Vous pensiez que l’or était le placement refuge de cette décennie ? Détrompez-vous. Pendant que le métal jaune progressait sagement, l’argent a doublé son prix en moins d’un an, frôlant les 122 dollars l’once en janvier 2026 avant de corriger brutalement. Cette ascension vertigineuse n’a rien d’un simple effet de mode spéculatif. Elle révèle une tension profonde entre une demande industrielle insatiable et des stocks qui fondent comme neige au soleil. Bienvenue dans le nouveau Far West des métaux précieux, où l’argent redéfinit les règles du jeu et réveille des appétits endormis depuis les années 1980.
⚡ Ce qu’il faut retenir
- L’argent a bondi de +131% en un an, surperformant largement l’or et la plupart des actifs financiers
- Un record historique à 121,64 dollars l’once a été atteint en janvier 2026 avant une correction
- Le déficit structurel persiste : la demande dépasse 1,1 milliard d’onces contre 1 milliard d’offre
- Le ratio or/argent s’est effondré, passant de 100 à près de 50, signalant une revalorisation majeure
- Les applications industrielles explosent : photovoltaïque, électronique, intelligence artificielle et véhicules électriques
Un rallye historique qui pulvérise tous les records
L’année 2025 restera gravée dans l’histoire comme la meilleure performance de l’argent depuis 1979. Le métal blanc a gagné près de 150% sur douze mois, laissant l’or loin derrière avec ses 71% de hausse. Début 2026, l’once d’argent s’échangeait encore à 94 dollars, affichant une progression de 32% depuis janvier. Ce n’est pas une simple bulle spéculative gonflée par l’euphorie des marchés. C’est le symptôme d’un déséquilibre profond entre l’offre et la demande, aggravé par des décennies de sous-investissement dans les mines.
Le choc s’est produit en janvier 2026 lorsque le cours a atteint 121,64 dollars l’once, un niveau jamais observé dans l’histoire moderne. Les traders ont assisté médusés à cette accélération qui défiait toutes les prévisions. Depuis, une correction brutale a ramené les prix autour de 75 dollars mi-février, mais l’argent reste 131% au-dessus de son niveau d’il y a un an. Cette volatilité extrême ne fait que confirmer la nervosité des marchés face à une ressource qui se raréfie pendant que la demande explose.
La double nature de l’argent : refuge et matière première industrielle

Contrairement à l’or, pur actif refuge, l’argent joue sur deux tableaux. D’un côté, il attire les investisseurs qui cherchent à protéger leur capital dans un contexte d’incertitude monétaire croissante. De l’autre, il alimente des industries en pleine transformation technologique qui ne peuvent tout simplement pas s’en passer. Cette double nature crée une tension unique : si l’économie ralentit, l’argent monte comme valeur refuge ; si l’économie accélère, il monte grâce à l’industrie.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. La demande industrielle représente environ 650 millions d’onces par an, soit plus de la moitié de la consommation mondiale totale. Le secteur photovoltaïque, malgré ses efforts pour réduire la quantité d’argent dans chaque panneau solaire, continue d’absorber des volumes considérables. Les centres de données, l’intelligence artificielle et le secteur automobile électrique compensent largement cette optimisation. Chaque voiture électrique contient entre 25 et 50 grammes d’argent dans ses composants électroniques, contre quelques grammes pour un véhicule thermique traditionnel.
Une pénurie qui devient réalité
La production minière mondiale plafonne autour de 820 millions d’onces annuelles. Ajoutez-y 190 millions d’onces issues du recyclage, et vous obtenez une offre totale d’environ 1 milliard d’onces. Face à une demande qui dépasse régulièrement 1,1 milliard d’onces, le déficit structurel devient criant. Ce déséquilibre persiste depuis plusieurs années et les stocks mondiaux fondent à un rythme inquiétant. Les entrepôts qui servaient autrefois de réserve stratégique se vident progressivement, alimentant la nervosité des acheteurs industriels.
Cette tension sur l’offre n’est pas un accident. Elle résulte de décennies de sous-investissement dans l’exploration minière. Ouvrir une nouvelle mine d’argent prend entre 7 et 10 ans, sans garantie de rentabilité. Les gisements riches et facilement accessibles ont déjà été exploités. Les nouvelles découvertes contiennent des concentrations plus faibles, nécessitant des technologies d’extraction coûteuses. Résultat : la production stagne depuis 2016 pendant que la demande continue sa progression implacable.
| Période | Prix de l’argent (USD/once) | Variation | Contexte |
|---|---|---|---|
| Février 2025 | 32,40 $ | Point de départ | Début du rallye haussier |
| Janvier 2026 | 121,64 $ | +275% | Record historique absolu |
| 9 février 2026 | ~78 $ | -36% depuis le pic | Correction après prise de bénéfices |
| 13 février 2026 | 74,81 $ | +131% sur un an | Stabilisation après turbulences |
Le ratio or/argent révèle un basculement historique

Les spécialistes surveillent depuis des décennies un indicateur clé : le ratio or/argent. Il mesure combien d’onces d’argent il faut pour acheter une once d’or. Pendant des siècles, ce ratio oscillait autour de 15 à 20, reflétant l’abondance relative des deux métaux dans la croûte terrestre. Au printemps 2025, il dépassait 100, signifiant qu’il fallait plus de 100 onces d’argent pour acquérir une once d’or. Un niveau historiquement aberrant qui suggérait une sous-évaluation massive de l’argent.
