À 88 ans, Ridley Scott continue de tourner comme si le temps lui devait de l’argent. Avec The Dog Stars, son nouveau long métrage post-apocalyptique, le vieux lion d’Hollywood semble bien parti pour rappeler qu’il sait encore fabriquer du cinéma qui mord, même quand le monde a déjà pris feu.

Le film, présenté en première mondiale à Londres avant l’arrivée des critiques la semaine suivante, a déjà déclenché une petite pluie de réactions enthousiastes sur les réseaux. On y retrouve Jacob Elordi, Margaret Qualley et Josh Brolin, sans oublier Jasper, le chien du récit, détail qui en dit long sur l’ADN du projet : ici, la survie ne se joue pas seulement à coups de fusil, mais aussi dans les silences, les campements de fortune et la tendresse cabossée. Dans un marché où les grosses machines sci-fi se vendent souvent à coups de décibels et de CGI qui hurlent plus fort que les personnages, Scott semble avoir choisi une autre voie, plus sèche, plus humaine, presque à contre-courant. Et forcément, ça intrigue davantage qu’un simple énième blockbuster de fin du monde.

Pour le contexte, Ridley Scott n’a jamais vraiment cessé d’alterner les mastodontes et les objets plus étranges, parfois bancals, souvent passionnants. Depuis Alien (1979) et Blade Runner (1982), il a bâti une filmographie qui fonctionne comme une machine à fantasmes : Gladiator (2000), Kingdom of Heaven (2005), The Last Duel (2021), House of Gucci (2021). À chaque fois, le même paradoxe : un cinéaste de grand spectacle qui aime les corps fatigués, les mondes abîmés, les hiérarchies qui craquent. Et à 88 ans, il continue de travailler avec une énergie qui donnerait des sueurs froides à des réalisateurs moitié moins âgés. Le box-office n’a plus forcément la même docilité qu’à l’époque où son nom suffisait à remplir les salles, mais l’aura, elle, n’a pas bougé d’un millimètre. Scott ne vend plus seulement des entrées, il vend une promesse de mise en scène.

Le vrai sujet, avec The Dog Stars, ce n’est donc pas seulement “est-ce que c’est bien ?”, mais plutôt : comment Ridley Scott transforme-t-il un récit de survie en drame de la communauté, sans perdre son sens du spectacle ?

Un western sous les cendres, pas un simple film de fin du monde

Les premiers retours insistent sur un point qui change tout : le film serait moins tonitruant qu’attendu. Patrick Tomasso, sur X, parle d’un mélange de rudesse et d’apaisement, d’un western au bout du monde avec une vraie chaleur humaine, tout en rapprochant le film de l’énergie de Mad Max: Fury Road. La comparaison n’est pas absurde, mais elle dit surtout quelque chose de plus précis : Scott ne cherche pas seulement la cavalcade, il cherche la tension entre le chaos extérieur et les minuscules poches de calme. On imagine déjà les feux de camp, les guitares acoustiques, les visages burinés, les gestes de survie qui deviennent des rituels. Bref, du post-apo qui préfère la braise au feu d’artifice. Le genre, ici, ne sert pas à faire du bruit, il sert à faire battre le cœur.

Affiche de The Dog Stars
Affiche de The Dog Stars

Liz Slade décrit de son côté un film calme, contemplatif, traversé par des éclats de violence inattendus, avec une partition particulièrement belle et un casting solide. Gavin Spoors, pour Filmhounds Magazine, y voit un drame post-apocalyptique chaleureux, centré sur le besoin de communauté, tandis que Phil Roberts, pour Future Of The Force, parle d’un changement de ton humble et chargé d’émotion pour Scott. On peut lire ça comme un simple alignement de compliments de sortie de projection. On peut aussi y voir un indice plus intéressant : le cinéaste n’essaie pas de refaire Alien en plus poussiéreux, il semble plutôt revenir à une idée très ancienne du cinéma américain, celle du groupe fragile qui tient debout parce qu’il accepte enfin de faire corps. Pas glamour, mais diablement efficace.

Le casting fait le sale boulot, et il le fait bien

Jacob Elordi, Margaret Qualley et Josh Brolin forment un trio qui a de quoi aimanter l’attention, chacun apportant une couleur différente : la jeunesse un peu fêlée, la présence nerveuse, la gravité de vieux routier. Brolin, surtout, a ce physique de bloc de granit qui convient parfaitement aux figures de survivants fatigués, ces types qui ont déjà tout vu et qui continuent quand même d’avancer. Quant à Elordi, il continue de s’éloigner de l’image de simple tête d’affiche décorative pour s’installer dans des territoires plus rugueux. Scott aime manifestement ce genre de casting où la star n’écrase pas le film mais l’alimente, comme une bonne réserve de carburant. Ça change des productions qui confondent présence et vacarme.

Le détail du chien Jasper n’est pas anecdotique non plus. Dans un récit de catastrophe, l’animal devient souvent le dernier reste de lien au vivant, le petit contrepoids affectif qui empêche le film de sombrer dans la posture virile et la poussière conceptuelle. Si les premières réactions saluent autant ce compagnon à quatre pattes, c’est peut-être parce que Scott comprend quelque chose de simple et de précieux : dans un monde à l’agonie, la moindre forme de fidélité prend des allures de miracle. Et ça, Hollywood adore le vendre, mais le cinéma le plus solide sait encore l’incarner sans en faire des tonnes. Enfin, presque sans en faire des tonnes.

Scott, toujours debout quand les autres ont déjà rendu les armes

Ce qui frappe, au fond, c’est la constance presque insolente de Ridley Scott. Là où beaucoup de cinéastes de sa génération ont glissé vers le musée ou la répétition, lui continue de chercher des angles, des textures, des rythmes. Il peut sortir un film de prestige historique, un polar de luxe ou un récit de science-fiction post-apocalyptique sans jamais donner l’impression de cocher une case. C’est peut-être ça, son vrai luxe : ne pas se laisser enfermer dans la nostalgie de ses propres chefs-d’œuvre. À 88 ans, il n’est pas en train de passer le flambeau ; il le tient encore fermement, quitte à brûler quelques doigts au passage. Et tant mieux, parce qu’un cinéma sage comme une image, on en a déjà assez.

La sortie française et internationale de The Dog Stars est annoncée pour le 28 août 2026. D’ici là, les réactions vont continuer de gonfler la machine, entre ceux qui verront dans ce film un nouveau grand Scott et ceux qui attendront de juger sur pièce. Mais une chose est déjà là : l’idée qu’un cinéaste aussi âgé puisse encore susciter ce genre d’attente, ce n’est pas rien. On appelle ça de l’autorité, ou de l’entêtement, selon l’humeur du jour. Chez Scott, les deux ont souvent fait bon ménage. Et si le monde finit, autant qu’il le fasse avec un homme de cette trempe derrière la caméra, non ?

Bande-annonce VF de The Dog Stars

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