Pixar a profité de D23 pour dégainer ses prochains gros morceaux : Incredibles 3, Coco 2 et deux originales qui sentent bon la prise de risque calculée. Le studio fête ses 40 ans en jouant la carte qu’il connaît le mieux : faire revenir les familles, les morts et les chats, si possible avec un peu de panache.

À ce stade, on n’est plus dans la simple annonce de suite, mais dans une stratégie très lisible de la part de Pixar : rassurer le public avec des franchises aimées, tout en rappelant qu’il lui reste encore un peu de jus créatif dans les tiroirs. Le studio a traversé une décennie moins triomphale qu’à l’époque où il empilait les chefs-d’œuvre comme d’autres les tickets de caisse, mais il reste un mastodonte de l’animation, avec une identité visuelle et narrative que l’industrie continue de lui envier. D23, cette grand-messe promotionnelle de Disney, sert précisément à ça : remettre de l’élan dans la machine, faire circuler les images, et surtout vendre l’idée que l’avenir sera à la fois familier et neuf. Bref, Pixar tente le grand écart entre la poule aux œufs d’or et le pari d’auteur, sans trop se vautrer dans la moquette.

Et cette fois, les premiers indices racontent déjà une petite histoire de transmission, de deuil et de passage de relais, comme si le studio regardait ses propres héritiers en face.

Les Parrs reprennent les gants, mais les gosses montent sur le ring

Pour Incredibles 3, annoncé une première fois en 2024 avant d’être à nouveau mis en avant à D23, Pixar vise une sortie à l’été 2028. Le film doit refermer la trilogie des Parr, avec un recentrage plus net sur les enfants de la famille, dont un Jack-Jack annoncé comme encore plus imprévisible. Bob Odenkirk revient en Winston Deavor, Edna Mode aussi, toujours doublée par Brad Bird, et Bob Parr, incarné par Craig T. Nelson, devra composer avec un monde rempli de jeunes super-héros et une menace jugée plus puissante que toute la famille réunie. Rien que ça. On sent bien la logique : après avoir longtemps fait des adultes des super-héros un peu cabossés, Pixar pousse maintenant la relève au premier plan. Le film parle déjà de succession avant même d’exister, et c’est plutôt malin.

Ce n’est pas anodin, d’ailleurs, que le studio insiste sur les enfants. Les Indestructibles a toujours été une saga sur la famille comme cellule de crise, sur la domesticité transformée en champ de bataille. En 2028, avec un paysage de super-héros saturé par des décennies de franchises, Pixar n’a plus intérêt à refaire du Marvel en plus propre. Il faut déplacer le centre de gravité, retrouver le trouble, l’angle mort, le petit grain de sable. Jack-Jack, déjà machine à fantasmes dans le deuxième opus, devient logiquement le point d’entrée d’un monde où les pouvoirs ne suffisent plus à garantir l’autorité. Quand les enfants prennent le volant, les parents découvrent que la cape ne fait pas le chef.

Affiche de Les Indestructibles 3
Affiche de Les Indestructibles 3

Au pays des morts, les comptes ne sont pas réglés

De son côté, Coco 2 a confirmé le retour de Lee Unkrich à la réalisation, épaulé par Adrian Molina. Benjamin Bratt reprendra la voix d’Ernesto de la Cruz, tandis que Miguel, doublé par Anthony Gonzalez, a désormais l’âge ingrat de l’adolescence. Quelques années ont passé, et le nouveau récit semble vouloir faire remonter Ernesto dans l’équation, avec une idée de revanche qui remettrait Miguel et sa grand-mère au cœur de l’au-delà. Là encore, Pixar ne fait pas semblant : la suite ne cherche pas à recycler le premier film, elle veut déplacer le conflit, faire vieillir ses personnages et réouvrir une blessure déjà refermée en apparence. Chez Pixar, les morts ne reposent jamais vraiment, et c’est souvent là que ça devient intéressant.

Le premier Coco avait déjà réussi un joli numéro d’équilibriste : film familial, chronique du souvenir, mélodrame musical, et démonstration de savoir-faire visuel. La suite, si elle tient ses promesses, devra éviter le piège du simple prolongement décoratif. Faire revenir le Pays des Morts, oui, mais pour y remettre du conflit, du désir, du vertige. Sinon, à quoi bon ? Le studio a trop souvent prouvé qu’il savait fabriquer des images splendides pour se contenter d’un copier-coller affectif. Ici, l’enjeu est ailleurs : faire de l’adolescence de Miguel un vrai déplacement dramatique, pas juste une excuse pour ressortir les guitares et les crânes colorés. Le souvenir, c’est bien ; le conflit, c’est mieux.

Des fantômes, des chats et un peu d’audace, quand même

Mais Pixar n’a pas seulement sorti ses franchises du placard. Le studio a aussi levé le voile sur Ghost Market, présenté comme son premier vrai film de fantômes, attendu au printemps 2028, et sur Gatto, projet situé à Venise autour d’un chat de rue plongé dans un décor d’art et de canaux. Sur le papier, ces deux titres disent beaucoup de l’état d’esprit maison : d’un côté, une incursion dans le surnaturel avec une promesse de tonalité plus franchement fantastique ; de l’autre, une recherche plastique assumée, avec une texture annoncée comme plus picturale pour Gatto. Autrement dit, Pixar continue de tester les limites de son propre langage visuel, histoire de ne pas laisser ses suites faire tout le boulot. Les franchises paient la note, les originaux sauvent l’honneur.

Il faut bien voir la logique industrielle derrière tout ça. En 2026, Pixar reste un fer de lance de Disney, mais le studio sait que la seule nostalgie ne suffit pas à nourrir une marque sur le long terme. Les suites rassurent les actionnaires, les originales entretiennent la réputation. Le vieux tour de passe-passe hollywoodien, en somme : on vous vend du connu pour financer l’inconnu. Et, pour une fois, on ne va pas faire les difficiles. Si Ghost Market tient sa promesse de film de fantômes pour enfants sans se prendre pour un cauchemar gothique, et si Gatto ose vraiment sa patte visuelle, Pixar pourrait retrouver ce mélange de confort et d’invention qui faisait sa force à l’époque de son âge d’or. Le studio n’a pas perdu son instinct, il cherche juste à le réaccorder.

Reste cette petite question qui flotte au-dessus de tout le panel : est-ce que Pixar prépare un vrai retour en grâce, ou juste une belle démonstration de savoir-faire bien emballée ? On verra bien. En attendant, les Parrs, Miguel, les fantômes et le chat vénitien ont déjà commencé à occuper le terrain. Et chez Pixar, quand ça commence à bruire comme ça, c’est rarement pour finir en silence.

Part.
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