Marvel adore recycler ses mythes, mais avec Ryan Gosling en Ghost Rider, le studio ne ressort pas seulement un personnage en cuir et en flammes : il tente un numéro d’équilibriste entre star power, horreur grand public et relance de franchise. Et quand Mephisto rôde dans les parages, on sait déjà que le diable n’est pas seulement dans les détails.
Depuis des années, Ryan Gosling a laissé traîner l’idée qu’il aimerait enfiler le blouson de Johnny Blaze, version motard maudit popularisée au cinéma par Nicolas Cage dans Ghost Rider (2007) puis Ghost Rider: Spirit of Vengeance (2011). À l’époque, le premier film avait engrangé environ 228 millions de dollars dans le monde pour un budget de production estimé autour de 110 millions, avant que la suite ne se transforme en objet de curiosité industrielle, plus proche du sabotage involontaire que du vrai plan de carrière. Marvel, qui a depuis appris à ne plus laisser ses licences partir en roue libre, semble vouloir faire autrement cette fois-ci : reprendre le concept, le recadrer, et surtout l’arrimer à son grand chantier multiversel. Le film a été officiellement dévoilé au Comic-Con 2026, avec une sortie en salles annoncée pour 2028. D’ici là, Gosling doit d’abord passer par Avengers: Secret Wars, attendu comme une pièce maîtresse de la fin de la Multiverse Saga, après Avengers: Doomsday prévu en décembre 2026. Autrement dit, le studio prépare son terrain comme un joueur d’échecs qui a déjà perdu deux reines mais refuse d’admettre qu’il joue mal. Le message est limpide : Marvel veut faire de Ghost Rider une vraie machine à fantasmes, pas un accident de parcours de plus.
Et là, on entre dans le dur : derrière le motard enflammé, Marvel cherche surtout à vendre une nouvelle grammaire du surnaturel, plus sale, plus nocturne, plus rentable.
Le diable est dans le casting
Selon les informations rapportées par The InSneider, Rosamund Pike figure tout en haut de la liste pour incarner l’intérêt amoureux de Gosling. Le détail n’est pas anodin. Pike, c’est une actrice qui a toujours su jouer la surface polie avec quelque chose de froid dessous, de Die Another Day à Gone Girl en passant par Saltburn. Si elle rejoint l’aventure, Marvel ne récupère pas seulement une tête d’affiche élégante : il s’offre une présence capable de donner du relief à un film qui, sans ça, risquerait de n’être qu’un gros jouet pyro-technique. Reste à savoir si elle reprendrait Roxanne Simpson, le personnage jadis incarné par Eva Mendes, ou si le studio préfère repartir de zéro. On connaît la chanson : quand Hollywood ne sait plus quoi faire d’un mythe, il lui change de nom et espère que le public ne verra pas la couture. Rosamund Pike, c’est potentiellement le petit supplément d’âme qui évite au film de sentir le caoutchouc brûlé.
Du côté du grand méchant, la rumeur Sacha Baron Cohen en Mephisto a de quoi faire lever un sourcil. Le personnage a déjà pointé le bout de ses cornes dans Ironheart, série Disney+ où le diable a enfin cessé d’être une blague de fans obsédés par les théories. Si Cohen endosse vraiment le rôle, Marvel tiendrait un antagoniste à la fois ironique, inquiétant et assez retors pour ne pas se contenter de faire du bruit en CGI. Et franchement, ce serait temps. Parce qu’un film Ghost Rider sans vraie noirceur, c’est un peu comme un western sans poussière : ça roule, mais ça ne laisse aucune trace. Le vrai enjeu, ce n’est pas le feu sur la moto, c’est la température morale du film.
Shawn Levy, le gars qui veut tout faire tenir debout
Le projet réunit Ryan Gosling et Shawn Levy, tout juste sortis de leur collaboration sur Star Wars: Starfighter. Levy n’est pas un styliste de l’angoisse, on ne va pas lui inventer un masque de cinéaste maudit pour faire joli. C’est un réalisateur de cinéma populaire, de ceux qui savent tenir un rythme, ménager une émotion, et livrer un spectacle qui ne s’écroule pas à la troisième bobine. Deadpool & Wolverine, qu’il a mené au carton en 2024 avec plus de 1,3 milliard de dollars au box-office mondial, prouve qu’il sait parler à la foule sans lui faire la leçon. Mais Ghost Rider lui demandera autre chose : un peu de fièvre, un peu de crasse, un peu de cette énergie gothique que Stranger Things a parfois frôlée sans jamais vraiment la mordre. S’il réussit, on aura peut-être enfin un Marvel qui accepte de sentir l’essence et le soufre. Sinon, on aura un énième blockbuster qui confond obscurité et filtre gris. Pas très sexy, tout ça. Le pari Levy, c’est de faire du grand public avec une vraie odeur de cimetière.
Le tournage est annoncé en Californie, au Nevada et en Oregon, ce qui laisse espérer un minimum de matière physique, de routes ouvertes et de paysages qui respirent autre chose qu’un fond vert de comité d’entreprise. Et ça, pour un personnage comme Ghost Rider, compte énormément. Johnny Blaze n’est pas juste un super-héros : c’est une figure de la damnation en mouvement, un demi-dieu de série B qui doit autant au cinéma de moto qu’aux cauchemars de parking désert. Le film a donc intérêt à comprendre que son moteur, ce n’est pas la mythologie Marvel en soi, mais la collision entre le mélodrame, l’horreur et la vitesse. Sinon, on passera encore une fois à côté du truc. Ghost Rider n’a de sens que s’il brûle vraiment quelque chose.
Le retour de flamme, version MCU
Ce qui rend l’affaire intéressante, c’est la place du film dans la stratégie Marvel. En 2027, le studio ne prévoit qu’un seul long métrage, Avengers: Secret Wars, et Ghost Rider n’arrivera qu’en 2028. Autrement dit, on n’est pas sur une simple commande de calendrier, mais sur une pièce de construction à moyen terme. Marvel a besoin de nouveaux visages, de nouvelles tonalités, de nouvelles accroches. Gosling coche la case du prestige sans perdre celle du box-office potentiel ; Pike apporte une densité rare ; Cohen, s’il est bien là, peut injecter une menace plus tordue que le méchant standard en armure. Reste le plus délicat : faire cohabiter tout ça sans transformer le film en panneau publicitaire pour la prochaine phase du studio. Parce que oui, on le sait, Marvel adore les promesses. Mais le public, lui, commence à regarder les allumettes. Le film doit prouver qu’il est plus qu’un simple pont entre deux événements cosmiques.
Au fond, Ghost Rider raconte peut-être quelque chose de très simple sur Marvel en 2026 : le studio cherche encore sa manière de rallumer la flamme sans se brûler les doigts. Gosling en motard damné, Pike en présence magnétique, Mephisto en ombre qui sourit, Levy à la manœuvre… sur le papier, ça a des allures de bonne idée. Sur le papier seulement, évidemment. Le diable, lui, préfère toujours le tournage. Et si cette fois Marvel tenait enfin son film de feu, de chair et de cauchemar ?
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




