Dans Dark Matter saison 2, Apple TV ne se contente pas de faire voyager Jason Dessen d’un monde à l’autre : la série s’offre aussi un petit plaisir de cinéphile en ressuscitant l’ombre de Star Wars telle que George Lucas l’avait d’abord rêvée. Et franchement, ce genre de blague méta, on en redemande presque autant qu’un bon plan-séquence.

La source de l’info, signée Jeremy Mathai pour Slashfilm le 11 septembre 2026, s’attarde sur l’épisode 3 de la saison 2, Everything Beautiful, Everything Terrible. On y retrouve Jason2, incarné par Joel Edgerton, en train de poser une question qui résume assez bien le cœur du récit : si quelque chose est possible, faut-il vraiment le faire ? Le multivers, chez Blake Crouch et dans son adaptation, n’est pas juste un gadget de SF à base de portes ouvertes sur l’infini ; c’est un piège moral, un terrain glissant où chaque choix devient une petite bombe à retardement. Apple TV, qui diffuse les nouveaux épisodes chaque vendredi, continue donc de faire de cette série un objet hybride : thriller existentiel, cauchemar scientifique et machine à fantasmes pour spectateurs qui aiment repérer les références au quart de tour.

Et au milieu de ce chaos quantique, la série glisse un clin d’œil à l’un des plus gros “et si ?” de l’histoire du cinéma : la première version de Star Wars, quand Luke s’appelait encore Luke Starkiller.

Le rayon VHS où le temps a pris un coup de vieux

Le moment décrit par Slashfilm est presque trop beau pour être innocent : une virée dans un vidéo-club, avec ses cassettes VHS, ses étagères poussiéreuses et cette sensation délicieuse d’un monde qui n’a pas encore été avalé par le streaming. Dans cette réalité parallèle, Charlie, le fils de Jason, tombe sur un film intitulé The Last Strike: The Adventures of Luke Starkiller. Le gag est limpide pour qui connaît un peu l’histoire de Star Wars : George Lucas avait bel et bien rédigé un premier brouillon très différent de la saga qu’on connaît, avec un ton plus rude, des noms qui n’avaient pas encore trouvé leur forme définitive, et une mythologie encore en fusion.

On touche là à un plaisir très spécifique de la SF contemporaine : faire exister, à l’écran, ce que le cinéma n’a jamais montré. Pas un simple hommage, donc, mais une matérialisation d’un fantasme de cinéphile. Et ça, la série le fait avec une certaine malice, sans appuyer comme un bourrin. Le multivers sert ici à rejouer l’histoire du cinéma comme une suite de bifurcations ratées ou miraculeuses.

Lucas, le brouillon et la légende : même combat

Ce qui amuse, dans cette idée de Luke Starkiller, c’est qu’elle rappelle à quel point les mythes hollywoodiens tiennent parfois à une poignée de décisions, de réécritures et de renoncements. Star Wars, sorti en 1977 et devenu ensuite Episode IV: A New Hope, a d’abord été pensé dans une version bien plus baroque, plus obscure, plus brinquebalante aussi. Le nom de Starkiller a fini par disparaître, remplacé par Skywalker, beaucoup plus fluide, beaucoup plus iconique. Une simple mutation phonétique, et voilà la machine à fantasmes lancée pour des décennies.

Affiche de La Guerre des étoiles
Affiche de La Guerre des étoiles

Dark Matter s’amuse donc à faire exister ce fantôme de l’histoire du cinéma comme s’il allait de soi. Et c’est là que la série devient plus maligne qu’elle n’en a l’air : elle ne cite pas Star Wars pour faire coucou au public, elle rappelle que les grandes œuvres sont aussi des accidents de fabrication. Un script, un casting, un studio, un pari, et tout bascule. Le cinéma adore faire croire au destin ; en vrai, il avance souvent à coups de brouillons sauvés de justesse.

Le fan service, mais avec un cerveau

Dans beaucoup de séries SF récentes, la référence pop sert de sucre glace sur un gâteau un peu sec. Ici, l’allusion a une fonction narrative. Elle prolonge la logique de Dark Matter, qui interroge sans cesse ce que serait une vie si une seule variable changeait. Une Terre sans streaming, un monde sans les mêmes avancées technologiques, une histoire du cinéma qui prend une autre route : tout ça relève du même vertige. On ne regarde pas juste un easter egg ; on regarde une hypothèse sur la fabrication des mythes.

Et puis il y a le petit plaisir très humain de voir une série contemporaine se souvenir qu’avant les plateformes, il y avait les vidéoclubs, les jaquettes criardes et les objets de culte que l’on attrapait au hasard. Ce décor-là donne du relief à la blague, parce qu’il la replace dans une économie du regard plus tactile, plus lente, plus sale aussi. Le clin d’œil fonctionne parce qu’il sent la poussière, pas parce qu’il sent le communiqué.

Le multivers, ce vieux copain qui a toujours un tour dans son sac

À ce stade, Dark Matter confirme surtout qu’elle sait parler aux nerds sans se transformer en foire aux références. La série ne dit pas seulement “regardez, on a pensé à Star Wars” ; elle demande ce qu’il advient d’une culture quand ses bifurcations deviennent visibles. Si George Lucas avait gardé son premier jet, est-ce qu’on aurait eu la même mythologie, le même box-office, la même galaxie de produits dérivés, la même place dans l’imaginaire collectif ? Évidemment non. Et c’est précisément ce non qui rend la scène savoureuse.

Alors oui, on peut sourire devant ce Luke Starkiller tombé du ciel comme un artefact d’une autre ligne temporelle. Mais derrière la petite vanne, il y a un vrai sujet : l’histoire du cinéma est faite de versions fantômes, de chemins non empruntés, de films qui auraient pu être tout autres. Dark Matter ne cite pas seulement Star Wars : elle rappelle que chaque œuvre culte est aussi la survivante d’un cimetière de possibles.

Et quelque part, c’est peut-être ça le plus beau. Pas le clin d’œil. Pas la nostalgie. Cette idée un peu folle qu’entre deux réalités, il suffit parfois d’un nom, d’un brouillon ou d’une cassette pour que tout le cinéma bascule d’un côté ou de l’autre. Le reste, comme dirait notre chère rédaction quand elle a trop passé de temps à traquer les références, c’est du grand bricolage cosmique.

Bande-annonce VF de La Guerre des étoiles

Part.
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