Dans The Dog Stars, l’apocalypse a déjà eu lieu et, surprise, personne n’a l’air de s’en remettre avec panache. Jacob Elordi y traverse un monde ravagé par une pandémie grippale, mais le film préfère la langueur à la morsure, comme s’il avait peur de salir son blouson de fin du monde.
Le point de départ n’a rien d’anodin : un effondrement sanitaire a laissé derrière lui un paysage de ruines, de solitude et de survie au rabais. On n’est pas dans le grand spectacle de destruction à la Roland Emmerich, ni dans le baroud d’honneur musculeux d’un blockbuster qui ferait vrombir les moteurs pour masquer le vide. Ici, l’après-coup compte plus que la catastrophe elle-même, ce qui est une idée solide sur le papier, surtout dans un cinéma post-apocalyptique qui tourne souvent en rond depuis des années. Depuis Mad Max: Fury Road en 2015, la barre est haute : George Miller avait transformé la pénurie en opéra mécanique, le manque en pure énergie de mise en scène. À côté, beaucoup d’opus récents ressemblent à des exercices de style en survêtement. The Dog Stars veut être un film de survie intime, mais il confond trop souvent retenue et atonie.
Le choix de Jacob Elordi n’est pas innocent. L’acteur, devenu en quelques années l’une des têtes d’affiche les plus scrutées de sa génération, traîne déjà une image de beauté un peu froide, de présence presque sculpturale, comme si le cinéma contemporain aimait le filmer en statue qui apprend à respirer. Dans un récit de fin du monde, ce physique-là peut devenir un atout redoutable : il suffit d’un regard vide, d’une mâchoire serrée, d’un corps qui encaisse. Sauf que le film semble compter un peu trop sur cette aura-là, comme si le simple fait de voir Elordi en mode survivant suffisait à fabriquer du vertige. Ça ne marche qu’à moitié, et c’est là que la machine se grippe. À force de vouloir être sensible, le film oublie d’être tendu.
Le désert, oui. Le souffle, non.
Le cinéma post-apocalyptique a toujours eu besoin d’un moteur clair : la faim dans Le Livre d’Eli, la route dans Mad Max, la filiation dans The Road, la communauté dans The Last of Us. Sans enjeu net, le décor devient un fond d’écran chic. C’est exactement le risque qui guette The Dog Stars : son monde est suffisamment abîmé pour intriguer, mais pas assez organisé pour qu’on sente la pression du danger. On comprend l’idée d’un survivant qui avance au jour le jour, d’un homme qui s’accroche à des gestes minuscules, à des routines de fortune, à une humanité réduite à l’essentiel. Très bien. Mais le film semble s’installer dans cette humeur comme dans un canapé trop confortable. Or un récit de survie, même contemplatif, doit serrer la gorge. Là, il caresse. Et ça, franchement, ça casse un peu le délire.
Ce qui manque surtout, c’est la sensation de menace diffuse, cette petite musique qui fait qu’on regarde chaque plan comme une ressource en train de disparaître. Dans les grands films du genre, l’espace n’est jamais neutre : il pèse, il juge, il avale les corps. Ici, l’horizon paraît souvent trop poli, trop abstrait, presque décoratif. Le film veut sans doute faire de la désolation une matière poétique, mais la poésie n’excuse pas tout. Quand elle n’est pas soutenue par une vraie dynamique dramatique, elle devient du brouillard. Et du brouillard, on en a déjà assez dans les productions qui prennent le vide pour une idée.

Jacob Elordi, beau comme un fantôme, prisonnier du cadre
Il faut pourtant rendre à Jacob Elordi ce qui lui appartient : il sait tenir un plan. Il a ce mélange de fragilité et de verticalité qui peut donner à un personnage une densité presque muette. Dans un film plus nerveux, plus sec, plus méchant aussi, il aurait pu devenir un excellent survivant, de ceux qui parlent peu parce que chaque mot coûte. Mais The Dog Stars le laisse souvent dans une posture d’attente. L’acteur semble chercher la bonne fréquence entre la douleur, la réserve et la fatigue morale, tandis que la mise en scène, elle, hésite sur le régime à adopter. Résultat : on sent un être, pas toujours un récit autour de lui. Et dans un long métrage de ce type, c’est embêtant, pour rester poli.
Cette tension entre présence et inertie dit quelque chose du cinéma de studio ou semi-studio quand il s’attaque au post-apo aujourd’hui. Le genre coûte cher dès qu’il faut fabriquer un monde crédible, mais il doit aussi vendre une promesse claire : du danger, du mouvement, une mythologie. Si le film choisit la sobriété, il faut que chaque détail raconte la survie. Sinon, on se retrouve avec un bel emballage gris, une atmosphère de cendre et de désenchantement, mais peu de chair. Le film veut survivre à son propre concept, et c’est souvent là qu’il trébuche.
La fin du monde, version canapé gris
Ce qui est un peu cruel, c’est qu’un film comme The Dog Stars arrive dans un moment où le public a déjà vu mille manières de raconter l’effondrement. On a eu les variations survivalistes, les récits de pandémie, les dystopies écologiques, les cauchemars de pénurie. Le genre a mangé son pain noir jusqu’à la dernière miette, et il lui faut désormais plus qu’un décor de ruines pour exister. Il lui faut une idée de cinéma. Une vraie. Pas seulement une belle tristesse, pas seulement un acteur magnétique, pas seulement une ambiance de fin des temps lavée à l’eau froide.
Alors oui, l’objet intrigue par son choix de sobriété et par la manière dont il mise sur la sensibilité plutôt que sur la pyrotechnie. Mais la sensibilité, au cinéma, n’est pas un alibi. Elle doit couper, fissurer, faire surgir quelque chose d’incertain. Ici, elle semble surtout lisser les aspérités. On regarde le film comme on regarde un ciel couvert : on comprend qu’il va pleuvoir, mais on attend longtemps, trop longtemps, avant que quelque chose tombe. À force de vouloir faire sentir la fin du monde, The Dog Stars finit presque par la mettre en veilleuse.
Et c’est peut-être ça, le vrai problème : dans un genre bâti sur l’urgence, le moindre ralentissement se paie cash. Le désert peut être magnifique, bien sûr. Mais s’il ne mord pas, il ne reste qu’un paysage. Et un paysage, aussi beau soit-il, ça ne sauve pas un film.
Bande-annonce VF de The Dog Stars
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




