Une 24e saison de NCIS, ce n’est plus une série qui revient : c’est une administration fédérale qui rouvre après les vacances. On connaît les bureaux, les écrans bleus de Kasie, les cadavres placés à portée de générique et les conversations de couloir où quelqu’un finit toujours par regarder une photo avec un air coupable. La série créée par Donald P. Bellisario et Don McGill a traversé vingt-trois ans de télévision américaine, le départ de Gibbs, les mutations du réseau CBS et la grande maladie du streaming qui consiste à appeler « événement » n’importe quelle saison 2.
Sauf que cette rentrée-ci a un petit grain de sable dans la chaussure : Tony DiNozzo. Michael Weatherly reprend son rôle dix ans après la fin de la saison 13, lorsqu’il quittait Washington pour élever Tali avec Ziva. Pas une apparition de fin d’épisode avec sourire en coin et réplique recyclée. Tony revient dans l’intrigue, dans les locaux, dans le périmètre de McGee. Et forcément, ça gratte là où ça fait mal.
Le NCIS ne récupère pas un ancien collègue : il récupère une version adulte de son vieux bouffon préféré.
Le moment où McGee comprend qu’il va devoir entendre « Probie » à nouveau. Une blessure qu’aucun gilet pare-balles ne couvre.
Wayward Son, le fils qui revient avec ses emmerdes
Le premier épisode s’appelle Wayward Son. Le titre ne cherche pas très loin, mais il tape au bon endroit : Tony est le fils prodigue de la franchise, celui qui peut débarquer après une décennie d’absence et faire instantanément remonter le taux de souvenirs au mètre carré. L’ancien agent arrive à Washington pour développer une branche américaine de son entreprise de sécurité privée. Une évolution logique pour un personnage qui a quitté le service actif, monté une famille et appris à gérer un danger autrement qu’en dégainant une arme ou une référence à Very Bad Things.
La sécurité privée, c’est aussi le moyen le plus propre de le raccrocher à l’équipe sans effacer les années écoulées. Tony n’a plus de badge fédéral, plus de supérieur direct, plus de place assignée dans le bureau orange. Il possède son expérience, son réseau et une liberté qui peut rendre Parker méfiant. Ça évite le pire scénario : voir DiNozzo reprendre exactement son poste comme si le temps avait été mis sous vide entre deux saisons. Personne ne croit à ça, pas même les scénaristes de procedural les plus optimistes.
CBS annonce qu’une menace touche le secrétaire à la Marine tandis que l’équipe tente encore de comprendre les conséquences de la fusillade liée à Mateo McGee, le fils de Tim. Tony se retrouve donc au croisement de deux affaires : l’attaque institutionnelle, gros machin fédéral avec costume sombre et briefing d’urgence ; la faille intime qui atteint McGee au cœur. Une mécanique très NCIS, mais nettement plus intéressante qu’un retour posé là pour nourrir quinze gifs sur les réseaux.
Dans la bande-annonce, Tony lâche à McGee : « Something bad is coming down the pike… very bad, and some very smart people are worried about it. » Traduction : une saloperie approche, les cerveaux de la pièce paniquent et l’équipe va avoir besoin d’un plan B. Chez NCIS, le plan B finit généralement menotté dans un hangar.
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McGee, ton fils, ma bataille
La saison 23 s’était achevée sur une idée assez vicieuse : Mateo, le fils de McGee, avait été attiré vers le NCIS, avait utilisé un poste informatique pour remplir une candidature qui n’existait pas dans le système, puis s’était retrouvé dans une ruelle avec Torres. Un coup de feu. Écran noir. Rideau. Voilà comment une série de vingt-trois saisons fabrique encore du suspense : elle prend le personnage le plus stable de la bande et lui met son gosse dans le viseur.
Ce choix compte davantage qu’il n’en a l’air. McGee est devenu le gardien de la mémoire de la série. Il a connu Gibbs, Ducky, Abby, Ziva, Tony, Bishop, Reeves et toute une collection de collègues partis vers la retraite, la mort, la clandestinité ou les spin-off, parfois les quatre, selon la journée. Son personnage a commencé comme le bleu maladroit qu’on baptisait « Probie » et a fini comme père de famille, agent aguerri et relais moral d’une équipe en renouvellement constant.
Mettre Mateo au centre d’un complot, ce n’est pas du grand cinéma de la suggestion. C’est frontal. Mais l’enjeu ne repose pas sur la surprise : il repose sur le regard de McGee. Que fait un agent lorsqu’il comprend que son métier a offert à ses enfants une porte d’entrée vers les mêmes menaces qu’il passe sa vie à combattre ? Cette question, NCIS ne la traitera probablement pas avec la finesse d’un film de Michael Mann. Mais elle peut lui donner un peu de nerf. Et franchement, après vingt-quatre ans de voitures qui explosent, on prend.
