On croyait la saga Resident Evil condamnée à vivre de ses zombies et de sa nostalgie, mais Zach Cregger arrive avec un drôle de carburant : la hype, le timing et un flair de box-office qui commence à sentir la machine bien huilée. Selon les estimations relayées par Box Office Theory et reprises par Slashfilm, le reboot signé Sony Pictures pourrait ouvrir entre 45 et 60 millions de dollars aux États-Unis. Pour une franchise qui n’a jamais été une énorme bête de course sur le marché nord-américain, ça ressemble à un petit tremblement de terre. Et, au passage, à un joli pied de nez aux prophètes du « le jeu vidéo au cinéma, ça ne marche jamais » (ils existent encore, oui, dans un coin sombre de la salle).
Pour comprendre pourquoi ce chiffre fait lever un sourcil, il faut rappeler d’où vient la bête. La saga Resident Evil, lancée au cinéma en 2002, a traversé sept longs métrages en prises de vues réelles sur un peu plus de vingt ans, avec un total mondial qui dépasse le milliard de dollars. Ce n’est pas rien, surtout pour une licence née du jeu vidéo de Capcom. Mais la série a toujours eu un rapport un peu bancal avec les États-Unis : le meilleur démarrage domestique reste celui de Resident Evil: Afterlife en 2010, avec 26,6 millions de dollars. À l’échelle de la nouvelle estimation, Cregger pourrait donc faire presque le double, voire davantage. On n’est plus dans la simple relance, on parle d’un changement d’échelle.
En réalité, le plus intéressant n’est pas seulement le chiffre brut. C’est le nom au générique. Zach Cregger, qui s’est imposé avec Barbarian en 2022 puis Weapons l’an dernier, a gagné une réputation rare à Hollywood : celle d’un cinéaste capable de transformer des concepts originaux en événements rentables. Weapons a rapporté 270 millions de dollars dans le monde pour un budget annoncé de 40 millions. Autrement dit, le monsieur sait faire fructifier un film sans s’appuyer sur une marque déjà installée. Alors le voir débarquer sur Resident Evil, c’est un peu comme confier les clés d’un vieux manoir infesté à quelqu’un qui sait déjà où sont les pièges. Le studio espère manifestement qu’il va rallumer la poule aux œufs d’or sans lui arracher les plumes.
Le virus du reboot, mais avec costume neuf
Sauf que ce Resident Evil ne joue pas la carte du remake paresseux. Le film se situe dans l’univers des jeux, mais ne reprend pas directement l’un d’eux. Le héros, Bryan, incarné par Austin Abrams, est un coursier médical qui se retrouve embarqué dans une nuit de survie en mode chaos continu. Autour de lui, on croise Zach Cherry, Kali Reis et Paul Walter Hauser. Sur le papier, on sent bien la stratégie : garder l’ADN de la licence, mais éviter la table rase du fan service mécanique. C’est malin, et surtout plus vendeur qu’un simple copier-coller déguisé en événement.

Ce choix peut agacer une partie du public attaché aux épisodes cultes, bien sûr. Mais le box-office, lui, n’a pas l’air de bouder. Il faut dire que le marché mondial a changé depuis la fin des années 2000, et qu’un film de genre bien calibré peut désormais compter sur une exploitation internationale massive. Resident Evil: The Final Chapter a certes plafonné à 26,8 millions de dollars aux États-Unis, mais a tout de même atteint 314,1 millions dans le monde. Voilà le nerf de la guerre : la franchise n’a jamais dépendu d’un seul territoire. Le vrai terrain de jeu, c’est la planète entière, pas seulement le premier week-end américain.
Le fantôme de Raccoon City, ou l’art d’éviter le plantage
Il y a aussi un contre-exemple qui plane au-dessus du projet comme une odeur de formol : Resident Evil: Welcome to Raccoon City en 2021, qui s’est soldé par un total mondial de 41,9 millions de dollars. Là, on était clairement dans le faux départ, le reboot qui se prend les pieds dans son propre labyrinthe. Cregger, lui, arrive avec un capital confiance autrement plus solide. Et dans une industrie qui adore les franchises mais déteste les paris mous, ça change tout. Le film sortira en salles le 18 septembre 2026, et Sony Pictures a visiblement décidé de miser sur un cinéaste devenu, en trois films, une sorte de demi-dieu du genre horrifique rentable.
Ce qui se joue ici dépasse donc le simple cas Resident Evil. Hollywood observe si un auteur qui a réussi avec des idées neuves peut redonner du sang frais à une propriété intellectuelle vieille de plus de vingt ans. C’est la vieille question du passage de flambeau : peut-on injecter une vraie vision dans une machine à fantasmes sans la casser ? Cregger semble avoir trouvé la bonne formule, ou du moins la bonne promesse. Et si les estimations se confirment, on ne parlera pas seulement d’un bon démarrage. On parlera d’un reboot qui aura fait ce que tant d’autres n’ont jamais su faire : remettre la franchise debout sans lui coller une béquille en plastique. Pas mal pour une série qu’on croyait condamnée à ramper.
Bande-annonce VF de Resident Evil
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




