Lanterns ne vend pas des rayons laser et des uniformes verts à la chaîne : la série de DC et HBO préfère le goudron, la poussière et les regards qui mentent. Au milieu de ce polar de l’Amérique profonde, Garret Dillahunt débarque en William Macon, beau-frère de shérif, rancher à la théorie du complot facile et à l’air de type qui cache un cadavre dans le grenier. Rien que ça.

Pour rappel, Lanterns place Hal Jordan, incarné par Kyle Chandler, et John Stewart, joué par Aaron Pierre, sur la piste d’un meurtre qui les mène jusqu’au Nebraska, loin du grand cirque cosmique auquel la franchise nous a habitués. D’après la source de Joe Roberts pour Slashfilm, William Macon vit à Rushville et garde ses cartes serrées contre la poitrine. On comprend vite le topo : dans ce décor de western contemporain, le personnage sert moins de faire-valoir que de zone de turbulence. Et ça, chez DC, c’est presque une révolution de méthode. On n’est plus dans la démonstration de puissance, on est dans le soupçon.

Le vrai sujet, ici, c’est moins le costume que l’acteur : Dillahunt a passé près de quatre décennies à jouer les types ambigus, cabossés, inquiétants ou simplement trop calmes pour être honnêtes.

Du soap au saloon, sans perdre le fil

Garret Dillahunt commence au début des années 1990 dans One Life to Live, puis enchaîne avec des apparitions dans NYPD Blue et The X-Files. Rien de plus logique, au fond : sa carrière s’est construite dans cette zone intermédiaire où la télévision américaine fabrique ses seconds couteaux les plus précieux. Ceux qu’on ne remarque pas toujours au premier regard, mais qui tiennent une scène d’un simple froncement de sourcil. Son premier passage au cinéma remonte à Last Call en 1999, avant une série de rôles qui l’installent comme un visage familier du petit écran. Pas glamour ? Peut-être. Mais diablement efficace.

Le tournant, c’est Deadwood en 2004. Dillahunt y joue d’abord Jack McCall, puis Francis Wolcott, deux personnages différents dans la même série. Ce petit détail dit beaucoup : il a cette capacité à se réinventer sans changer de nature, comme si son jeu reposait sur une même matière première, légèrement tordue, légèrement menaçante. C’est le genre d’acteur qu’on croit secondaire jusqu’au moment où il avale la scène tout entière.

Affiche de Lanterns
Affiche de Lanterns

Le western comme terrain de chasse

La suite confirme l’évidence. En 2007, Dillahunt apparaît dans No Country for Old Men et The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford, deux monuments du western révisionniste moderne. Deux films où la violence n’est jamais décorative, où l’Ouest sert surtout à regarder l’Amérique droit dans les yeux et à lui demander ce qu’elle a fait de ses mythes. Dillahunt y trouve naturellement sa place : visage buriné, présence sèche, énergie de type qui a déjà vu le pire et n’en fait pas tout un fromage. Il n’a pas besoin d’en faire des caisses, et c’est précisément pour ça qu’il fonctionne.

Cette logique se prolonge à la télévision avec ER, Raising Hope, Fear the Walking Dead, The Mindy Project ou encore Hand of God. On pourrait croire à une filmographie en zigzag. En réalité, c’est une ligne très nette : Dillahunt excelle dans les récits de crise, les familles bancales, les communautés qui se fissurent, les hommes qui sourient un peu trop tard. Il a ce talent rare de rendre le doute presque tactile. Quand il entre dans un plan, on ne sait pas s’il va rassurer ou faire dérailler la machine.

DC en bottes de foin

Dans Lanterns, c’est précisément ce genre d’énergie qui peut faire toute la différence. Le projet, produit pour HBO, prend le risque de transposer une mythologie de super-héros dans un cadre de thriller rural, presque de série noire à l’ancienne. Pas de grand déploiement cosmique en façade, pas de fanfare à chaque coin de champ. À la place, des silences, des terres plates, des familles qui se regardent de travers et un possible monstre planqué derrière la clôture. Le personnage de William Macon, tel que le décrit Slashfilm, semble taillé pour cette mécanique : un quasi-vilain, un homme qui en sait trop ou qui veut surtout qu’on le croie inoffensif. Ce qui, on le sait, est souvent pire.

Et puis il y a l’idée, assez savoureuse, de voir un acteur aussi associé aux territoires du western revenir dans une série DC qui joue la carte du faux réalisme. Comme si l’Amérique profonde devenait le vrai champ de bataille de la franchise. Pas besoin d’un univers étendu quand on a déjà un ranch, un shérif, un soupçon de conspiration et un type qui serre les dents. Parfois, la poule aux œufs d’or porte des bottes et ment très bien.

Reste à voir si William Macon sera simple écran de fumée ou vrai pivot du récit. Avec Dillahunt, on peut parier sur une chose : le personnage ne sera pas là pour meubler. Et dans une série qui veut faire du sale avec du mythologique, c’est plutôt une bonne nouvelle. On a connu des super-héros plus bavards. Lui, il a déjà la gueule du problème.

Bande-annonce VF de Lanterns

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