Ryan Reynolds doit-il vraiment sa carrière à Green Lantern ? À l’entendre, oui. Et ce n’est pas juste une pirouette de tapis rouge pour vendre Mayday : c’est aussi la confession d’un acteur qui a transformé un accident industriel en carburant personnel.

Pour replacer le morceau dans son décor, Green Lantern sort en 2011 sous la bannière DC et Warner Bros., avec Martin Campbell à la mise en scène, Ryan Reynolds dans le costume de Hal Jordan et un budget de production annoncé autour de 200 millions de dollars. Au box-office mondial, le film plafonne à environ 237 millions. À Hollywood, ce n’est pas un simple « échec » : c’est un trou noir qui avale l’optimisme, les réunions de crise et, parfois, quelques carrières mal arrimées. Sauf que Reynolds, lui, n’a jamais vraiment joué la carte du déni. Il a longtemps moqué le film à travers Deadpool, comme si la blague était la seule manière élégante de survivre au carnage. Et voilà qu’en 2026, sur le tapis rouge de Mayday, il retourne la table : ce naufrage lui aurait appris plus que bien des succès bien peignés. Le flop n’a pas seulement survécu à sa réputation, il a servi de banc d’essai.

Il faut dire que le cas Green Lantern coche toutes les cases du blockbuster qui se prend les pieds dans son propre univers. Gros budget, têtes d’affiche, effets numériques, promesse de franchise, et au bout du compte une machine qui ne sait jamais vraiment ce qu’elle raconte. Reynolds l’a d’ailleurs déjà expliqué en 2016 : selon lui, le studio aurait tenté de compenser les failles du projet par de l’argent, des affiches et une date de sortie, comme si le scénario allait se rédiger tout seul entre deux réunions de marketing. On connaît la chanson, hélas. À Hollywood, quand le script passe après le poster, le péché originel finit souvent par se voir en plein écran.

Le costume, le crash et le grand bain

Ce qui rend la déclaration de Reynolds intéressante, ce n’est pas qu’il réhabilite Green Lantern comme un chef-d’œuvre caché. Il ne fait pas ça, et tant mieux. Il parle plutôt d’apprentissage, de grammaire industrielle, de lucidité. Faire un film de cette taille, c’est comprendre de l’intérieur comment une production peut dérailler quand le studio veut tout contrôler et que personne ne sait plus très bien quel film on fabrique. Dans cette histoire, Reynolds n’est pas seulement l’interprète d’un héros cosmique : il devient le témoin d’un système qui croit pouvoir acheter la cohérence à coups de millions. Mauvaise pioche.

Et puis il y a le versant biographique, toujours plus amusant que les communiqués. Green Lantern n’a pas seulement été un échec commercial ; il a aussi été un point de friction dans l’image publique de Reynolds, à une époque où il cherchait encore sa place entre le leading man, le comique, le beau gosse ironique et le futur patron de sa propre mythologie. Le film a raté son pari, mais l’acteur, lui, a compris qu’un ratage pouvait devenir un matériau. Plus tard, Deadpool recyclera cette blessure en moteur de comédie méta, et la boucle sera bouclée avec une insolence délicieuse. Le costume vert a pris l’eau, mais il a appris à Reynolds à nager. Pas très glamour, mais sacrément utile.

Affiche de Green Lantern
Affiche de Green Lantern

Quand le four devient fertilisant

Autre détail qui change le regard : Reynolds ne parle pas seulement d’échec, il parle aussi de bénéfice collatéral. Le tournage de Green Lantern l’a mis dans une situation de production gigantesque, avec ses contraintes, ses arbitrages et ses absurdités. Il y a appris ce qu’un film de studio peut coûter quand il se fabrique sans colonne vertébrale. Et il y a rencontré Blake Lively, devenue depuis sa compagne puis son épouse. Hollywood adore les histoires de succès, mais ses vraies légendes naissent souvent dans les décombres, là où personne ne voulait aller fouiller. Le film a perdu son pari, mais il a laissé derrière lui des effets secondaires assez costauds.

On peut aussi lire cette prise de parole comme un petit geste de réévaluation, quinze ans après la sortie du film. Depuis que Lanterns occupe à nouveau le terrain côté DC, Green Lantern profite d’un regain de curiosité en streaming. Cela ne veut pas dire que le public s’est soudain mis à l’aimer d’un amour fou, mais le film redevient visible, ce qui suffit parfois à déplacer un peu le jugement. La mémoire des plateformes fonctionne comme une seconde carrière : elle ressuscite les ratés, les recontextualise, les maquille parfois un peu trop bien. Le flop n’a pas disparu, il a juste changé de vitrine.

Le super-héros, ce vieux professeur mal payé

Au fond, la phrase de Reynolds dit quelque chose d’assez juste sur le cinéma de franchise : les grands échecs enseignent souvent plus que les demi-réussites. Green Lantern lui a montré ce qu’il ne voulait plus faire, ce qu’il fallait protéger, ce qu’il fallait arracher aux studios pour qu’un personnage existe vraiment. C’est aussi pour ça que Deadpool a fonctionné : pas seulement parce qu’il était irrévérencieux, mais parce qu’il avait intégré la leçon industrielle du désastre précédent. Le blockbuster, quand il se plante, peut servir de manuel clandestin. Pas très élégant, certes. Mais redoutablement efficace.

Alors oui, on peut sourire de voir Ryan Reynolds remercier un film que beaucoup rangent encore dans le rayon des accidents de parcours. Mais sa déclaration a un petit parfum de vérité qu’Hollywood adore camoufler : parfois, la carrière d’un acteur ne se construit pas malgré ses flops, mais grâce à eux. Et ça, franchement, c’est plus intéressant qu’un énième discours sur la résilience en costume moulant. Le vrai super-pouvoir, ce n’est pas de ne jamais tomber : c’est de savoir quoi faire du gadin.

Bande-annonce VF de Green Lantern

Part.
Laisser Une Réponse