Pour rappel, les faits bruts : sorti le 5 juin 2024 sur Netflix, Sous la Seine n’était pas censé faire ce qu’il a fait. Un thriller de requin en pleine Seine, pendant les Jeux olympiques, avec Bérénice Bejo en combinaison de plongée. Sur le papier, ça ressemble à ce qu’on regarde un vendredi soir sous bière en se moquant de soi-même. Et puis voilà que le truc engrange 102 millions de vues en quelques semaines, s’impose comme le long-métrage francophone le plus regardé de la plateforme, et décroche même un coup de coeur de Stephen King en personne sur les réseaux. Stephen King. Pour un film de requin dans la Seine.
Résultat : Netflix, qui avait d’abord prudemment démenti les déclarations de Bérénice Bejo, a fini par officialiser la commande du second volet en novembre 2024. Et depuis, ça négocie sévère en coulisses.
Requins sans frontières
Bérénice Bejo l’avait annoncé la première, au détour d’une longue interview accordée à La Tribune : « Ce ne sera pas une simple suite. Il s’agit d’un autre film, très différent… mais toujours avec un requin ! » La comédienne confirmait également son retour dans le rôle de Sophia, la scientifique qui finit par avoir des requins comme voisins de palier. Son partenaire Nassim Lyes devrait lui aussi rempiler, l’acteur a lui-même confirmé le début du tournage au printemps 2026. La fin du premier volet, avec Paris submergée et livrée aux crocs de créatures mutantes, ouvre un terrain de jeu assez dingo pour justifier qu’on parte dans une autre direction que le remake du remake.
Ce que ça donne concrètement : un Paris intégralement sous les eaux, des survivants qui tentent de ne pas finir en hors-d’oeuvre, et vraisemblablement moins de triathlètes. Le tournage a débuté entre Paris et Marseille au printemps 2026, les bassins aquatiques du complexe COMEX et des Provence Studios à Martigues étant mobilisés pour les séquences aquatiques. La mise en ligne sur Netflix serait attendue pour fin 2027, après une phase d’écriture qui s’est étendue de fin 2024 au printemps 2025.
Gens dehors, Aja dedans
C’est là que ça devient intéressant. Xavier Gens, réalisateur de Frontière(s) (2007), co-scénariste du premier volet et artisan du miracle commercial, ne rempilera pas. La raison officielle ? Il n’y en a pas. Netflix n’a confirmé ni son départ ni ses conditions, et The Hollywood Reporter précisait en février 2026 ignorer si Gens était encore impliqué à l’écriture. Ce genre de silence vaut tous les communiqués.
À sa place : Alexandre Aja. Le bonhomme connaît ses créatures. On lui doit Haute Tension (2003), fer de lance du renouveau du cinéma d’horreur français, la remasterisation sanglante de La Colline à des yeux (2006), Piranha 3D (2010, la leçon de cinéma Z assumé), Crawl (2019, un homme contre un alligator dans une maison inondée) et plus récemment Oxygène (2021) avec Mélanie Laurent, thriller claustrophobe produit par Netflix. Son curriculum est un tableau Excel de l’horreur aquatique et de la survie en milieu hostile. Pour reprendre le flambeau d’un film de requin dans une capitale noyée, c’est à peu près le casting idéal. C’est le rêve ultime du Netflix Horror Movie.

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Paris sous l’eau : décor ou thèse ?
Ce qui rend le projet potentiellement plus excitant que son prédécesseur, c’est précisément ce postulat de départ que Gens avait posé comme cliffhanger et qu’Aja va devoir habiter pour de bon : une capitale entièrement submergée. On sort du film de requin classique, le nageur imprudent, la plage, le shérif qui fait fermer les plages, pour entrer dans quelque chose qui ressemble davantage à un film catastrophe à la française. Notre-Dame sous trois mètres d’eau. Le Louvre comme zone de chasse. La Tour Eiffel en perchoir. C’est absurde et c’est exactement pour ça que ça peut fonctionner.
Aja sait filmer l’espace confiné et l’espace hostile. Ses meilleurs films jouent sur l’enfermement progressif, la ressource qui se raréfie, l’horizon qui se referme. Crawl était construit sur ce principe : une cave, une montée des eaux, un prédateur. Transposé à l’échelle d’une métropole entière, le dispositif change d’ordre de grandeur. Espérons qu’il ne se noie pas dans le spectacle au point d’oublier la tension.
La bande-annonce du premier volet, pour celles et ceux qui auraient mystérieusement résisté à 177 millions d’autres personnes.
Le chiffre qui fait tout comprendre
177 millions d’heures visionnées. C’est le record absolu qui explique à lui seul pourquoi Netflix a encaissé le départ de Gens sans sourciller et recruté Aja avec une célérité militaire. Pour la plateforme, Sous la Seine n’est pas un film, c’est une franchise, une poule aux œufs d’or tricolore, un argument de vente pour les marchés non anglophones. Lupin restait jusqu’ici la référence absolue de la production française Netflix. Le film de requin de Xavier Gens l’a pulvérisé. C’est statistiquement vertigineux, et narrativement assez comique.
La logique industrielle est limpide : on maximise l’investissement, on recycle le casting reconnu (Bejo, Lyes), on monte en gamme côté réalisateur, et on s’assure que la sortie 2027 arrive avec suffisamment de distance pour que le public ait oublié les lacunes scénaristiques du premier volet mais pas son plaisir coupable. C’est de la gestion de catalogue, pas de la politique artistique. Et tout le monde fait semblant de ne pas le savoir.
Haute tension, le retour
Il reste une question que personne ne pose vraiment : veut-on vraiment une suite ? Sous la Seine fonctionnait précisément parce qu’il était un objet parfaitement calibré pour ce qu’il était : un film de genre assumé, sans prétention littéraire, avec une fin apocalyptique qui jouait l’excès jusqu’au bout. Sa qualité était son inconscience. Une suite ambitieuse risque de vouloir faire mieux, d’ajouter de la gravité là où il n’y en avait pas besoin, de transformer un plaisir de vendredi soir en intention artistique. Ce serait se tirer une balle dans le pied.
Aja le sait probablement. Ses meilleurs films ne se prennent pas pour ce qu’ils ne sont pas. Piranha 3D était une boucherie joyeuse qui revendiquait sa filiation avec le bis transalpin. Crawl était 88 minutes d’adrénaline sans digression philosophique. Si Sous la Seine 2 garde cette ligne, Paris sous l’eau, une héroïne au bout du rouleau, un requin qui se fiche complètement de la géopolitique, on peut y croire. Si Aja se met à vouloir faire sens, si le deuxième acte vire à la réflexion sur le réchauffement climatique avec monologue de Bejo face caméra… on a un peu peur.
Rendez-vous en 2027 pour vérifier si Paris flotte encore.
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Je suis un écrivain passionné par la lecture et l’écriture. J’ai choisi d’exprimer mes opinions et mes observations sur mon blog, où je publie souvent des articles sur des sujets qui me sont chers. Je m’intéresse aussi beaucoup aux préoccupations sociales, que j’aborde souvent dans mon travail. J’espère que vous apprécierez mes articles et qu’ils vous inciteront à réfléchir vous aussi à ces sujets. N’hésitez pas à me laisser un commentaire pour me faire part de vos réflexions !



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