On aurait pu croire à un petit drame de casting, un de ces faux scandales qui gonflent sur les réseaux avant de retomber comme un soufflé. Sauf que l’absence de Betty Brant dans Spider-Man: Brand New Day raconte surtout une chose : Peter Parker a changé d’époque, et le MCU avec lui.

Le film de Jon Watts avait déjà installé cette logique de passage de relais dès la trilogie précédente, mais Brand New Day pousse le curseur plus loin. Avec Tom Holland en tête d’affiche, Marvel Studios et Sony jouent ici une carte très claire : tourner la page du lycée, de ses satellites, de ses petits rôles de couloir, pour installer un Spider-Man plus autonome, plus urbain, moins collé à la nostalgie de Homecoming. Et le public a suivi à une vitesse indécente : le long métrage a franchi les 2 milliards de dollars au box-office mondial, devenant le huitième film de l’histoire à passer ce cap et le troisième plus gros succès jamais enregistré. Pas mal pour une franchise qui, à chaque opus, prétend repartir de zéro tout en capitalisant sur tout ce qui précède. La machine à fantasmes, elle, n’a jamais vraiment oublié le lycée.

Dans ce contexte, Angourie Rice n’a pas réagi comme une actrice vexée qu’on aurait laissée sur le bord de la route. Au contraire, elle a adopté une lecture très cohérente de la chose : Betty Brant n’a tout simplement plus de place organique dans cette nouvelle phase. L’argument tient debout, et pas seulement parce qu’il est diplomatique. Après l’effacement mémoriel provoqué par le sort de Doctor Strange dans Spider-Man: No Way Home, Betty ne sait même plus qui est Peter Parker. Ajoutez à ça le saut temporel, MJ et Ned partis vers la fac, et on comprend vite qu’un caméo de plus aurait surtout ressemblé à un clin d’œil de collectionneur. À ce stade, faire revenir tout le monde serait moins du récit que du fan service en roue libre.

Le lycée, c’était hier. Le MCU, lui, a déjà changé de veste

Pour rappel, Betty Brant n’était pas un simple figurant à peine nommé. Dans Spider-Man: Homecoming, elle participait à l’écosystème du Peter Parker adolescent, celui des couloirs, des rumeurs, des humiliations et des vidéos qui tournent mal. C’était l’époque où le personnage servait de relais comique, de témoin social, de petite pièce dans le puzzle scolaire. Mais ce Spider-Man-là appartenait à une phase précise du MCU, celle où Marvel aimait encore faire croire qu’un blockbuster de 200 millions de dollars pouvait conserver l’odeur du casier de lycée. Charmant, oui. Durable, non.

Le virage de Brand New Day repose justement sur cette rupture. Le film ne cherche pas à prolonger artificiellement le cocon adolescent ; il assume l’après. Et c’est là que l’absence de Betty devient intéressante, presque élégante. En ne la ramenant pas pour une apparition éclair, le film évite de transformer son propre passé en musée. On peut trouver ça frustrant si l’on collectionne les retours de personnages comme d’autres collectionnent les éditions Steelbook, mais dramatiquement, c’est plus propre. Le récit respire mieux quand il ne se prend pas les pieds dans ses souvenirs.

Affiche de Spider-Man : Brand New Day
Affiche de Spider-Man : Brand New Day

Journalisme éthique et sortie de cadre, ou comment Betty a quitté le couloir

Angourie Rice, elle, imagine Betty ailleurs, dans une trajectoire qui lui va plutôt bien : du journalisme, du travail sérieux, une forme de respectabilité professionnelle après ses débuts au Daily Bugle et sa petite vie de stagiaire exploitée par l’algorithme avant l’heure. L’idée n’est pas anodine. Elle prolonge le personnage au lieu de le figer. Betty n’est plus seulement l’ado sarcastique des films précédents ; elle devient une adulte possible, une professionnelle en devenir, quelqu’un qui a quitté le décor pour exister hors champ. Et ça, dans une saga qui adore recycler ses propres figures, c’est presque chic.

La remarque d’Angourie Rice dit aussi quelque chose de sa place dans l’écosystème Marvel. Elle n’est pas en train de réclamer son dû, ni de faire semblant que son absence serait une injustice historique. Elle comprend la logique industrielle du studio : dans une franchise qui a engrangé plus de 31 milliards de dollars de recettes cumulées au box-office mondial pour l’ensemble du MCU, chaque apparition doit avoir une fonction. Pas de place pour les fantômes décoratifs, sauf si le scénario les justifie. Et franchement, tant mieux. Dans un blockbuster de cette taille, le moindre caméo doit mériter son cachet.

Le retour des revenants, oui, mais pas pour faire joli

Ce qui frappe, au fond, c’est la lucidité de cette sortie de route. On aurait pu attendre un discours plus affectif, plus nostalgique, plus “j’espère revenir un jour”. Rien de tout ça. Rice parle d’un personnage qui a suivi sa propre logique interne, et c’est précisément ce qui manque souvent aux franchises tentaculaires : la capacité à laisser partir ce qui n’a plus de fonction. Le MCU adore les portes entrouvertes, les promesses de retour, les petites graines plantées pour plus tard. Ici, au moins, on a une respiration. Une vraie. Et ça fait du bien, bordel.

Le plus drôle, c’est que cette absence en dit davantage sur Spider-Man: Brand New Day que bien des scènes de transition. Le film ne se contente pas de raconter un Peter Parker sans mémoire ; il organise un monde où les anciennes attaches se sont dissoutes. Betty n’est pas oubliée par hasard, elle est écartée parce que l’histoire a changé de température. Et dans un univers où tout le monde veut revenir, ressurgir, se recoller au récit principal, ce simple effacement a presque quelque chose de noble. Parfois, ne pas être là, c’est encore la meilleure façon de compter.

Reste une question, évidemment : si Betty Brant devait revenir un jour, serait-ce encore comme souvenir, comme journaliste, ou comme témoin d’un Peter Parker devenu trop grand pour ses vieilles habitudes ? On parie que Marvel a déjà une réponse. On parie aussi qu’elle sera accompagnée d’un logo, d’un teaser et de trois rumeurs contradictoires. Le bon vieux cirque, quoi.

Bande-annonce VF de Spider-Man : Brand New Day

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