À Hollywood, les adieux sont rarement élégants, mais chez DC, on a parfois l’impression qu’ils se font avec la grâce d’un déménagement en urgence. Gal Gadot vient de remettre un coup de projecteur sur la façon dont Wonder Woman 3 et le Superman de Henry Cavill ont été écartés, et le tableau n’a rien d’un conte de fées.
Pour replacer l’affaire dans son décor, il faut se souvenir du grand ménage opéré chez DC Studios après l’arrivée de James Gunn et Peter Safran à la tête du navire, sous bannière Warner Bros. Le duo a hérité d’un univers étendu déjà cabossé, entre ambitions de franchise, recalibrage créatif et box office en dents de scie. Dans ce contexte, Wonder Woman 1984 avait déjà laissé un goût étrange : sorti en 2020, en pleine pandémie, le film de Patty Jenkins a souffert d’une exploitation en salles bancale et d’une réception tiède, malgré le capital affectif énorme attaché au personnage. Le problème, c’est qu’un studio peut toujours vendre une table rase comme une relance stratégique ; quand les héros historiques sont recastés ou mis au placard, ça ressemble aussi à une sortie de route. Et quand les promesses de couloir se heurtent au reboot, ça fait des étincelles.
Dans un passage récent du podcast Happy Sad Confused, à l’occasion de la promotion de son nouveau film The Runner, Gal Gadot a expliqué qu’on lui avait laissé entendre que Wonder Woman 3 avançait encore, avant que la situation ne se referme autrement. Elle a aussi glissé que la manière dont Henry Cavill avait été traité dans le dossier Superman lui restait en travers de la gorge. Pas besoin d’être devin pour comprendre le sous-texte : l’ancienne tête d’affiche ne raconte pas seulement la fin d’un contrat, elle pointe une méthode. Le vrai sujet, ici, c’est moins la disparition d’un projet que la façon dont on enterre un mythe.
Le lasso, la cape et les petites phrases
En réalité, la sortie de Gadot dit beaucoup de la mécanique DC de ces dernières années. D’un côté, un studio qui veut repartir de zéro et nettoyer l’écurie ; de l’autre, des acteurs qui avaient encore l’impression d’incarner des piliers du système. Ben Affleck a quitté Batman de son propre chef, ce qui change tout. Gal Gadot et Henry Cavill, eux, semblaient nourrir l’espoir d’un retour, ou du moins d’une transition plus douce. Or Hollywood adore les mots rassurants tant qu’ils coûtent moins cher qu’une vraie continuité. Quand le virage arrive, il ne prévient pas toujours. Et là, ça pique un peu.

La comparaison avec Cavill n’est pas anodine. Le caméo du Kryptonien dans la scène post-générique de Black Adam avait été pensé comme un signal fort, presque une promesse de renaissance pour le Superman de l’ère précédente. Quelques mois plus tard, patatras : David Corenswet récupérait la cape pour le Superman de Gunn. On a connu des relais de flambeau plus tendres. Gadot, elle, dit avoir trouvé la gestion de cette transition peu élégante, tout en maintenant un ton mesuré. C’est malin, parce qu’elle ne joue pas la guerre ouverte ; elle laisse plutôt entendre que le problème n’est pas artistique, mais humain. Bref, la diplomatie, oui, mais avec le couteau encore tiède dans le dos.
Patty Jenkins, l’autre nom qui frotte
Autre valeur du dossier : Patty Jenkins. La réalisatrice de Wonder Woman et Wonder Woman 1984 n’est pas seulement une collaboratrice historique de Gadot, elle est aussi associée à la naissance de cette version du personnage, celle qui a redonné à DC une héroïne populaire, bankable, et surtout identifiable hors de la machine à testostérone. Que Gadot évoque aussi la manière dont Jenkins a été traitée montre bien que le problème dépasse le seul sort d’un troisième film. On parle d’une chaîne de décisions où les visages, les récits et les fidélités ont été reconfigurés sans grande cérémonie. Pas très glamour, tout ça.
Ce qui rend l’affaire intéressante, c’est qu’elle s’inscrit dans un moment où DC cherche encore sa ligne de crête après plusieurs déconvenues commerciales. Le studio n’est pas au fond du trou par accident : il y a des années de choix contradictoires, de franchises lancées puis réorientées, de reboots partiels et de paris trop lourds. Dans ce contexte, Wonder Woman reste une poule aux œufs d’or potentielle, mais aussi un symbole. Reprendre le personnage sans froisser l’héritage, sans donner l’impression de jeter le passé à la benne, c’est un exercice d’équilibriste. Et franchement, on ne peut pas dire que DC ait toujours les pieds les plus stables du circuit.
Gadot, elle, choisit de refermer la parenthèse sans cracher dans la soupe. Elle dit sa gratitude pour le rôle, rappelle que Diana Prince a dépassé sa seule personne, et souhaite à sa future successeuse d’aborder le personnage avec sincérité. C’est presque trop propre pour une saga qui a connu autant de secousses. Reste la question qui flotte au-dessus de tout ça : qui héritera vraiment du lasso, et avec quelle mémoire du passé ? Parce qu’à Hollywood, on adore parler d’avenir, mais on oublie souvent que les fantômes, eux, reviennent toujours au casting. Et chez DC, ils ont encore leurs entrées.
Bande-annonce VF de Wonder Woman
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




