Dans Lanterns, rien ne traîne au hasard : même un panneau publicitaire au fond d’un plan semble vouloir faire avancer la machine Batman. L’épisode 3 ajoute ainsi une petite graine de chaos avec Janus Cosmetics, et on connaît la chanson : chez DC, les miettes finissent souvent en gros morceau.

La série DCU portée par Kyle Chandler, Aaron Pierre et Kelly Macdonald continue de s’installer comme un objet étrange et plutôt malin dans l’architecture de James Gunn : un récit policier, un buddy movie cosmique à demi retenu, et désormais une sorte de couloir latéral vers Gotham. Depuis le premier épisode, la chronologie a été clarifiée avec Hal Jordan révélé au public en 1996, soit près de trois décennies avant les événements de Superman de James Gunn. Le pilote a aussi posé John Stewart, son origine militaire, puis a osé un coup de massue narratif en supprimant Hal Jordan dès la fin. Bref, la série ne fait pas semblant de vouloir laisser des traces. Et elle semble surtout utiliser le Green Lantern Corps comme rampe de lancement pour autre chose, de plus sombre, de plus urbain, de plus batmanesque.

Dans l’épisode 2, une réplique apparemment anodine sur “Barb” a déjà mis la puce à l’oreille des spectateurs les plus chatouilleux. Le fait que le shérif Kerry Kane vienne de Gotham a aussitôt donné du poids à l’hypothèse d’un lien avec Barbara Gordon, donc avec l’écosystème du Chevalier noir. Et voilà que l’épisode 3 remet une pièce dans la machine avec Janus Cosmetics, société bien connue des lecteurs de comics pour son association à Charles Sionis et, surtout, à son fils Roman Sionis, futur Black Mask. On n’est plus dans le simple clin d’œil : on est dans le petit sabotage méthodique de l’attente.

Janus Cosmetics, ou l’art de faire du sale avec une enseigne propre

La référence est discrète, presque insolente. John Stewart traverse un centre commercial abandonné, et au milieu des vitrines mortes apparaît cette publicité pour Janus Cosmetics. Pour qui connaît un peu les comics DC, le nom n’a rien d’innocent : Roman Sionis y a une histoire de famille, de pouvoir, de faillite morale et de crime organisé qui colle parfaitement à l’ADN de Black Mask. Le personnage, apparu dans Batman #386 en 1985, n’est pas un second couteau décoratif. C’est un caïd brutal, un chef de gang, un visage de plus dans la galerie des monstres de Gotham, avec cette tête noire devenue sa signature visuelle. Autrement dit, la série ne cite pas juste Batman : elle cite un type de Batman.

Le plus malin, c’est que l’image publicitaire elle-même pousse le sous-texte un cran plus loin. Le visage du modèle est partiellement mangé par des feuilles sombres, comme si la campagne de com’ portait déjà sa propre contamination. On n’est pas loin de la logique de la marque empoisonnée, du produit qui défigure au lieu de séduire. Dans les comics, Black Mask n’est pas seulement un mafieux masqué ; il est aussi lié à une esthétique de la corruption industrielle, à une violence qui passe par l’entreprise, le capital, la façade respectable. Et ça, franchement, c’est du DC qui a du nerf.

Affiche de Lanterns
Affiche de Lanterns

Un Bat-signal sans chauve-souris

Ce qui amuse, c’est la régularité du procédé. Chaque épisode de Lanterns semble déposer sa petite pierre dans l’édifice Batman, comme si la série voulait rappeler que le DCU ne se construira pas seulement avec des capes et des anneaux, mais aussi avec des ramifications, des noms de famille, des sociétés-écrans et des fantômes de Gotham. On a déjà vu Batman en animation dans Creature Commandos, et voilà que Lanterns joue les éclaireurs en prise de vue réelle sans jamais montrer le moindre pan de cape. James Gunn adore visiblement faire monter la sauce avant de servir le plat principal.

Reste la vraie question, celle qui fait saliver les fans et grincer les comptables : ce teasing annonce-t-il une apparition de Black Mask dans The Brave and the Bold ? Rien n’est confirmé, et les rumeurs autour du film ont déjà pris assez de coups de vent pour qu’on évite de vendre la peau du justicier avant le tournage. Mais l’idée circule, et elle a du sens. Black Mask n’est pas seulement un adversaire de Batman ; il est aussi un personnage qui permet de lier le crime de rue, les luttes de pouvoir et la dimension presque opératique de Gotham. En bonus, il a même un historique avec les Lanterns via Blackest Night, où Nekron le ramène sous forme de Black Lantern. Le genre de détail qui fait sourire les lecteurs de longue date et qui donne à la série une profondeur de champ bienvenue. Le DCU ne pose pas seulement ses briques, il sème des pièges à mémoire.

La série qui parle de Batman sans le montrer

À ce stade, Lanterns ressemble à un laboratoire de patience. La série ne se contente pas de raconter une enquête ou de faire briller ses anneaux : elle teste la capacité du public à lire les signes, à relier les noms, à accepter qu’un univers partagé se construise par allusions successives plutôt que par grandes annonces tonitruantes. C’est plus élégant qu’un caméo balancé comme un os, et plus stimulant qu’un simple panneau “coming soon” brandi comme un panneau de péage. On tient peut-être là le vrai tour de force de la série : faire exister Batman comme une absence qui pèse.

Et puis, soyons honnêtes, Gotham n’a jamais eu besoin d’un costume pour imposer sa sale gueule. Un nom de société, une phrase à moitié entendue, une affiche un peu trop chargée en noir, et voilà que tout le monde recommence à spéculer. C’est le pouvoir des grands mythes de super-héros : ils survivent très bien à l’économie du fragment. La chauve-souris n’est pas encore là, mais son ombre, elle, commence à prendre toute la place. Et ça, chez DC, on sait très bien que ce n’est jamais bon signe pour les gens honnêtes.

Bande-annonce VF de Lanterns

Part.
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