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    Nrmagazine » [Critique] The Plague : Charlie Polinger invente une maladie, et c’est vraiment flippant
    Blog Entertainment 4 juin 20266 Minutes de Lecture

    [Critique] The Plague : Charlie Polinger invente une maladie, et c’est vraiment flippant

    The Plague
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    Un camp de water-polo en 2003, douze garçons, une rumeur. Premier long-métrage de Charlie Polinger, The Plague sort en salles le 3 juin, et il est bien plus malin que son pitch de thriller estival ne le laisse supposer.

    Piscine, sang et hiérarchie (ou : l’été de tous les dangers)

    Un enfant arrive dans un camp de water-polo. Il veut se faire des amis. Il y a un bouc émissaire. La rumeur dit qu’il est contaminé. Et si la rumeur avait raison ? Sur le papier, The Plague pourrait ressembler à un épisode de Stranger Things avec davantage de chlore. Dans les faits, c’est une toute autre bête, plus sèche, plus rase, plus cruelle. Charlie Polinger, 35 ans, dont c’est le premier long, a choisi de tourner en 16mm dans la moiteur de l’été, et ça se voit dans chaque grain d’image : il ne raconte pas l’enfance, il la dissèque.

    Ben (Everett Blunck, révélation absolue) débarque à douze ans dans ce microcosme masculin régi par Jake (Kayo Martin, d’une froideur prédatrice effrayante), chef de meute autoproclamé qui a inventé une règle simple : Eli a la Peste. Une rougeur sur la peau. Une maladie imaginaire. Quiconque le touche est contaminé. Voilà le dispositif. Voilà le jeu. Et Ben, qui veut juste qu’on l’aime, va devoir choisir entre sa conscience et sa survie sociale. Pour un gamin de douze ans, c’est à peu près la même chose.

    Fin-cher et Vigo dans le même vestiaire

    La première image du film, une piscine la nuit, l’eau qui scintille comme une galaxie, annonce clairement les ambitions stylistiques de Polinger. Le Guardian évoquait « une intention à la Fincher » : une précision dans le cadre qui observe la meute presque comme un documentaire animalier, sans jamais hausser le ton. Là où un réalisateur moins sûr de lui aurait appuyé sur la musique ou les gros plans de larmes, Polinger laisse le malaise infuser. Le film emprunte aussi, ostensiblement, à Beau Travail de Claire Denis pour sa conclusion, et à Full Metal Jacket pour la figure d’Eli-Private-Pyle, l’inadapté sacrifié sur l’autel de la cohésion de groupe. Ce ne sont pas des influences planquées : elles sont assumées, presque revendiquées, ce qui est à la fois courageux et un peu casse-gueule.

    Tourné en grain serré par le chef opérateur Steven Breckon, le jury de Deauville avait d’ailleurs récompensé le film d’un Grand Prix Spécial et du Prix de la Critique en 2025, The Plague a la texture d’un souvenir un peu altéré. Les couleurs sont chaudes et légèrement délavées, comme une photo retrouvée dans une boîte à chaussures. L’effet est redoutable : on sait que c’est du passé, on sait que l’enfant a survécu, mais ça ne rend pas l’humiliation moins douloureuse à regarder.

    « Polinger capte l’absurdité des conversations de cerveaux de douze ans avec une clarté visuelle presque documentaire », The Guardian

    Joel Edgerton, ou l’adulte inutile

    Joel Edgerton joue l’entraîneur. Un adulte présent, bien intentionné, et totalement impuissant face à ce qui se passe sous son nez. C’est le vrai coup de génie du casting : Edgerton n’est pas là pour sauver les enfants. Il est là pour rappeler que les adultes ne savent pas. Ils ne voient pas. Et quand ils voient, ils ne savent pas quoi faire. Deadline parlait d’un jeu « dependable », ce qui, dans la bouche d’un journaliste anglophone, signifie à peu près « rassurant sans être transcendant ». C’est juste. Edgerton fait le job, et le job consiste précisément à ne pas en faire trop.

