Michael B. Jordan se frotte à The Thomas Crown Affair avec l’aplomb de ceux qui savent que le cinéma de studio adore recycler les mythes tant qu’ils brillent encore un peu. Après Norman Jewison en 1968 et John McTiernan en 1999, voilà donc un troisième passage au tamis pour ce braquage en costume trois pièces, où l’on vole des œuvres d’art comme d’autres commandent un espresso. Et franchement, il y a pire comme matière première.
Pour rappel, l’original de 1968 avait installé la mécanique avec Steve McQueen et Faye Dunaway, avant que le remake de 1999 n’en fasse un jeu de séduction plus lisse, porté par Pierce Brosnan et René Russo. Le film de McTiernan avait aussi laissé sa petite empreinte pop avec Sinnerman de Nina Simone, ce genre de choix musical qui vous colle à la peau et sauve parfois tout le reste (la bande-son, ce pansement de luxe). Dans le cas présent, on repart sur une base connue, mais l’air du temps a changé : les studios n’achètent plus seulement des histoires, ils achètent des marques, des souvenirs, des réflexes pavloviens. Le remake n’est plus un accident de parcours, c’est une stratégie industrielle parfaitement assumée.
Et Michael B. Jordan n’est pas juste devant la caméra : il prend aussi le volant.
Le cambriolage, version costume sur mesure
Ce qui rend ce projet plus intéressant que le simple exercice de reprise, c’est précisément la position de Jordan. Depuis Creed III en 2023, son premier long métrage comme réalisateur, il a montré qu’il ne se contentait pas d’être une tête d’affiche taillée pour les franchises et les blockbusters calibrés. Il veut aussi tenir la boutique, cadrer l’image, imposer un rythme. Autrement dit : passer de demi-dieu de l’affiche à chef d’orchestre derrière le moniteur. Pas mal pour quelqu’un que Hollywood a longtemps utilisé comme fer de lance sans forcément lui donner les clés du coffre.
Le scénario est signé Drew Pearce, passé par Iron Man 3 et The Fall Guy, avec Jason Hall, scénariste d’American Sniper et de Gran Turismo. Rien que ce duo dit déjà quelque chose : on est dans une zone où l’efficacité narrative doit cohabiter avec un certain panache de studio. Et pour tenir la route, Jordan s’entoure d’un casting qui a de la gueule : Adria Arjona, Lily Gladstone, Danai Gurira et Kenneth Branagh. Ce n’est pas un alignement de figurants, c’est une petite vitrine de prestige. Quand on remet The Thomas Crown Affair en circulation, il faut du chic, du nerf et un minimum de venin sous le vernis.

Le vieux monde adore les voleurs élégants
Il y a une raison très simple à la persistance de cette histoire : le public aime les criminels qui ont du style, à condition qu’ils restent suffisamment présentables pour ne pas salir le canapé. Le braqueur mondain, le voleur d’art, le gentleman cambrioleur, c’est une figure qui traverse le cinéma depuis des décennies parce qu’elle permet tout à la fois le suspense, le désir et la mise en scène du luxe. On ne regarde pas seulement un casse, on regarde une manière d’habiter le monde. Et c’est là que The Thomas Crown Affair a toujours eu un petit avantage sur les autres thrillers : son intrigue est presque secondaire face à la chorégraphie sociale qu’elle met en place.
Le film de Jordan a donc un vrai terrain de jeu. S’il se contente de refaire le coup du remake élégant, il risque de sentir la naphtaline premium. S’il assume au contraire une lecture plus contemporaine du pouvoir, de la richesse et du regard, il peut trouver sa propre nervure. Après tout, Jordan a déjà prouvé dans Creed III qu’il savait filmer les corps, la tension et l’ego qui déborde. Ici, il lui faut sans doute autre chose : faire danser le film entre séduction et contrôle, entre glamour et mécanique. Le genre de numéro où le moindre faux pas se voit à dix kilomètres. Le vrai casse, ce n’est pas dans le coffre-fort : c’est d’éviter de faire un remake qui s’excuse d’exister.
Jordan, l’héritier qui veut signer le tableau
Il y a aussi un sous-texte assez savoureux dans le choix de Michael B. Jordan pour incarner Thomas Crown. L’acteur a construit sa carrière sur une image de puissance maîtrisée, de charisme presque sculptural, de présence qui remplit le cadre sans forcer. C’est exactement le genre de profil qu’Hollywood adore pour ses franchises, mais qui peut devenir plus intéressant quand il s’attaque à des figures de voleurs aristocrates, de séducteurs dangereux, de types qui transforment le contrôle en art de vivre. En clair, il ne joue pas seulement un personnage : il joue aussi son propre statut dans le système.
Et c’est peut-être là que le film peut devenir plus qu’un simple exercice de style. Si Jordan réussit son coup, The Thomas Crown Affair pourra parler de lui-même, de sa propre filiation, de cette vieille obsession hollywoodienne pour la reprise qui se prend pour une renaissance. Sinon, on aura un bel emballage, quelques regards appuyés, deux ou trois scènes de tension bien polies et un parfum de déjà-vu. Ce qui, soyons honnêtes, n’empêche pas toujours le plaisir. Mais on sait bien comment ça se termine : soit le film passe la caisse avec panache, soit il rejoint la grande famille des remakes qui avaient de l’allure sur le papier. Et dans ce registre-là, le cinéma américain sait être très élégant pour rater un braquage.
Reste à voir si Jordan fera de Thomas Crown un simple héritier du mythe ou un vrai passeur de flambeau. Le genre de détail qui change tout, ou presque. Parce qu’entre le clinquant et le cinéma, il y a parfois juste un plan de trop.
Bande-annonce VF de Thomas Crown
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




