Sur le plateau de Resident Evil, Zach Cregger a visiblement pris le mot “pratique” un peu trop au sérieux. Entre explosions réelles, corps qui tombent du ciel et cascade qui tourne à l’accident évité de justesse, le film s’annonce comme une adaptation qui veut sentir la sueur, la boue et le danger plutôt que la bouillie numérique.
En apparence, on parle d’une nouvelle adaptation d’un mastodonte vidéoludique, avec son lot de zombies, de survie et de couloirs où tout peut partir en vrille. En réalité, le vrai sujet est ailleurs : Zach Cregger, déjà repéré pour Barbarian en 2022 et Weapons en 2025, continue de bâtir sa réputation de cinéaste qui préfère les effets tangibles aux béquilles numériques. Et ça, dans l’industrie actuelle, ça a presque des airs de position politique. Sony Pictures mise d’ailleurs gros sur cette nouvelle version de Resident Evil, annoncée pour une sortie en salles le 18 septembre 2026, dans une franchise qui a déjà rapporté des centaines de millions au box-office mondial depuis le premier opus de Paul W. S. Anderson en 2002. On n’est pas là pour faire de la dentelle, on est là pour faire trembler le plancher.
Le cœur de l’affaire tient à une scène précise, celle qu’on aperçoit brièvement dans la bande-annonce : Austin Abrams, qui tient le rôle principal, court dans une rue enneigée pendant que des infectés dégringolent des toits de chaque côté avant d’exploser au sol. Cregger a expliqué, lors d’une séance de questions-réponses organisée après la projection de vingt minutes du film à un petit groupe de journalistes, qu’il avait refusé de traiter ce passage en pur VFX, de peur d’obtenir une image trop lisse, trop fabriquée. Il a donc choisi une mécanique artisanale, avec une chorégraphie millimétrée et des sacs de faux sang de taille humaine largués depuis des grues. Le genre de bricolage qui sent bon le cinéma de terrain, mais qui peut aussi vous envoyer à l’hôpital en un battement de cil.
Quand le gag visuel flirte avec le drame
Le détail qui glace un peu le sang, c’est qu’un sac de 150 livres a manqué Abrams de très peu. Cregger l’a dit sans détour : si l’acteur avait été un pas plus à droite, il y passait. Voilà le genre de phrase qu’on ne lit pas tous les jours dans la promotion d’un blockbuster. Et pourtant, elle dit beaucoup de la logique du film : faire croire au chaos en le fabriquant pour de vrai, quitte à frôler la catastrophe. On comprend mieux pourquoi Cregger parle de ce tournage comme d’une expérience de groupe, presque d’un exploit collectif, où chaque technicien aide à matérialiser une image qui n’existerait pas autrement. Le cinéma, parfois, c’est une idée géniale à deux doigts de vous tomber sur la tête.

Cette obsession du concret n’est pas anodine. Dans le paysage des adaptations de jeux vidéo, longtemps plombées par des productions trop propres ou trop mécaniques, Resident Evil semble vouloir reprendre le flambeau du film d’horreur physique, celui où le corps de l’acteur devient le vrai champ de bataille. Cregger ne vend pas seulement un spectacle ; il vend une sensation. Et c’est sans doute pour ça que le projet excite autant les cinéphiles que les joueurs : il ne cherche pas à illustrer un univers, il veut le faire mordre. Austin Abrams, lui, en sort avec une tête ouverte dans un autre accident, survenu dans une cage d’ascenseur, ce qui finit de rappeler qu’un tournage d’horreur n’est jamais un parc d’attractions. À Hollywood, le faux sang ne protège pas toujours du vrai danger.
Le retour du sale, du physique, du qui-pique
Autre valeur à retenir : cette manière de filmer le danger colle parfaitement à la trajectoire de Zach Cregger. Depuis Barbarian, il a montré qu’il savait installer une tension très concrète, presque tactile, avant de la faire dérailler. Avec Weapons, il a confirmé qu’il aimait les récits qui avancent en grinçant, avec une mise en scène qui ne se contente pas de montrer l’horreur mais la fabrique. Ici, sur Resident Evil, il pousse cette logique dans une franchise où la peur a toujours été liée au corps, à la contamination, à la transformation. C’est presque logique, au fond : adapter Resident Evil sans faire sentir la matière, ce serait un peu comme servir un steak sans couteau. Pas très sérieux.
Reste que le film arrive dans une période où les studios aiment ressortir leurs licences comme on ressort une vieille machine à fantasmes en espérant qu’elle redémarre toute seule. La saga Resident Evil a déjà connu plusieurs vies, entre cinéma d’action, horreur de laboratoire et reboot plus ou moins assumé. Cette nouvelle version, portée par Austin Abrams et mise en scène par Cregger, semble vouloir revenir à une forme de simplicité brutale : un homme court, les morts tombent, le décor explose, et on prie pour que la caméra tienne bon. Quand l’artisanat devient une arme, le film peut enfin avoir des crocs.
On verra bien si cette promesse tient jusqu’au bout, mais une chose est sûre : le tournage, lui, a déjà gagné son petit mythe de fabrication. Et dans une industrie qui adore les récits de production plus que les films eux-mêmes, ce n’est pas rien. Le 18 septembre 2026, on saura si Zach Cregger a signé une adaptation qui sent la poudre et la panique, ou juste un bel accident de plateau raconté avec panache. En attendant, Austin Abrams peut déjà réclamer une médaille, un casque et, soyons honnêtes, un bon avocat. Dans ce genre de cinéma, survivre au making-of, c’est déjà une forme de victoire.
Bande-annonce VF de Resident Evil
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