Depuis, le ratio s’est effondré. Il est retombé sous la barre des 50 début 2026, confirmant une surperformance spectaculaire de l’argent face à l’or. Ce mouvement n’est pas qu’une simple correction technique. Il traduit une réévaluation profonde de la rareté relative des deux métaux et de leurs perspectives d’avenir. Certains analystes anticipent même un retour vers des niveaux historiques autour de 20 à 30 si la tendance se poursuit, ce qui impliquerait soit une nouvelle envolée de l’argent, soit une stagnation prolongée de l’or.
Les investisseurs redécouvrent un actif oublié

Pendant des années, l’argent est resté dans l’ombre de son cousin doré. Trop volatile, disaient certains. Trop industriel, affirmaient d’autres. Mais la donne a changé. Les fonds négociés en bourse (ETF) dédiés à l’argent ont enregistré une forte progression de leurs encours en 2025, signe d’un retour massif des investisseurs institutionnels. Cette demande d’investissement a joué un rôle déterminant dans l’accélération récente du mouvement haussier.
Les particuliers ne sont pas en reste. Sur les forums d’investissement à long terme, les discussions sur l’argent physique se multiplient. Pièces d’argent, lingots de 1 kilogramme, barres de 5 onces : les formats varient mais l’intention reste la même. Face à une inflation persistante et des politiques monétaires accommodantes, les épargnants cherchent des actifs tangibles capables de préserver leur pouvoir d’achat. L’argent, avec son ticket d’entrée plus accessible que l’or, séduit une nouvelle génération d’investisseurs qui n’avaient jamais envisagé les métaux précieux auparavant.
Goldman Sachs revoit ses prévisions à la hausse
Les grandes banques d’investissement ajustent leurs modèles. Goldman Sachs, qui tablait sur un or à 4 900 dollars fin 2026, a relevé sa prévision à 5 400 dollars l’once. Si l’argent maintient son ratio actuel, cela impliquerait un cours entre 100 et 120 dollars l’once pour le métal blanc. D’autres analystes, plus audacieux, n’excluent pas des pointes au-delà de 150 dollars si le déficit d’offre persiste et que la demande industrielle continue sa progression.
Ces projections ne sont pas de simples exercices théoriques. Elles s’appuient sur des fondamentaux solides : déficit structurel, transition énergétique, digitalisation de l’économie, tensions géopolitiques. Tous ces facteurs convergent pour créer un environnement exceptionnellement favorable à l’argent. Même une récession mondiale ne casserait probablement pas cette dynamique, puisque le métal jouerait alors pleinement son rôle de valeur refuge.
Les applications industrielles qui changent la donne
Regardez votre smartphone. Il contient de l’argent. Votre ordinateur portable ? Pareil. Les panneaux solaires sur le toit de votre voisin ? Remplis d’argent. Ce métal possède des propriétés physiques uniques : meilleure conductivité électrique de tous les métaux, excellente conductivité thermique, pouvoir antibactérien naturel. Ces caractéristiques en font un composant irremplaçable dans des centaines d’applications modernes.
Le boom des énergies renouvelables accélère la consommation. Chaque panneau solaire contient environ 20 grammes d’argent sous forme de pâte conductrice. Multipliez par les millions de panneaux installés chaque année pour atteindre les objectifs climatiques mondiaux, et vous comprenez l’ampleur du défi. L’industrie photovoltaïque a certes réduit sa consommation unitaire grâce aux innovations technologiques, mais la croissance exponentielle du secteur compense largement ces économies.
L’intelligence artificielle, nouveau gouffre à argent

Un phénomène moins visible mais tout aussi déterminant : l’explosion des centres de données. L’intelligence artificielle nécessite une puissance de calcul phénoménale, donc des serveurs par milliers, refroidis par des systèmes complexes utilisant… de l’argent. Les connexions électriques haute performance, les cartes mères, les composants critiques : tous contiennent ce métal devenu stratégique. Microsoft, Google, Amazon et leurs concurrents investissent des dizaines de milliards dans de nouveaux data centers. Chacun de ces projets engloutit des tonnes d’argent.
L’automobile électrique ajoute une couche supplémentaire de demande. Un véhicule électrique moderne embarque entre 25 et 50 grammes d’argent dans ses circuits électroniques, ses contacts, ses systèmes de gestion de batterie. À mesure que l’Europe et la Chine accélèrent leur transition vers l’électrique, cette demande ne fera que croître. Les constructeurs ont beau chercher des substituts moins coûteux, ils se heurtent à une réalité implacable : rien ne remplace l’argent pour certaines applications critiques où la fiabilité est primordiale.
