Dans Lanterns, HBO Max ne vend pas un grand trip cosmique à la Green Lantern ; la série préfère la boue, les secrets et les cadavres bien terrestres. Et quand Sinestro pointe enfin le bout de son anneau, c’est moins pour faire exploser le ciel que pour rappeler qu’un bon méchant n’a pas besoin de voler très haut pour faire très mal.

La série, lancée en 2026, suit Hal Jordan et John Stewart, deux flics intergalactiques embarqués dans une enquête criminelle au cœur de l’Amérique profonde. Sur le papier, on est loin du grand opéra spatial que les fans de DC ont longtemps fantasmé. En pratique, c’est plus malin que ça : Lanterns emprunte à la grammaire de True Detective et à l’ombre portée de Watchmen, deux modèles qui aiment les atmosphères lourdes, les institutions qui craquent et les héros qui sentent la rouille. Dans ce décor, l’arrivée de Sinestro n’a rien d’un simple clin d’œil de fan service. C’est un signal. Le genre de petit caillou narratif qui dit : oui, le cosmos existe encore, mais il passe d’abord par la cellule et le soupçon.

Pour rappel, Sinestro n’est pas un second couteau. Dans la mythologie Green Lantern, c’est l’ennemi par excellence, celui qui transforme la rivalité en destin tragique. Le fait que la série le montre déjà enfermé change tout : on n’est pas dans l’entrée tonitruante du grand vilain de saison, mais dans la mise en place d’une histoire ancienne, presque honteuse, entre lui et Hal Jordan. Autrement dit, Lanterns ne présente pas un monstre : elle exhibe une cicatrice.

Le vilain en cellule, le casting en or massif

Le rôle de Sinestro revient à Ulrich Thomsen, acteur danois qu’on n’a peut-être pas toujours en tête au premier coup d’œil, mais qu’on a déjà croisé partout sans forcément le savoir. Sa carrière démarre au milieu des années 1990 avec des films comme Nightwatch et des séries danoises, avant d’exploser avec Festen (The Celebration, 1998), où il impose une présence sèche, nerveuse, presque gênante de vérité. Ensuite, le bonhomme enchaîne : The World Is Not Enough en 1999, Kingdom of Heaven, Hitman, The International, Season of the Witch, le préquel de The Thing en 2011. Et côté télévision, il a laissé une vraie empreinte dans Banshee, The Blacklist et The New Pope. Plus de cent rôles au compteur, ce qui fait de lui exactement ce qu’il faut pour incarner un personnage qui n’a pas besoin de crier pour dominer l’écran.

Ce casting a quelque chose de très juste, presque trop. Sinestro demande un acteur capable d’être à la fois autoritaire, blessé, élégant et vaguement inquiétant. Thomsen a cette gueule-là, ce mélange de contrôle et de fêlure qui évite le cabotinage. On n’est pas dans le méchant qui mâche le décor, merci bien. On est dans le demi-dieu déchu, le type qui peut faire trembler une pièce sans lever la voix. Et ça, pour un antagoniste de DC, c’est autrement plus précieux qu’un simple rictus de franchise.

Affiche de Lanterns
Affiche de Lanterns

HBO joue la carte du sous-sol, pas du ciel étoilé

Le choix de faire apparaître Sinestro en prison dit beaucoup de la stratégie de Lanterns. Le studio ne cherche pas à relancer la machine à fantasmes avec une démonstration de puissance cosmique à la minute. Il préfère installer une tension de polar, faire monter la pression, puis laisser les figures mythologiques entrer par la porte de service. C’est plus sec, plus adulte, plus cohérent aussi avec l’ADN de la série. On n’est pas dans la poule aux œufs d’or du blockbuster qui balance ses effets spéciaux comme d’autres jettent des confettis ; on est dans une série qui veut que chaque apparition pèse, grince, laisse une trace.

Le plus intéressant, c’est que cette méthode colle assez bien à l’histoire récente de Green Lantern à l’écran. Le film de 2011, avec Ryan Reynolds, a longtemps servi de contre-exemple, au point de devenir un petit monument de mauvaise réputation industrielle. Depuis, DC a compris qu’il fallait passer le flambeau autrement : moins de surcharge, plus de texture, moins de lumière verte partout, plus de noir autour. Lanterns s’inscrit pile dans cette logique, et Sinestro devient alors moins un simple personnage qu’un test de solidité pour le nouvel univers. S’il tient dans ce cadre-là, le DC Universe gagne un vrai monstre sacré de plus. S’il se plante, on aura au moins un très beau prisonnier.

Un visage familier pour un ennemi de toujours

Il y a aussi un petit plaisir de cinéphile dans ce choix. Ulrich Thomsen n’est pas une star qui réclame le centre du monde ; c’est un acteur de caractère, un de ceux qui savent faire exister un rôle sans le surjouer. Et dans un paysage saturé de têtes d’affiche interchangeables, ça fait du bien. Le casting de Lanterns avec Aaron Pierre et Kyle Chandler repose déjà sur cette idée de tension contenue, de virilité fatiguée, de présence qui travaille en profondeur. Thomsen s’y glisse comme une lame froide. Pas besoin de fanfare. Pas besoin de surlignage. Le personnage suffit.

Au fond, l’arrivée de Sinestro dans Lanterns dit quelque chose de plus large sur la façon dont les franchises essaient de se réinventer en 2026 : elles ne peuvent plus seulement promettre le spectacle, elles doivent fabriquer du relief. Le public a vu assez de portails, de multivers et de combats en apesanteur pour savoir quand on lui sert de la mousse. Ici, la série choisit la densité. Et quand un vilain comme Sinestro arrive déjà verrouillé derrière des barreaux, on comprend que le vrai enjeu n’est pas de savoir s’il va tout casser. La vraie question, c’est plutôt de savoir combien de choses il a déjà cassées avant même qu’on le voie.

Et ça, franchement, c’est une entrée en scène qui a de la tenue. Pas besoin d’en faire des caisses : parfois, un regard derrière les barreaux vaut mieux qu’un ciel qui explose.

Bande-annonce VF de Lanterns

Part.
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