Steven D. Binder, showrunner de la série, a confirmé après le final que quelqu’un avait été touché, tout en assurant que le coup de feu ne signait pas la mort d’un membre régulier du casting. Ce qui laisse surtout à l’épisode le travail délicat de faire monter la tension sans sortir la boîte à mouchoirs pour rien. La série promet un traumatisme ; elle doit maintenant assumer les conséquences.
Torres dans une ruelle, un coup de feu hors champ : CBS a redécouvert qu’on pouvait finir une saison autrement qu’avec un barbecue d’équipe.
DiNozzo contre le temps qui passe
Le piège du retour de Tony est évident. Michael Weatherly a incarné DiNozzo de 2003 à 2016, d’abord comme le clown macho du groupe, ensuite comme l’agent marqué par la disparition de Ziva, enfin comme un père obligé de redéfinir sa vie. Ce personnage a été écrit à une époque où les vannes sur les films des années 1980 suffisaient à installer une personnalité, où le héros de série policière pouvait draguer à tout-va sans que le récit s’interroge trop longtemps sur le tableau d’ensemble.
En 2026, Tony ne peut pas revenir en récitant le vieux manuel. Le personnage a désormais une fille, une entreprise, une relation à distance avec Ziva et tout un passif que la série ne peut pas planquer derrière une blague sur McGee. Son intérêt ne réside pas dans son ancienne dynamique avec l’équipe ; il réside dans l’écart entre cette dynamique et l’homme qu’il prétend être devenu.
On espère donc que la saison ne fera pas de Tony une mascotte de foire, le type qui entre en scène pour rappeler que « c’était mieux avant » avant de repartir dans son spin-off. Il doit être un élément perturbateur. Il sait des choses que les autres ignorent, travaille selon ses propres règles, n’appartient plus à cette maison. Et s’il met McGee mal à l’aise, tant mieux : leur amitié a toujours été plus drôle lorsqu’elle ne fonctionnait pas comme une carte postale.
La meilleure manière d’honorer Tony DiNozzo serait de l’empêcher de redevenir Tony DiNozzo version 2011.
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Vingt-quatre heures chrono, mais avec plus de cafetières
CBS lance la saison 24 le mardi 6 octobre 2026 à 20 heures sur la côte Est. La chaîne lui réserve une soirée à elle seule : NCIS ouvre le bal, la nouvelle série NCIS: New York prend le relais à 21 heures, puis NCIS: Origins ferme le bureau à 22 heures. Trois déclinaisons, trois générations, une même enseigne. La franchise ne cherche même plus à occuper une case : elle pose ses cartons sur tout le couloir.
Cette programmation raconte quelque chose de la télévision américaine en 2026. Les grands networks ont besoin de marques stables, capables de ramener chaque semaine un public qui ne veut pas fouiller quinze plateformes pour savoir où regarder son épisode. NCIS est ce produit-là : une série solide, lisible, familière, presque industrielle. On sait ce qu’on achète. Un mystère, des agents, une autopsie, une dispute entre collègues et une résolution juste avant le générique.
Mais CBS semble aussi avoir compris qu’une routine, même confortable, finit par se fissurer. Le retour de Tony donne à cette saison une colonne dramatique, là où la série s’est longtemps contentée de survivre par inertie et par attachement. Il ne s’agit pas de refaire l’ère Gibbs. Il s’agit de regarder ce qu’il reste de cette époque dans les personnages qui ont continué à avancer sans elle.
La diffusion française de Wayward Son n’a pas encore été annoncée. En attendant, on peut toujours revoir les vieux épisodes, notamment ceux où Tony et McGee passaient davantage de temps à se chamailler qu’à respecter une procédure. Les procédures, c’est comme les portes du NCIS : elles existent surtout pour être franchies au pas de course.
Le retour du Tony, la vengeance du spin-off
Le trailer officiel ne cache pas son jeu. Tony traverse le bullpen, retrouve McGee, croise les nouveaux visages et annonce qu’un danger sérieux se rapproche. Parker garde son air de mec qui a déjà dû gérer pire. Torres a l’air prêt à cogner dans quelque chose. Palmer arrive avec son enthousiasme désarmant. Tout le monde est à sa place, donc quelque chose va forcément exploser.
Le premier épisode de la saison 24 a une mission moins simple qu’elle n’en a l’air : résoudre l’urgence laissée par le final, donner à Tony une fonction qui ne soit pas cosmétique, installer un adversaire assez sérieux pour tenir plusieurs semaines et rappeler que McGee n’est plus le stagiaire tremblant des premières années. Quarante-trois minutes pour faire tout ça, entre deux analyses ADN et une vanne sur le cinéma. C’est beaucoup.
Mais NCIS n’est pas arrivé à sa 24e saison en demandant la permission. Le show avance, récupère ses fantômes, les met à table et leur demande de travailler. Tony DiNozzo revient avec une entreprise, un secret et une menace dans les pattes. McGee, lui, a un fils à protéger. La cafetière va encore chauffer.
Et, quelque part dans Washington, quelqu’un a sûrement déjà préparé un sous-sol avec des néons qui clignotent.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




