Avec son titre qui envoie paître les faux-semblants, Ecolo mon cul ! ne cherche pas à caresser le spectateur dans le sens du poil vert. La mini-série d’Arte.tv préfère poser les bonnes questions, démonter les réflexes de consommation et rappeler qu’entre slogans, lobbying et infos bancales, l’écologie du quotidien est devenue un champ de mines.
À l’heure où la France enchaîne les épisodes de chaleur extrême et où chaque geste banal se retrouve sommé de prouver sa vertu, le programme tombe pile dans ce moment très contemporain où l’on voudrait faire bien sans se faire enfumer. Adaptée du livre Ecolo, mon cul !, publié chez Eyrolles en 2023 par Barnabé Crespin-Pommier et Pierre Rouvière, la série réalisée par Arnaud Viémont s’inscrit dans une tradition assez réjouissante : celle du documentaire pédagogique qui ne prend pas son public pour un benêt. Ici, pas de sermon en col roulé ni de culpabilisation à la chaîne. On a plutôt affaire à une machine à remettre de l’ordre dans le brouillard, avec une bonne dose d’ironie et un vrai souci de clarté. Et franchement, ça change des grandes messes où l’on confond souvent écologie et punition morale.
Le dispositif est malin. Barnabé Crespin-Pommier et Pierre Rouvière apparaissent à l’écran sous les traits de Silex et Ventilo, deux figures candides, un peu gauches, qui posent les questions que tout le monde se pose sans toujours oser les formuler. Café filtre ou capsule ? Bouteille ou canette ? Téléphone neuf ou reconditionné ? Voiture thermique ou électrique ? Voilà le genre de dilemmes que la série transforme en terrain d’enquête. Et c’est là que le projet trouve son nerf : au lieu de distribuer des bons et des mauvais points, il part du réel, de nos habitudes, de nos contradictions, de nos petites lâchetés aussi. On n’est pas dans la morale, on est dans le tri.
Le vert, le vrai, le vernis
Autre valeur du programme : il ne se contente pas d’aligner des conseils de bon sens. Il met en scène la cacophonie contemporaine qui entoure les sujets environnementaux. Entre faux discours, publicités déguisées, données sorties de leur contexte et stratégies de lobbying, le spectateur comprend vite que le problème n’est pas seulement de choisir le bon produit, mais de savoir à qui l’on a affaire. Le fond du sujet est là : l’écologie est devenue un marché d’arguments, un espace de bataille où chacun essaie de s’acheter une virginité carbone à coups de storytelling. Et dans ce petit théâtre, il faut bien un contrechamp solide pour éviter de se faire balader.
La série répond avec des explications scientifiques, techniques et statistiques portées par la voix de Dorothée Pousséo, et c’est un choix très juste. Sa diction douce évite l’effet cours magistral, tandis que les graphiques et les archives donnent du corps à l’ensemble. Ce n’est pas de la vulgarisation paresseuse, c’est du montage d’idées. Le format animé aide aussi à faire passer des notions parfois arides sans les édulcorer. On garde la rigueur, on perd le plomb dans l’aile. Bref, ça parle sérieusement sans se prendre pour un oracle.
Des gestes minuscules, des enjeux énormes
Ce qui rend Ecolo mon cul ! intéressant, c’est qu’il part de micro-choix domestiques pour remonter vers des enjeux bien plus vastes. Le petit déjeuner, le transport, l’équipement numérique : tout ça a l’air anodin, mais chaque décision s’inscrit dans une chaîne de production, d’extraction, de transport et de déchets. Le mérite de la série est de ne jamais faire semblant que la solution serait purement individuelle. Oui, on peut agir. Non, on ne sauvera pas la planète en culpabilisant sur la canette du déjeuner. La nuance, ici, n’est pas un luxe : c’est la base.
La première salve compte huit épisodes, et la mention d’une suite attendue laisse entendre que le projet n’a pas été pensé comme un simple coup éditorial. C’est plutôt une tentative de construire un rendez-vous, un format de fond capable de revenir régulièrement sur des questions que l’actualité rend de plus en plus pressantes. Dans un paysage saturé de contenus qui promettent de « changer les choses » avant de disparaître dans le flux, cette mini-série a le bon goût de s’attaquer au concret. Pas de miracle, pas de poudre aux yeux : juste un peu de méthode dans le bazar.
La pédagogie sans la tisane
On pourrait croire qu’un tel objet sent la leçon bien rangée. Sauf que le ton, lui, garde une vraie vivacité. Le titre annonce la couleur, la mise en scène évite le ton professoral, et le duo central fonctionne parce qu’il accepte d’être à hauteur d’ignorance du public. C’est souvent là que les programmes de vulgarisation se plantent : à vouloir trop démontrer leur sérieux, ils oublient qu’il faut d’abord donner envie d’écouter. Ici, l’équilibre est plus fin. On rit un peu, on apprend beaucoup, et on sort avec l’impression d’avoir enfin quelques repères au lieu d’un supplément de culpabilité. Pas mal, non ?
Dans le fond, Ecolo mon cul ! dit quelque chose d’assez juste sur notre époque : on ne manque pas d’informations, on manque de hiérarchies, de tri, de méthodes pour séparer le solide du vent. Et si la série trouve sa place sur Arte.tv, c’est précisément parce qu’elle assume cette mission de service public sans se draper dans la solennité. Elle préfère l’efficacité à la révérence, le doute éclairé au catéchisme. Le greenwashing peut continuer à faire le malin ; ici, on sort la loupe et on lui demande de parler net.
Au fond, c’est peut-être ça, le vrai luxe aujourd’hui : un programme qui ne vous dit pas quoi penser, mais qui vous aide à ne plus acheter n’importe quoi les yeux fermés. Et ça, entre deux canicules, ça vaut déjà son pesant de bon sens.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




