On croyait suivre l’ascension de John Stewart vers le plus célèbre des anneaux verts ; Lanterns préfère lui faire claquer la porte au nez.

Depuis son lancement, la série HBO joue à cache-cache avec le matériau DC. Elle a déjà commencé par un coup de hache en apparence sacrilège, en sacrifiant Hal Jordan dès l’ouverture, histoire de signaler qu’on n’était pas là pour dérouler religieusement un manuel de continuité. Avec l’épisode 5, la série pousse encore plus loin son petit sabotage organisé : John Stewart, incarné par Aaron Pierre, refuse de devenir le Green Lantern de la Terre. Pas une hésitation de façade, pas un faux départ héroïque. Un vrai non. Et dans une franchise bâtie sur la transmission du flambeau, ça fait l’effet d’une porte qui claque dans un couloir cosmique.

Le contexte compte, parce qu’on ne parle pas ici d’un simple écart d’adaptation. Lanterns a été pensée comme une série hybride, quelque part entre le buddy cop et le polar à la True Detective, avec Tom King à la manœuvre côté écriture. Autrement dit, pas question de faire du fan service en pilotage automatique. La série prend le mythe Green Lantern, le passe au broyeur du drame criminel et regarde ce qu’il reste. Spoiler : il reste surtout un héros qui doute, qui refuse, qui s’oppose à l’institution qui voulait le façonner.

Dans l’épisode 5, ce refus prend une forme très concrète. Après l’affrontement avec Hal dans une Rushville, Nebraska en ruines, John tue Zoe Macon, révélée comme une Manhunter, puis livre son cœur à Lianna, une Gardienne de l’Univers jouée par Laura Linney. Le geste est brutal, presque rituel, et la réplique qui l’accompagne sonne comme un règlement de comptes avec l’ordre cosmique lui-même. On n’est plus dans le récit d’un apprentissage, on est dans celui d’une rupture. Le héros ne reçoit pas la lumière : il la repose sur la table.

Le ring, ce gros caillou de discorde

Dans l’imaginaire collectif, John Stewart n’est pas n’importe quel Lantern. Créé dans Green Lantern vol. 2 n°87 en décembre 1971, il a longtemps incarné, pour beaucoup de spectateurs nourris au dessin animé et aux comics, le vrai visage du personnage. C’est précisément pour ça que Lanterns joue avec une matière aussi inflammable : l’attente du public n’est pas seulement narrative, elle est affective, presque générationnelle. On attendait de voir John enfiler l’anneau ; la série préfère raconter le moment où il le refuse. C’est malin, un peu cruel, et surtout très cohérent avec sa volonté de ne jamais se comporter comme une simple vitrine à licences.

Le plus piquant, c’est que ce refus ne sort pas de nulle part. La série a passé ses premiers épisodes à marteler que John a été élevé pour ce destin, littéralement préparé depuis l’enfance à devenir le protecteur de la Terre. Sauf que l’héritage, chez DC, n’est jamais un cadeau neutre : c’est souvent un piège, un fardeau, un contrat moral dont on découvre les clauses en petits caractères. Ici, le problème n’est pas l’anneau en soi, mais ce qu’il représente. Les Gardiens ont fabriqué les Manhunters, puis laissé derrière eux un champ de ruines. John ne rejette donc pas seulement un poste ; il rejette une machine à fantasmes qui a déjà prouvé qu’elle savait aussi bien protéger que détruire. Pas très vendeur, l’Olympe, quand on regarde derrière le rideau.

Affiche de Lanterns
Affiche de Lanterns

Une série qui préfère la fracture au costume

Ce virage raconte aussi quelque chose de très contemporain dans la manière dont les franchises traitent leurs héritiers. Pendant longtemps, l’univers partagé reposait sur une logique de succession limpide : un mentor, un élève, un passage de témoin, et hop, la machine repart. Mais depuis quelques années, les studios ont compris qu’un refus pouvait être plus fertile qu’une intronisation. On l’a vu ailleurs, dans des récits où le futur héros ne veut pas de l’héritage qu’on lui tend. Lanterns applique cette logique à DC avec une certaine élégance : au lieu de faire de John Stewart un simple relais, elle le transforme en point de friction.

Et c’est là que la série devient intéressante, parce qu’elle ne cherche pas à flatter la mythologie, elle la met au travail. Le John Stewart de Lanterns n’est pas un demi-dieu en costume vert ; c’est un personnage qui mesure le prix politique de chaque symbole. Son rapport à l’autorité, déjà très présent dans les comics, se retrouve ici amplifié par le cadre policier et la tonalité quasi paranoïaque de la série. L’anneau n’est plus un badge glorieux, c’est un objet de pouvoir suspect. Bref, on n’est pas dans la parade, on est dans le procès.

Le futur, ce petit malin qui se planque

Avec trois épisodes encore à venir dans cette première saison, difficile d’imaginer que Lanterns va soudain se transformer en cérémonie d’adoubement. D’autant que la série a déjà projeté son récit vers 2026, où John apparaît sans anneau. Entre ce futur et le présent de l’intrigue, il y a donc un vide narratif très parlant : pendant des années, ce John Stewart-là ne devient pas Green Lantern. Cela laisse entrevoir une architecture plus vaste dans le DC Universe, surtout si l’on se souvient que Nathan Fillion campe Guy Gardner dans Superman et qu’il tient, au moins provisoirement, le flambeau terrestre.

On peut y voir une préparation discrète à un autre chapitre, peut-être à Man of Tomorrow, peut-être à un futur où John récupérera enfin sa place. Mais la série, pour l’instant, s’en moque un peu. Elle préfère la tension au confort, le détour à la ligne droite. Et franchement, tant mieux : les récits de super-héros ont rarement souffert d’un excès de certitudes. Quand un personnage refuse son propre mythe, on a enfin quelque chose à regarder.

Alors oui, certains verront là une frustration. D’autres y liront un geste assez gonflé pour une production estampillée DC. Nous, à la rédaction, on y voit surtout une idée simple et pas bête du tout : parfois, pour faire exister un héros, il faut commencer par lui faire dire non. Et ça, mine de rien, c’est déjà une sacrée lumière.

Bande-annonce VF de Lanterns

Part.
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