Après 23 saisons, 500 épisodes franchis et une quantité de cadavres qui ferait passer le Pentagone pour un village vacances, NCIS connaît son mode d’emploi sur le bout des doigts. Une victime liée à la Navy, un suspect qui ment mal, McGee qui pianote, Parker qui fronce les sourcils, puis la vérité qui sort du chapeau juste avant le générique. La recette n’a pas bougé d’un millimètre depuis que Mark Harmon portait encore la casquette de Gibbs.
« Reboot », épisode 17 de la saison 23, ne prétend pas tout dynamiter. Il fait mieux : il retire à la série ses béquilles habituelles. L’équipe se retrouve privée de son système informatique, de ses renforts et de son confort de procédure. Le QG du Navy Yard devient alors un terrain de chasse. Et un NCIS sans écrans allumés, c’est presque du cinéma d’horreur pour CBS.
Le moment exact où Kasie regrette de ne pas avoir reporté cette mise à jour à mardi prochain.
Quand le serveur fait serveur
Diffusé sur CBS le 21 avril 2026, « Reboot » repose sur un point de départ aussi basique qu’efficace : pendant qu’une mise à niveau du mainframe plonge le bâtiment dans le noir, Kasie Hines et une petite poignée d’agents doivent faire face à une menace déjà présente entre les murs. La chaîne américaine résume le programme comme un « high-stakes game of cat and mouse ». C’est-à-dire une traque à l’ancienne, avec des couloirs sans lumière, des portes qui grincent et suffisamment de paranoïa pour que la machine à café paraisse suspecte.
Le scénario est signé Scott Williams, tandis que Lionel Coleman passe derrière la caméra. Ils n’essaient pas de donner à NCIS les habits d’un thriller A24 sous Xanax : le format CBS reste là, avec son rythme calibré, ses dialogues qui expliquent beaucoup de choses et ses pauses au bon moment. Sauf que le dispositif permet de faire respirer différemment les personnages. On ne les regarde plus résoudre une énigme depuis leur poste de travail ; on les regarde survivre dans un espace qu’ils croyaient connaître par cœur.
Kasie Hines récupère ainsi une place rarement aussi nette. Depuis son arrivée dans la série, Diona Reasonover a souvent dû composer avec l’ombre immense laissée par Abby Sciuto et Pauley Perrette : un laboratoire, des écrans, une expertise, puis une réplique destinée à débloquer l’enquête. « Reboot » lui donne une autre matière. La scientifique devient la gardienne d’un lieu défaillant, avec le poids d’une panne dont les conséquences lui tombent sur la tronche. Pas besoin de sauver le monde : sauver son propre bâtiment suffit largement.
Sam Hanna, le courant alternatif
La vraie information de « Reboot », celle que CBS affiche en gros sur le capot, tient en deux mots : Sam Hanna. LL Cool J revient dans la franchise sous les traits de l’ancien agent du bureau de Los Angeles, personnage qu’il a incarné pendant quatorze saisons dans NCIS : Los Angeles. Un retour qui n’a rien d’un simple passage nostalgique entre deux photos promotionnelles.
Sam arrive au cœur de l’action, dans une situation où sa fonction dépasse le clin d’œil appuyé au public historique. La série lui donne une utilité dramatique immédiate : c’est l’allié imprévu, celui qui connaît le métier, les risques et la manière dont une mission peut dégénérer quand le plan initial a pris feu. Pas besoin de lui fabriquer une entrée au ralenti avec une guitare électrique derrière. LL Cool J peut jouer la carte de l’expérience sans en faire des caisses.
TV Insider relevait d’ailleurs que cette apparition prépare le terrain pour NCIS: New York, nouvelle déclinaison de la franchise autour de Sam Hanna. CBS ne cache même plus sa stratégie : faire circuler ses personnages d’une série à l’autre, garder les fidèles dans le même grand bassin et éviter que la marque ne vieillisse toute seule dans un coin. C’est du développement de franchise, bien sûr. Mais au moins, ce développement passe par un personnage qui a déjà un vécu, des cicatrices et une vraie gueule.
Sam Hanna revient pour aider. Comme par hasard, il y a un type dangereux dans le bâtiment. Les coïncidences sont parfois très bien payées.

Les Experts : pas de Wi-Fi
Le polar de network adore les écrans. Ils donnent des cartes, des visages, des empreintes, des données bancaires, et parfois la solution entière à une enquête que personne n’avait demandé à résoudre si vite. « Reboot » prend le contrepied de cette habitude. Sans informatique fonctionnelle, sans accès immédiat aux dossiers et sans le confort du laboratoire, les agents doivent revenir au terrain : entendre, observer, improviser, se faire confiance.
Le résultat n’a rien d’un bouleversement théorique. Mais ce type d’épisode rappelle pourquoi les longues séries peuvent encore trouver un peu d’air : elles possèdent des lieux tellement familiers qu’il suffit d’en changer la température pour provoquer un décalage. Le Navy Yard, d’ordinaire traversé comme une gare, devient un labyrinthe. Kasie, Jimmy Palmer et Parker ne sont plus seulement des fonctions narratives. Ils deviennent des gens coincés dans un mauvais endroit à une très mauvaise heure.
On pense forcément à ces épisodes « bouteille » que les séries américaines produisent parfois pour limiter les décors et resserrer les enjeux. Sauf qu’ici, le choix ne sent pas la restriction budgétaire planquée derrière une porte coupe-feu. Il sert le sujet : une institution gigantesque et hyperconnectée se retrouve soudain réduite à quelques individus, un bâtiment muet et une menace impossible à localiser. Le système tombe en panne ; les personnages doivent prouver qu’ils ne sont pas que ses employés.
Le spin-off est dans le couloir
Il serait naïf de prétendre que « Reboot » ne regarde que vers son intrigue du soir. Le retour de Sam Hanna s’inscrit dans un mouvement plus large : après NCIS: Los Angeles, NCIS: Hawai’i, NCIS: Sydney, NCIS: Origins et le retour de Tony et Ziva dans NCIS : Tony & Ziva, la franchise continue de faire proliférer ses antennes. CBS ne cherche plus seulement à conserver une série historique ; elle entretient une famille télévisuelle entière, avec ses vétérans, ses héritiers et ses retours de vacances très rémunérateurs.
Le danger, on le connaît : transformer chaque épisode en bande-annonce déguisée pour le programme suivant. « Reboot » évite en partie le piège parce qu’il ne repose pas uniquement sur Sam. Son absence relative de grand discours, son arrivée fonctionnelle et le recentrage sur Kasie empêchent l’épisode de devenir un panneau publicitaire de 42 minutes. Le personnage ouvre une porte vers New York, mais il ne défonce pas tout le mur.
Pour les spectateurs français, la saison 23 a commencé sa diffusion inédite sur M6 le 16 mai 2026. L’épisode 17 appartient donc à cette fournée qui pousse la série à sortir, par intermittence, de son confort de procédure. On ne va pas faire semblant : NCIS ne deviendra pas du jour au lendemain le nouveau Heat, et personne ne le lui demande. Mais quand la franchise accepte de débrancher sa mécanique au lieu de la laisser tourner à vide, elle rappelle qu’elle sait encore mordre.
Et si le prochain reboot pouvait éviter de finir en mise à jour de sécurité avec trois pop-ups et un mot de passe oublié, on prend aussi.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




