Et si Lin-Manuel Miranda avait joué le Vautour dans Spider-Man: Homecoming ? On tient là un de ces castings fantômes qui font saliver les cinéphiles avant de retomber, très vite, sur une évidence : Michael Keaton était le bon choix, et Miranda le savait déjà.
À la fin des années 2010, Lin-Manuel Miranda n’est plus seulement le gamin génial de Broadway. Avec In the Heights, puis surtout Hamilton, il passe du statut de prodige à celui de machine à trophées, avec Tony, Grammy et Pulitzer au passage. Hollywood lui ouvre alors grand les bras, Disney en fer de lance, et l’homme enchaîne les terrains de jeu : chansons pour Moana en 2016, apparition dans Mary Poppins Returns, écriture pour Encanto, La Petite Sirène en live action, Mufasa: The Lion King, sans oublier sa voix dans le reboot de DuckTales. Bref, le type est partout. Trop partout, même. Et c’est précisément là que le MCU a tenté sa chance.
Dans un entretien avec Josh Horowitz dans le podcast Happy Sad Confused, Miranda a confirmé avoir été approché pour incarner Adrian Toomes, alias le Vautour, dans Spider-Man: Homecoming de Jon Watts, sorti en 2017. Le film, premier Spider-Man solo en prises de vues réelles intégré au MCU, mettait en scène un Peter Parker adolescent face à un antagoniste de classe ouvrière qui recycle la technologie chitauri pour monter un trafic d’armes. Un méchant très terre-à-terre, très amer, très New York aussi. Pas franchement le terrain naturel d’un compositeur-acteur associé à l’élan, au verbe et à la comédie musicale. En clair : Miranda avait flairé le piège du contre-emploi avant même de poser un pied sur le plateau.
Le costume était trop grand, le planning trop serré
Miranda ne s’est pas contenté de dire non par snobisme ou par stratégie de carrière. Il a expliqué que le calendrier était simplement intenable. Kevin Feige lui aurait détaillé l’intrigue au téléphone, puis lui aurait demandé quand il pourrait tourner. Réponse du studio, en substance : juste après Hamilton. Autrement dit, au moment où l’artiste sortait à peine de la scène, lessivé, encore marié, encore vivant, et visiblement pas prêt à sacrifier son couple pour un rôle de super-vilain. On comprend l’idée. On la valide même. Le vrai luxe, parfois, c’est de ne pas devenir une variable d’ajustement du calendrier Marvel.
Il y a aussi une question de physique de jeu, et là on entre dans le nerf du sujet. Le Vautour de Spider-Man: Homecoming n’est pas un méchant flamboyant à la Loki ; c’est un type usé, pragmatique, presque ouvrier dans sa logique de prédation. Michael Keaton, avec son mélange de fatigue, de menace et de banalité américaine, apportait exactement ce qu’il fallait. Miranda, lui, aurait sans doute injecté une énergie trop nerveuse, trop musicale, trop brillante pour ce personnage-là. Pas mauvais, non. Juste ailleurs. Le casting, ce n’est pas une loterie de stars : c’est de l’alchimie, ou c’est du flan.

Le Vautour, ou l’art de passer à côté sans se planter
Ce refus raconte aussi quelque chose de plus large sur la manière dont Hollywood recycle les monstres sacrés de la scène. Miranda, à ce moment-là, devient une cible idéale pour les franchises : assez célèbre pour rassurer, assez bankable pour attirer, assez polymorphe pour tout essayer. Sauf que le cinéma de super-héros adore les contre-emplois, mais il adore encore plus les agendas qui explosent. Entre une tournée, une famille, une carrière déjà saturée et un rôle qui exigeait une disponibilité totale, le calcul était vite fait.
Et puis, soyons honnêtes, l’histoire a un petit parfum de justice poétique. Miranda a fini par entrer dans l’orbite des super-pouvoirs par d’autres portes : Gizmoduck dans DuckTales, Hermès dans Percy Jackson and the Olympians. Il a donc eu sa dose de capes, de dieux et de gadgets sans avoir à se coltiner la mécanique parfois un peu grippée du MCU en mode franchise industrielle. On ne va pas pleurer sur un rôle manqué quand l’intéressé a préféré préserver sa vie perso et sa santé mentale. C’est presque subversif, à ce stade.
Le fantôme du casting, et la petite musique des “et si”
Ce qui reste, au fond, c’est le plaisir très cinéphile du casting imaginaire. On aime bien ces bifurcations qui n’ont pas eu lieu, ces routes parallèles où un film aurait pris une autre couleur, un autre rythme, une autre température. Mais ici, l’affaire est presque trop propre pour nourrir un vrai regret. Miranda l’a dit sans détour : il aurait été mal casté. Et sur ce point, difficile de lui donner tort. Michael Keaton a trouvé la bonne fréquence, celle d’un homme qui a les mains sales et la colère rentrée. Miranda, lui, aurait probablement apporté autre chose, quelque chose de plus vif, de plus cérébral, peut-être de plus théâtral. Pas le même film, donc. Pas le même poison.
Le plus amusant, c’est que cette anecdote dit autant sur Miranda que sur Marvel. D’un côté, un artiste qui a suffisamment de poids pour dire non à une franchise géante. De l’autre, un studio qui sait repérer une tête d’affiche capable de transformer un second rôle en vraie présence. Entre les deux, pas de drame, pas de scandale, juste un rendez-vous manqué qui n’a rien d’un accident industriel. Parfois, le meilleur casting, c’est celui qu’on n’a pas fait. Et celui-là, franchement, il a de la gueule.
Reste maintenant à voir ce que Miranda fera derrière la caméra avec Octet, son prochain projet inspiré du musical de Dave Malloy, après l’excellent Tick, Tick… Boom! en 2021. Là encore, on parle d’un homme qui préfère composer son propre tempo plutôt que de courir après les capes des autres. Et quelque part, c’est peut-être ça, la vraie classe.
Bande-annonce VF de Spider-Man : Homecoming
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




