On croyait tenir un polar cosmique à la sauce DC, et voilà que Lanterns commence à sentir le complot d’État intergalactique. L’épisode 5 ne se contente pas de tuer des suspects : il désigne, en creux, les Gardiens de l’Univers comme le vrai nœud du problème.

Pour rappel, Lanterns est l’une des grosses cartouches télévisuelles de DC Studios, pensée comme une série HBO Max jouant la carte du thriller procédural autant que celle du mythe super-héroïque. La série s’inscrit dans un moment très particulier de l’histoire du genre : après l’hégémonie des franchises Marvel et DC au cinéma, la télévision est devenue le terrain de jeu idéal pour les récits de reconstruction, de corruption institutionnelle et de mythologie à tiroirs. On n’est plus dans la parade de costumes, mais dans la mécanique des responsabilités, des mensonges et des héritages pourris jusqu’à l’os. Et franchement, c’est là que le matériau Green Lantern devient enfin intéressant.

Dans la saison 1, tout est construit comme un faux labyrinthe : Rushville, Nebraska, la mort de Hal Jordan dans une chronologie future, l’absence de John Stewart à ce moment-là, la mystérieuse figure du Manhunter… La série empile les pistes comme un bon vieux whodunit qui aurait avalé un comic book de l’âge d’argent. Sauf que l’épisode 5 vient faire sauter la table de jeu : les suspects s’effondrent, et le pouvoir, lui, reste debout.

Les faux cadavres et le vrai cadavre dans le placard

L’épisode 5 fait le ménage avec une brutalité presque comique, si l’on aime les séries qui dégainent les morts comme d’autres sortent les punchlines. Zoe Macon, révélée comme Manhunter dans l’épisode 4, disparaît à son tour. Antaan explose après avoir été projeté dans la haute atmosphère par l’anneau de Hal Jordan. William Macon, lui, meurt avant même d’avoir pu finir de jouer son rôle de sale type tragique. Résultat : le champ des possibles se rétrécit à vue d’œil. Sinestro, enfermé, reste un candidat logique, mais la série semble surtout préparer un autre basculement, plus sale, plus politique, plus intéressant.

Car les Gardiens de l’Univers, jusqu’ici présentés comme des figures distantes et autoritaires, cessent d’être de simples bureaucrates galactiques pour devenir des manipulateurs à visage découvert. Dans les comics Green Lantern, ils ont toujours eu ce parfum d’élite froide, presque monastique, qui décide pour les autres au nom d’un ordre supérieur. Lanterns reprend cette idée, mais la pousse vers quelque chose de plus venimeux : non seulement ils créent les Manhunters, mais ils portent aussi la responsabilité du carnage qu’ils déclenchent. Autrement dit, la machine à fantasmes cosmique commence à ressembler à une machine à broyer.

Lianna, ou l’art de faire passer la coercition pour du destin

L’épisode 4 avait déjà mis la puce à l’oreille avec Lianna, incarnée par Laura Linney, qui pousse John Stewart à prendre l’anneau de Hal Jordan et à réciter le serment des Green Lanterns comme s’il s’agissait d’un rite d’accession parfaitement naturel. En réalité, la scène sentait déjà la pression morale déguisée en transmission sacrée. Quand John hésite, Lianna le travaille au corps, en invoquant son enfance, l’éducation reçue, la vocation supposée. C’est du chantage affectif en robe de cérémonie, ni plus ni moins. Le plus glaçant, c’est que la série ne la filme pas comme une méchante de cartoon, mais comme une administratrice du contrôle.

Affiche de Lanterns
Affiche de Lanterns

L’épisode 5 va plus loin en révélant que les Gardiens ont eux-mêmes fabriqué les Manhunters, puis les ont anéantis lorsqu’ils sont devenus trop violents. Zoe affirme être la seule survivante de cette purge, ce qui change tout : si elle dit vrai, pourquoi elle ? Pourquoi l’avoir épargnée ? Pourquoi laisser un témoin quand on sait très bien que les témoins, dans ce genre d’histoire, finissent toujours par faire dérailler le récit ? On tient là une question beaucoup plus excitante que le sempiternel duel entre héros et super-vilain. On parle d’une institution qui fabrique le désastre, le corrige à moitié, puis prétend encore incarner l’ordre. Charmant programme.

John Stewart, le ring et la gueule de bois morale

Le vrai mouvement de l’épisode, c’est pourtant John Stewart qui le porte. À la fin, il refuse de porter l’anneau. Et ce n’est pas un caprice dramatique pour relancer la saison : c’est une rupture de trajectoire. Depuis le début, John est présenté comme quelqu’un qu’on a préparé à devenir Lantern, presque programmé pour ça. Mais à force d’être manipulé par les uns et les autres, il finit par voir le mécanisme. Il comprend que le pouvoir qu’on lui propose n’est pas neutre, que la mission n’est pas pure, que la vocation ressemble furieusement à une assignation.

La scène où il remet à Lianna le cœur de Zoe Macon comme preuve de son acte est d’une sécheresse redoutable. Quand il lui répond, « Your sins, and consequences », la série ne fait pas seulement monter la tension : elle fait basculer John du côté de la lucidité brutale. Il ne joue plus le futur chevalier cosmique. Il devient l’homme qui regarde le système en face et lui renvoie sa propre saleté. Et ça, pour une franchise souvent coincée entre grand spectacle et mythologie vernie, c’est un sacré bol d’air.

Le vrai méchant, c’est peut-être le costume

Si Lanterns tient sa promesse jusqu’au bout, elle pourrait faire quelque chose de plus rare qu’un simple twist : transformer ses figures d’autorité en cœur du récit. Pas un méchant à moustache, pas un monstre final qui débarque en CGI pour faire trembler le ciel, mais une structure de pouvoir, froide, abstraite, presque administrative. Les Gardiens ont tout pour devenir le centre de gravité des trois derniers épisodes : ils ont créé les Manhunters, ils ont laissé des traces, ils ont manipulé John et Hal, ils ont façonné une vocation comme on fabrique un outil. On est loin du simple affrontement de super-pouvoirs. On touche à la question la plus sale du genre : qui décide du bien commun, et à quel prix ?

Dans ce genre de série, le danger, c’est toujours de finir par expliquer trop proprement ce qu’on avait d’abord laissé fermenter. Mais pour l’instant, Lanterns a compris un truc essentiel : le meilleur carburant d’un récit DC, ce n’est pas la surenchère, c’est la suspicion. Et quand le doute se met à viser ceux qui sont censés veiller sur l’univers, on n’est plus dans la simple aventure spatiale. On est dans la mise à nu d’un pouvoir qui se croyait intouchable. Bref, le vrai vertige n’est pas dans l’anneau : il est dans la main qui le tend.

Alors oui, John a tourné le dos au pouvoir. Mais dans une série qui adore les faux coupables, on se doute bien que quelqu’un va devoir faire payer les vrais. Et là, on commence enfin à entrer dans le bon film.

Bande-annonce VF de Lanterns

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