Les risques d’une correction brutale
Février 2026 a rappelé à tous que la volatilité reste la marque de fabrique de l’argent. Après avoir atteint 121 dollars l’once, le cours s’est effondré de plus de 36% en quelques semaines, retombant autour de 75 dollars. Cette correction brutale a surpris les investisseurs euphoriques qui pensaient que la hausse était partie pour durer éternellement. Les prises de bénéfices massives, combinées à un dollar plus fort et à des signaux macroéconomiques contradictoires, ont provoqué cette chute spectaculaire.
Les indicateurs techniques affichaient pourtant tous les signaux d’alerte. RSI en zone de surachat extrême, oscillateurs saturés, volumes anormalement élevés : tous les ingrédients d’une correction étaient réunis. Les traders professionnels avaient commencé à alléger leurs positions dès la mi-janvier, laissant les particuliers détenir le gros du risque. Cette séquence illustre la difficulté d’investir sur l’argent : les mouvements sont violents, imprévisibles, capables de créer ou détruire des fortunes en quelques jours.
| Facteur haussier | Facteur baissier |
|---|---|
| Déficit structurel offre/demande | Correction technique après rallye excessif |
| Transition énergétique mondiale | Ralentissement économique potentiel |
| Demande industrielle en forte croissance | Dollar américain fort pénalisant |
| Stocks mondiaux en baisse continue | Innovations réduisant la consommation unitaire |
| Politiques monétaires accommodantes | Prises de bénéfices massives après hausse |
Comment profiter de cette tendance sans se brûler
Face à cette volatilité extrême, la stratégie compte autant que le timing. Les experts recommandent une approche progressive, loin de l’investissement massif d’un coup. L’achat régulier de petites quantités, méthode connue sous le nom de dollar-cost averaging, permet de lisser les prix d’entrée et d’éviter de se retrouver piégé au sommet d’une bulle spéculative. Cette discipline reste difficile à maintenir quand les cours s’envolent et que la peur de rater le train se fait pressante.
Plusieurs options s’offrent aux investisseurs français. L’achat d’argent physique sous forme de pièces ou lingots garantit une possession directe mais implique des frais de stockage et d’assurance. Les ETF spécialisés offrent une exposition sans contraintes logistiques, avec une liquidité immédiate. Les actions de sociétés minières permettent un effet de levier sur le cours de l’argent, mais ajoutent un risque opérationnel lié à la gestion de l’entreprise. Chaque approche présente ses avantages et inconvénients, à évaluer selon votre profil de risque et votre horizon d’investissement.
La fiscalité française, un paramètre à ne pas négliger
Attention au cadre fiscal. En France, la vente de métaux précieux physiques peut être imposée soit à la taxe forfaitaire de 11,5% sur le montant de la transaction, soit au régime des plus-values des particuliers (36,2% après abattement pour durée de détention). Le choix entre ces deux options dépend de votre situation personnelle et de la durée de détention envisagée. Les ETF et actions minières relèvent quant à eux du PFU de 30% ou du barème progressif de l’impôt sur le revenu, selon votre option fiscale globale.
Cette complexité fiscale ne doit pas être sous-estimée. Elle peut significativement impacter votre rentabilité nette, surtout sur des actifs aussi volatils que l’argent. Avant de vous lancer, prenez le temps de modéliser différents scénarios de sortie. Une plus-value de 100% peut paraître attrayante, mais si elle est amputée d’un tiers par la fiscalité et les frais de transaction, le rendement réel devient beaucoup moins spectaculaire.
Perspectives pour les prochains mois
Personne ne peut prédire avec certitude où ira le cours de l’argent d’ici la fin 2026. Les analystes les plus optimistes parlent d’un retour vers 100 dollars ou plus si le déficit d’offre s’aggrave. Les plus prudents évoquent une consolidation prolongée entre 70 et 90 dollars, le temps que le marché digère la hausse vertigineuse de 2025. Une chose reste certaine : la volatilité restera élevée, offrant autant d’opportunités que de pièges pour les investisseurs.
Les catalyseurs potentiels ne manquent pas. Une accélération de la transition énergétique, un nouvel assouplissement monétaire de la Fed, une crise géopolitique majeure : chacun de ces événements pourrait relancer la machine haussière. À l’inverse, une récession profonde, une innovation technologique permettant de remplacer l’argent dans certaines applications, ou un rebond inattendu de la production minière pourraient casser cette dynamique. Le Silver Institute, organisation professionnelle du secteur, anticipe une demande stable en 2026, soutenue par les investissements croissants malgré un léger recul de certaines applications industrielles.
Le marché de l’argent traverse une période unique, où se mêlent fondamentaux solides et excès spéculatifs. Les investisseurs qui sauront naviguer cette complexité, en restant disciplinés et informés, pourraient tirer leur épingle du jeu. Ceux qui se laisseront emporter par l’euphorie ou la panique risquent de payer cher leur manque de sang-froid. Dans ce Far West moderne des métaux précieux, l’argent a repris ses lettres de noblesse. Reste à savoir si cette royauté retrouvée résistera aux tempêtes à venir.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.



