-jin’s long-gestating thriller ». Comme si l’attente faisait désormais partie du film lui-même.
Le mal est là, il a une forme, et vous ne saurez jamais vraiment laquelle. Na Hong-jin non plus, probablement. Et c’est exactement pour ça qu’on va se lever tôt pour le voir.
Hope, de Na Hong-jin, avec Michael Fassbender, Alicia Vikander, Taylor Russell, Jung Ho-Yeon, Hwang Jung-min, Zo In-sung et Cameron Britton. Produit par Forged Films. En Compétition officielle au 79e Festival de Cannes, qui se tient du 12 au 23 mai 2026. Date de sortie française non encore confirmée.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.



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