L’épisode 4 de Lanterns fait ce qu’une bonne adaptation sait faire quand elle a un peu de jugeote : elle pioche dans les comics, mais elle évite de s’y noyer. Au lieu de ressortir le vieux gag du jaune, la série HBO choisit une faiblesse bien plus élégante pour les Green Lantern : l’obscurité, cette matière noire qui vient gripper l’anneau comme une clé à molette dans une machine à fantasmes.
Pour rappel, l’idée que les Green Lantern soient vulnérables au jaune traîne dans la culture populaire depuis des décennies, au point d’être devenue une blague à elle seule. Geoff Johns a tenté de rationaliser tout ça au milieu des années 2000 avec son grand chantier sur le spectre émotionnel, cette architecture cosmique qui a redonné du nerf à une mythologie que DC laissait un peu moisir dans un coin. Puis, en 2008, Green Lantern #25 a introduit les Black Lanterns, ces anneaux noirs capables de neutraliser les autres couleurs. Voilà déjà une piste plus solide que le simple “tiens, un objet jaune, et hop, le héros cale”. On n’est pas loin du péché originel des adaptations de super-héros : vouloir être sérieux tout en gardant un concept de départ qui sent le rayon jouet.
Sauf que Lanterns a compris un truc très simple : si on veut faire croire à une série sombre, il faut que la faiblesse le soit aussi.
Quand le noir fait mieux le boulot que le jaune
Dans l’épisode 4, John Stewart et Hal Jordan tombent sur un arsenal conçu pour contrer les Green Lantern. Des armes qui projettent de la “darkness”, donc de l’obscurité pure, et qui coupent net les pouvoirs de l’anneau. Sur le papier, ça reste un peu baroque, évidemment. Mais à l’écran, ça fonctionne mieux qu’un simple clin d’œil au folklore des comics, parce que la série a déjà choisi son camp : celui du polar tendu, presque minéral, plus proche de True Detective que du grand opéra cosmique.
Et c’est là que l’équipe de la rédaction se marre un peu, parce que DC a longtemps eu un problème de ton avec ses héros spatiaux. D’un côté, l’imaginaire est délirant, coloré, presque psychédélique ; de l’autre, les adaptations veulent souvent du gravité, du béton, du silence. Alors forcément, il faut ruser. L’obscurité comme contre-pouvoir, c’est moins absurde qu’un simple objet jaune, et surtout ça colle à la mise en scène de Lanterns, qui préfère l’opacité aux grands éclats de lumière. Bref, on remplace une blague de comptoir par une idée de mise en scène. C’est déjà ça.

Geoff Johns, le grand ordonnateur du bazar
Si cette faiblesse fonctionne, c’est aussi parce qu’elle s’inscrit dans une longue tentative de DC pour remettre de l’ordre dans son propre chaos. Geoff Johns, scénariste central de Green Lantern dans les années 2000, a transformé une mythologie un peu brinquebalante en système quasi théologique : peur, volonté, compassion, rage, espoir… chaque couleur devient un affect, chaque corps une doctrine. Ce n’est plus seulement “un anneau magique”, c’est une cosmologie émotionnelle, avec ses dogmes et ses guerres de chapelle.
Dans ce cadre, le noir n’est pas juste une couleur de plus. C’est l’absence, le trou, la négation. Autrement dit, le genre d’idée qui parle très bien à une série qui veut faire du fantastique sans lâcher sa tenue de deuil. Et si Lanterns ne va sans doute pas jusqu’à dérouler tout le bestiaire des Corps colorés, elle montre au moins qu’elle sait où elle met les pieds. Elle ne cite pas les comics comme un musée poussiéreux ; elle les utilise comme une boîte à outils.
Le super-héros en mode lampe torche fatiguée
En réalité, ce choix dit beaucoup de la stratégie de la série. HBO ne vend pas ici un feu d’artifice de lore, mais une relecture nerveuse, presque sèche, d’un mythe trop souvent écrasé par son propre vernis. John Stewart et Hal Jordan ne sont pas traités comme des demi-dieux en goguette ; on les regarde plutôt comme des types qui essaient de garder leur calme pendant que le décor se fissure. Le pouvoir, chez eux, tient à la volonté. Alors quoi de plus logique qu’une arme qui attaque non pas leur costume, ni leur couleur, mais l’idée même de lumière ?
Ce genre de détail, c’est le sel des bonnes adaptations : pas la fidélité servile, mais le bon déplacement. Lanterns ne cherche pas à faire plaisir aux puristes avec un catalogue de références à brandir comme des trophées. Elle préfère trouver une faiblesse qui raconte quelque chose de son ton, de son époque, de sa propre nervosité. Et quand une série de super-héros comprend que l’ombre peut être plus parlante qu’un code couleur de comics, on commence enfin à respirer un peu.
Reste à voir jusqu’où elle ira sans se prendre les pieds dans son propre spectre émotionnel. Mais pour l’instant, au moins, elle a trouvé mieux qu’un gag jaune : une vraie idée noire. Et ça, dans le genre, ça change la donne.
Bande-annonce VF de Lanterns
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




