Avec One Night Only, Will Gluck ne se contente pas de remettre une rom-com dans les rues de New York : il lui colle un lieu que personne n’attendait, le Little Red Lighthouse, comme si le genre avait besoin d’un petit électrochoc pour arrêter de tourner autour des mêmes cartes postales. Et franchement, ça fait du bien.

La comédie romantique new-yorkaise a ses monuments, ses réflexes et ses paresses. L’Empire State Building, Central Park, les taxis jaunes, les séparations sous la pluie : on connaît la chanson, parfois jusqu’à l’overdose. Depuis des décennies, New York sert de machine à fantasmes au cinéma américain, et le genre a souvent préféré la familiarité des grands symboles à la surprise du terrain. Dans One Night Only, sorti en salles en 2026 et porté par Callum Turner et Monica Barbaro, Will Gluck, déjà aux commandes de Anyone But You (2023), prend le contre-pied avec un final situé au Little Red Lighthouse, sous le George Washington Bridge, un endroit réel, discret, et lié à un livre pour enfants que le cinéaste dit avoir connu dès l’enfance. Le romantisme, ici, ne passe pas par le monument le plus célèbre de la ville, mais par un coin presque secret de Manhattan.

Et c’est là que le film devient plus malin qu’il n’en a l’air : il ne cherche pas seulement un décor, il fabrique un souvenir.

Le grand détour plutôt que le grand classique

Dans l’entretien accordé à Slashfilm, Will Gluck explique que ce phare compte pour lui parce qu’il a grandi non loin de là et que le livre Little Red Lighthouse faisait partie de son enfance. Ce n’est pas un détail décoratif, c’est presque la colonne vertébrale émotionnelle du film. On comprend mieux pourquoi il tient à ce que la fin de One Night Only quitte le circuit balisé des rendez-vous romantiques new-yorkais. Le réalisateur dit aussi aimer filmer des lieux qu’on n’a pas déjà vus mille fois à l’écran, histoire d’éviter la simple reproduction du patrimoine touristique. Voilà une position plutôt saine dans un cinéma américain qui adore recycler ses propres icônes jusqu’à les user jusqu’à la corde.

Le choix du Little Red Lighthouse a aussi une portée méta assez savoureuse. Le film parle d’un rendez-vous unique, d’une nuit autorisée, d’une course contre la montre sentimentale ; il lui fallait donc un lieu qui ne ressemble pas à une case déjà cochée. Le phare devient un repère intime, presque un mot de passe. Au fond, Gluck fait ce que les bonnes rom-coms font toujours quand elles ont un peu de nerf : elles prennent un cliché et le déplacent d’un mètre, juste assez pour qu’il respire à nouveau.

Affiche de Juste pour une Nuit
Affiche de Juste pour une Nuit

Un décor minuscule, un casse-tête bien réel

Le tournage, lui, n’avait rien d’une promenade de santé. Gluck raconte que l’accès au site est compliqué, puisqu’on ne peut y aller qu’à pied ou à vélo, sans véhicule pour décharger le matériel. Résultat : toute l’équipe a dû se coltiner une logistique pénible, au point que le cinéaste dit avoir envisagé un accès par bateau. On imagine la joie des régisseurs, des techniciens, des machinos et de l’équipe image au moment de porter l’arsenal dans un endroit aussi peu commode. Mais c’est précisément ce genre de contrainte qui donne parfois une texture au cinéma : quand le décor résiste, l’image finit par gagner en densité.

Ce qui frappe, c’est que le réalisateur ne vend pas ce lieu comme une trouvaille snob ou un caprice d’auteur. Il le présente comme un morceau de New York plus vivant que les attractions rabâchées. Et il a raison, le bougre. La ville ne se résume pas à ses emblèmes les plus photographiés ; elle tient aussi dans ses marges, ses recoins, ses endroits qu’on ne remarque qu’en y étant conduit par un film. Le cinéma, quand il a un peu d’audace, ne se contente pas de montrer la ville : il la redessine dans notre tête.

La rom-com qui veut encore surprendre

One Night Only s’inscrit dans la tradition de la comédie romantique, mais il refuse la paresse patrimoniale. Là où tant d’opus contemporains se contentent de réchauffer les mêmes motifs avec des têtes d’affiche interchangeables, Will Gluck cherche un point d’ancrage qui donne au récit une identité propre. Ce n’est pas révolutionnaire, non. Mais c’est déjà beaucoup dans un genre qui a souvent tendance à s’auto-citer jusqu’à l’asphyxie. Et puis, soyons honnêtes : voir une fin romantique se jouer dans un lieu que le grand public ne connaît pas encore, ça change des grands gestes sous les néons et des embrassades au sommet d’un gratte-ciel déjà mille fois sanctifié.

Le film mise donc sur une forme de familiarité fraîche, pour reprendre l’idée du cinéaste : on reconnaît la mécanique, on retrouve le plaisir du rendez-vous manqué et du retour final, mais on découvre un décor qui n’a pas encore été transformé en carte postale industrielle. C’est peut-être ça, le petit coup de génie du film : faire croire qu’on connaît la route alors qu’on nous emmène ailleurs. Dans une industrie qui adore les franchises et les reboots, une rom-com qui ose un lieu neuf a presque des airs de rébellion tranquille.

Et si le Little Red Lighthouse finit par devenir un passage obligé pour les amoureux en goguette, on pourra toujours dire que le cinéma a encore réussi un de ses tours les plus simples et les plus malins : transformer un endroit discret en point de rendez-vous collectif. Pas besoin d’en faire des tonnes. Un phare, un pont, une skyline, et le reste suit. Ou presque.

Bande-annonce VF de Juste pour une Nuit

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