Dans Lanterns, le grand jeu n’est plus de savoir qui ment, mais qui porte le masque le plus longtemps. L’épisode 4 lâche une bombe narrative en désignant Zoe Macon comme le Manhunter, et d’un coup la série cesse d’être un simple polar cosmique pour devenir un vrai récit de manipulation en chaîne.

Depuis son lancement, la série HBO joue la carte du faux-semblant avec une gourmandise presque insolente : une timeline DC clarifiée, un Hal Jordan en bout de course, un John Stewart encore en train d’apprendre à marcher dans ce bourbier, et au milieu de tout ça un mystérieux Manhunter censé incarner la menace principale. Sauf que Lanterns ne se contente pas d’aligner les indices comme un mauvais whodunit. Elle s’amuse à déplacer les corps, les identités et les responsabilités, dans une logique très “on vous montre le coupable, puis on vous explique pourquoi ce n’était pas lui” (le genre de pirouette qui fait lever un sourcil, puis deux).

Dans la mythologie DC, les Manhunters sont des êtres synthétiques créés par les Gardiens de l’Univers avant les Green Lantern Corps, puis devenus trop zélés, trop rigides, trop persuadés de savoir ce qui est moral ou non. La série reprend ce socle sans le réciter scolairement : un survivant, Abin Sur, un crash sur Terre, une fuite, une créature capable de prendre l’apparence d’un humain. Dit autrement : Lanterns ne raconte pas seulement une chasse, elle raconte la panique de ne plus savoir à qui on parle.

Le masque tombe, la série respire

Le vrai coup de force de cet épisode, c’est de faire de Zoe Macon, incarnée par Poorna Jagannathan, une suspecte qui n’a jamais eu l’air d’en être une. Et c’est précisément là que la série devient plus maligne qu’elle ne le laissait craindre. Quand Zoe dit à John qu’elle a sauvé la vie de Will Macon, elle ne livre pas juste une réplique ambiguë : elle déplace le centre de gravité du récit. On croyait tenir une nurse, une alliée, une présence périphérique. En réalité, on observait peut-être depuis le début la créature au cœur du dispositif.

Le plus savoureux, c’est que Lanterns ne transforme pas ce twist en simple “aha moment”. Elle l’utilise pour reconfigurer les rapports de force. Hal Jordan, joué par Kyle Chandler, et John Stewart, incarné par Aaron Pierre, se retrouvent à courir après une vérité qui leur échappe parce qu’elle se cache dans des détails humains, pas dans des explosions cosmiques. Le péché originel de la série, c’est de faire croire que le danger vient d’en haut alors qu’il se niche dans les relations les plus ordinaires.

Hector, le faux coupable et la bonne vieille diversion

L’épisode 4 s’amuse aussi à faire passer Hector Hammond, ou plutôt Hector Gutierrez, pour l’homme à abattre. Pas de passé avant 1986, un trou biographique bien commode, une société louche, un satellite qui crame une voiture : on a tous les ingrédients du suspect idéal. Sauf que la série retourne la table avant même qu’on ait eu le temps de poser notre verre. Hector n’est qu’un écran de fumée, un pion qu’on a poussé sur l’échiquier pour faire croire à une menace plus simple à circonscrire.

Affiche de Lanterns
Affiche de Lanterns

Ce qui est malin, c’est que cette fausse piste dit quelque chose de la série elle-même. Lanterns emprunte à True Detective son goût pour l’enquête existentielle, mais elle y injecte une mécanique de comic book où la métamorphose est une arme narrative. On ne cherche pas seulement un meurtrier, on cherche une forme stable dans un monde qui en refuse obstinément une. Et ça, franchement, ça a plus de gueule qu’un énième “c’est lui le méchant” plaqué au dernier acte.

Hal, John, et la petite musique du soupçon

À ce stade, la série devient surtout intéressante pour ce qu’elle fait de son duo central. Hal comprend que John n’a pas réagi à la destruction de la voiture de Zoe comme quelqu’un qui ignore sa survie. Il a donc flairé quelque chose, gardé l’info pour lui, et peut-être protégé Zoe plus longtemps qu’il ne l’admet. On n’est plus dans une simple enquête partagée : on glisse vers une fracture morale. Qui protège qui ? Qui sait quoi ? Et surtout, qui manipule l’autre au nom d’une vérité supposément supérieure ?

Le dernier mouvement de l’épisode, avec Hal qui plante la voiture pendant que John est encore dedans, a des airs de coup de théâtre un peu brutal, mais il sert une idée claire : les deux Lanterns ne sont plus sur la même ligne de mire. L’un veut foncer sur Zoe, l’autre semble comprendre que la cible n’est peut-être pas celle qu’on lui désigne. Dans une série qui adore les doubles fonds, la vraie tension n’est pas cosmique ; elle est fraternelle, presque intime.

Le vrai monstre, ou la série qui se regarde dans le miroir

Ce qui se dessine derrière ce twist, c’est une question très simple et très sale : et si le “monstre” n’était qu’un alibi pour masquer des fautes humaines bien plus ordinaires ? Antaan et sa bande d’aliens mécontents, jusque-là présentés comme des antagonistes possibles, prennent soudain une autre épaisseur. La série laisse entendre qu’ils pourraient être moins monstrueux que les gens qui prétendent les traquer. Voilà le genre de renversement qui évite à Lanterns de se vautrer dans le manichéisme de série B.

On attend maintenant la suite pour voir si la série va tenir la promesse de ce basculement, ou si elle va retomber dans la mécanique du “tout ça pour ça”. Pour l’instant, elle a au moins réussi une chose rare : faire d’un twist de mi-saison non pas un gadget, mais un révélateur de sa propre nervosité. Et dans le petit monde des adaptations DC, ça vaut déjà son pesant de kryptonite.

Reste à savoir si John et Hal vont finir par se tirer dessus, s’allier contre Antaan, ou découvrir que la vérité a encore changé de visage pendant qu’on regardait ailleurs. À ce rythme, il va falloir plus qu’une saison pour démêler ce sac de nœuds. Et quelque part, tant mieux : au moins, la série a enfin trouvé son vrai carburant.

Bande-annonce VF de Lanterns

Part.
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