    Le reste du casting, composé d’inconnus triés sur le volet, tient la route avec un naturel désarmant. Kenny Rasmussen en Eli-le-pestiféré est particulièrement juste dans son mélange de blessure et de résignation tranquille, le genre de performance qu’on obtient soit d’un grand acteur adulte, soit d’un gamin qui a lui-même traversé ce genre d’été. On penche pour la deuxième hypothèse.

    Kayo Martin et Everett Blunck, ou l’art de faire peur sans couteau.

    La maladie imaginaire comme miroir du réel (non, on ne plaisante plus)

    Ce qui distingue The Plague d’un simple film sur le harcèlement scolaire, rayon qui déborde déjà, c’est son rapport au corps. Polinger joue consciemment avec les codes du body horror : la rougeur d’Eli pourrait être psychosomatique. Elle pourrait être réelle. Le film ne tranche jamais. Et cette indécision n’est pas un flou artistique paresseux : c’est une thèse. La rumeur a des effets concrets. Le regard des autres fabrique des symptômes. L’exclusion laisse des traces visibles. C’est du Kafka pour pré-ados, en short de bain, sous un soleil de plomb.

    Variety, qui couvrait la première à Cannes en sélection Un Certain Regard en mai 2025, relevait que le film « révèle des indices troublants sur les hommes que ces garçons vont devenir, surtout quand la cruauté imprègne leur environnement ». C’est la vraie peur du film : pas Eli et sa rougeur, mais Jake à quarante ans dans une salle de réunion. Ou sur un campus. Ou en train d’élire quelqu’un.

    Là où ça grince (un peu)

    Soyons honnêtes : The Plague n’est pas un chef-d’œuvre sans aspérité. Screendaily notait que les points de Polinger « peuvent devenir répétitifs et ses insights pas toujours renouvelés », et c’est vrai que le film tourne un peu en rond en milieu de parcours. Le dispositif est posé dès les vingt premières minutes, et les quarante suivantes n’apportent pas toujours grand-chose de neuf à la mécanique. On tourne autour du même moment de bascule, on l’approche, on s’en éloigne. À 1h35, le film aurait peut-être gagné à couper un quart d’heure.

    L’autre bémol, c’est cette façon un peu trop propre de citer ses influences. Quand Beau Travail se pointe dans les dernières images, c’est magnifique, mais c’est aussi un emprunt si visible qu’il risque de sortir le spectateur du film pour le mettre en mode « ah oui, Denis ». Le péché originel du cinéphile cinéaste : parfois, on aime tellement ses références qu’on les expose au lieu de les digérer.

    Le verdict qui ne dit pas son nom

    3,6 de moyenne presse, Grand Prix à Deauville, Un Certain Regard à Cannes : The Plague est le genre de premier film qui justifie l’existence des sections parallèles des grands festivals. Pas parfait, pas révolutionnaire, mais habité d’une vraie conviction formelle et porté par un regard qui ne commente pas, il observe, il accuse, il laisse le spectateur décider de qui il aurait été dans ce camp d’été. La réponse est rarement flatteuse. Et c’est exactement ce qu’on attend d’un bon film. Charlie Polinger, retenez le nom, il ne fait que commencer à nous embêter.

    La suite, on la verra dans dix ans, quand Jake aura le visage d’un acteur plus bankable et trois fois le budget. Ou pas. Parfois les réalisateurs restent petits, restent précis, restent vrais. On préfère largement cette deuxième option.

    Sortie en salles le 3 juin. 1h35. Réalisation et scénario : Charlie Polinger. Avec Joel Edgerton, Everett Blunck, Kayo Martin, Kenny Rasmussen. Sélection Un Certain Regard, Cannes 2025. Grand Prix et Prix de la Critique, Deauville 2025.

    nrmagazine
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    Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.

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