Ridley Scott n’a jamais vraiment aimé faire les choses proprement quand il peut les faire de travers avec panache, et The Dog Stars en est la preuve la plus récente. Entre post-apocalypse, romance en apnée et virage final complètement tordu, le film avance comme un chien perdu dans la neige : pas toujours droit, mais avec du flair.

Adapté par Mark L. Smith du roman de Peter Heller, ce long métrage de 2026 arrive dans la filmographie de Scott comme un objet un peu cabossé, pas franchement calibré pour la grande machine à fantasmes hollywoodienne. L’action se situe dans un Colorado ravagé par une grippe mortelle en 2035, avec un budget de survie plus que de spectacle, et une économie de moyens qui tranche avec les mastodontes du moment. On y suit Hig, incarné par Jacob Elordi, qui partage son quotidien avec Bangley, joué par Josh Brolin, tandis que Margaret Qualley et Guy Pearce viennent compliquer l’équation. Le film sort en salles le 28 août 2026 aux États-Unis, et il a déjà ce parfum de production qui préfère l’étrangeté au consensus mou. Bref, Scott ne cherche pas à rassurer : il cherche à déranger juste assez pour qu’on reste assis.

Et c’est là que le film devient intéressant : sous ses airs de récit de survie, The Dog Stars parle surtout de la manière dont Ridley Scott filme encore la fin du monde comme un terrain de jeu moral.

Le désert, les fusils et le reste du monde

À première vue, on pourrait croire à un énième opus post-apocalyptique, avec ses ruines, ses vivants en lambeaux et ses silhouettes qui se planquent dans l’ombre en visant des ennemis sans nom. Sauf que Scott ne se contente pas de recycler la soupe habituelle. Il mélange plusieurs registres, parfois dans la même séquence : un peu de YA dans la dynamique entre les personnages, une pointe de western poussiéreux, des réflexes de jeu vidéo dans les scènes d’embuscade, et une mélancolie de vieux monde qui s’accroche encore aux carcasses de fast-foods. Le résultat n’est pas homogène, mais il a une vraie personnalité. Et ça, dans le cinéma de franchise, ça mérite presque une médaille.

Jacob Elordi, lui, fait ce qu’il peut avec un rôle plus mince qu’un ticket de caisse en fin de mois, mais il y met une présence étonnamment douce. Hig n’est pas écrit comme un grand personnage de cinéma, plutôt comme une fonction dramatique qui doit porter la perte, le désir de fuite et l’idée de recommencer ailleurs. Elordi lui donne une forme de gravité tranquille, ce qui évite au film de s’effondrer complètement. En face, Josh Brolin joue le survivant sec, méfiant, presque militaire, et son rapport au monde ressemble à une doctrine : on tire d’abord, on discute jamais. Chez Scott, la survie n’a rien d’héroïque ; c’est une sale habitude.

Amour en ruines, chimie en panne

Quand Hig croise Cima, incarnée par Margaret Qualley, le film tente d’ouvrir une brèche sentimentale. L’idée est claire : faire de cette rencontre un possible redémarrage émotionnel, une façon de quitter le deuil pour réapprendre à vivre. Sur le papier, c’est presque trop sage pour Scott, qui n’a jamais été un grand sentimental. Dans les faits, la romance a du mal à prendre feu. Les deux acteurs sont beaux comme des affiches de luxe, mais leur alchimie reste tiède, et le film ne semble pas lui-même très pressé d’y croire. On sent davantage l’intention que l’étincelle.

Affiche de The Dog Stars
Affiche de The Dog Stars

Ce décalage n’est pas forcément un défaut absolu, parce qu’il dit quelque chose du film : The Dog Stars veut croire à la possibilité d’un avenir, mais Ridley Scott, lui, regarde surtout l’humanité comme une espèce qui se sabote avec une régularité confondante. Depuis Alien (1979) jusqu’à Prometheus (2012), en passant par Blade Runner (1982), il a souvent filmé des êtres humains qui prennent des décisions débiles avec une assurance désarmante. Ici encore, la tendresse existe, mais elle se cogne à un monde qui préfère la peur, le réflexe et la poudre. L’amour essaie de passer, le film lui met un grillage devant.

Le twist qui débarque sans prévenir

Le vrai coup de sang du film, c’est son troisième acte. Sans trop en dévoiler, disons qu’une fois arrivés à Grand Junction, Hig, Cima et Pops tombent sur une communauté dirigée par un personnage joué par Allison Janney, et que tout part alors dans une direction franchement bizarre. Le genre de virage que la communication du film a visiblement préféré enterrer sous trois couches de discrétion, ce qui, soyons honnêtes, est souvent le signe qu’un studio ne sait pas trop comment vendre son propre bébé. Là, Scott se réveille. Le film devient plus nerveux, plus étrange, plus sale aussi. On sent le cinéaste qui aime enfin ce qu’il est en train de faire.

Et c’est peut-être la partie la plus révélatrice de l’ensemble : quand The Dog Stars cesse d’essayer d’être aimable, il gagne en puissance. Le film n’a pas besoin de bâtir un univers étendu ni de préparer une suite, et ça fait un bien fou. Pas d’œufs de Pâques, pas de promesse de franchise, pas de petit manuel pour investisseurs anxieux. Juste un récit autonome, un peu bancal, parfois trop dispersé, mais jamais fabriqué à la chaîne. Dans une industrie où chaque long métrage doit désormais justifier son existence comme une ligne de produit, cette modestie a presque quelque chose de subversif. Le film n’est pas un modèle de cohérence, mais il a le mérite rare de ne pas sentir la réunion marketing.

Scott en roue libre, et tant mieux un peu

On pourrait reprocher à Ridley Scott de ne pas choisir son camp, de faire cohabiter le western, la romance, le survival et l’absurde sans toujours les marier correctement. Ce serait vrai. Mais ce serait aussi passer à côté de ce qui fait le charme du film : une sorte de nonchalance rugueuse, comme si le réalisateur de 88 ans filmait encore avec l’assurance d’un type qui sait qu’il a déjà gagné sa place à l’Olympe et qu’il peut se permettre une fantaisie ou deux. Les paysages, souvent tournés dans la campagne italienne malgré l’ancrage coloradois du récit, ont une beauté concrète, presque tactile, qui donne au film une respiration bienvenue. On y croit parce que ça a l’air d’exister pour de vrai.

Au fond, The Dog Stars ressemble à un de ces films qu’on ne classe pas très bien mais qu’on n’oublie pas tout de suite. Pas un grand Scott, pas un raté non plus, plutôt un objet intermédiaire, un peu de travers, avec ses emballements et ses trous d’air. Et dans la carrière d’un cinéaste qui a souvent préféré la froideur à la consolation, ce n’est pas si mal de le voir tenter un film de fin du monde où l’on cherche encore, malgré tout, une manière de rester humain. Ou au moins de survivre avec style. Le monde s’écroule, Scott hausse les épaules, et quelque part c’est presque rassurant.

Bande-annonce VF de The Dog Stars

Part.
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