Gal Gadot a bien une porte de sortie pour revenir en Wonder Woman : il faudrait que Zack Snyder reprenne les commandes de DC. Autant dire qu’on est plus près du vœu pieux que du plan de studio, et c’est précisément là que l’affaire devient intéressante.

Depuis 2023, Warner Bros. Discovery a méthodiquement refermé le chapitre du DCEU, ce vieux chantier où l’on a empilé les recalibrages, les reshoots et les paris industriels comme d’autres collectionnent les mauvaises décisions. James Gunn et Peter Safran ont pris la tête de DC Studios pour bâtir un nouvel ensemble, avec Superman en fer de lance et une logique de table rase assumée. Dans ce contexte, remettre Gal Gadot en selle comme Diana Prince reviendrait à rouvrir une armoire qu’on a déjà vidée, nettoyée, puis brûlée par précaution. Le détail n’est pas anodin : l’ancienne Wonder Woman n’est pas seulement une héroïne, elle est aussi le symbole d’une époque où DC cherchait encore sa formule magique pendant que Marvel déroulait tranquillement sa machine à fantasmes, forte du raz-de-marée de The Avengers en 2012. Le problème n’est pas Gadot. Le problème, c’est le passé qu’elle traîne derrière elle.

Pour comprendre pourquoi cette hypothèse sent le réchauffé à plein nez, il faut remonter à Man of Steel en 2013, point de départ du Snyderverse. Zack Snyder y lançait une lecture plus sombre, plus hiératique, plus clivante aussi, de l’imaginaire DC. Ce n’était pas un simple reboot, mais une tentative de refonder un univers partagé à coups de demi-dieux, de cathédrales de béton et d’images au ralenti qui semblaient parfois vouloir écraser le spectateur sous leur propre gravité. Le résultat ? Une fanbase ultra-loyale, oui, mais aussi une division permanente, presque structurelle. Et quand Justice League est sorti en 2017 dans sa version cinéma, avant que Zack Snyder’s Justice League ne débarque en 2020 sur HBO Max, le chantier a fini par ressembler à une mauvaise série de travaux publics : on casse, on refait, on rebouche, on recommence. Warner aurait déboursé au moins 70 millions de dollars supplémentaires pour achever la version Snyder. Jolie addition pour une opération qui n’a jamais vraiment refermé la plaie. À force de vouloir sauver le navire, le studio a surtout prouvé qu’il prenait l’eau.

Le lasso dans le rétroviseur

Il faut aussi rappeler que Wonder Woman de Patty Jenkins, sorti en 2017, avait justement fonctionné parce qu’il offrait autre chose : une respiration, une clarté, une héroïne enfin tenue à distance des grimaces de la guerre des egos. Le film a été un succès massif et a prouvé qu’un blockbuster de super-héroïne pouvait dominer le box office mondial sans se déguiser en traité philosophique sous stéroïdes. En face, Wonder Woman 1984 a raté sa cible, avec une réception critique très froide et un contexte pandémique qui a plombé sa trajectoire commerciale. Entre les deux, Gal Gadot est restée associée à Diana Prince, mais sans que sa filmographie postérieure ne transforme ce capital en Olympe personnel. Red Notice a fait du bruit sur Netflix sans laisser de trace durable, Death on the Nile a mordu la poussière au box office, Heart of Stone a glissé dans la masse des productions streaming interchangeables, et Snow White a fini dans la catégorie des gros ratés. Ce n’est pas une condamnation, juste un constat : la star power, ça s’entretient, sinon ça rouille. Et là, Gadot n’a pas exactement l’air de revenir en pleine forme.

Affiche de Wonder Woman
Affiche de Wonder Woman

Le retour du roi ? Plutôt le retour du fantôme

Le conditionnel posé par l’actrice a donc quelque chose de presque surréaliste. Dire qu’on reviendrait si Snyder revenait, c’est moins une proposition qu’un clin d’œil à une époque dont Warner ne veut plus entendre parler. D’autant que Snyder a lui-même quitté le giron DC depuis des années, enchaînant ensuite avec Rebel Moon chez Netflix, projet qui a surtout confirmé qu’il préférait désormais bâtir ses propres forteresses plutôt que de se battre pour une franchise déjà fracturée. Le studio, lui, regarde ailleurs. Henry Cavill n’est plus Superman, Ben Affleck a quitté Batman, et David Corenswet incarne désormais l’avenir du côté kryptonien. Quant à Wonder Woman, une nouvelle interprète est attendue, avec Adria Arjona souvent citée dans les rumeurs autour de Man of Tomorrow même si, pour l’instant, rien n’est gravé dans le marbre. Le message de DC est limpide : on passe le flambeau, on ne ressort pas les reliques du grenier.

Ce qui rend l’affaire savoureuse, c’est que Gadot et Snyder appartiennent tous les deux à une mythologie devenue presque muséale. Leur nom déclenche encore des guerres de chapelle, des appels à “restaurer” ceci ou cela, comme si le cinéma de super-héros se résumait à un concours de nostalgie agressive. Sauf que Warner n’a aucune raison de rejouer cette partition. Le studio veut une nouvelle grammaire, de nouveaux visages, une autre cadence. Et franchement, qui peut lui donner tort ? Revenir à l’ancien Wonder Woman, ce serait rouvrir une saga déjà close pour satisfaire une minorité bruyante. À Hollywood, parfois, le vrai courage consiste à ne pas rallumer la machine.

Alors oui, Gal Gadot peut toujours lancer sa petite condition dans l’arène. Mais entre le désir, la stratégie industrielle et la réalité d’un studio qui a déjà tourné la page, il y a un gouffre. Un gouffre avec cape, lasso et bande-son de fin de règne. On a connu plus prometteur comme terrain de retour.

Bande-annonce VF de Wonder Woman

Part.
Laisser Une Réponse