Dans Star Trek: Strange New Worlds, Division 12 débarque comme un détail de dialogue, sauf que ce petit caillou dans la botte ouvre une sacrée brèche. À force de faire mine de croire aux fantômes tout en restant fidèle à la science, la série joue avec l’un des tabous les plus tenaces de la franchise.

Depuis son lancement en 2022 sur Paramount+, Star Trek: Strange New Worlds s’est installé comme le fer de lance le plus souple et le plus joueur de la galaxie Trek. Créée par Akiva Goldsman, Alex Kurtzman et Jenny Lumet, la série a choisi une voie moins pesante que certaines déclinaisons récentes de la saga : épisodes à concept, goût du pastiche, retour à l’aventure de mission et à la chimie d’équipage. Le tout dans un contexte où la franchise, née en 1966 avec Star Trek, continue d’essaimer entre séries, préquelles, spin-offs et reboots, sans jamais vraiment lâcher son obsession fondatrice : l’inconnu doit toujours finir par trouver une explication rationnelle. C’est là que Division 12 devient intéressant. Pas comme gadget de scénario, mais comme symptôme d’une série qui adore titiller le surnaturel sans jamais lui donner le dernier mot. On n’est pas dans The X-Files avec un warp drive ; on est dans Star Trek, où même les fantômes doivent passer un contrôle technique.

Dans l’épisode The Griffin Incident, la mention de Division 12 arrive au moment où l’USS Griffin, vaisseau disparu depuis neuf ans, revient hanter la narration comme un vieux traumatisme spatial. Le texte source insiste sur un point essentiel : la série ne s’acharne pas à fournir une explication pseudo-scientifique à ce qui se passe. Elle laisse flotter l’idée d’une présence spectrale, d’hallucinations, de manifestations venues d’un ailleurs que la logique ne suffit pas à ranger dans une case. Et c’est précisément là que la mécanique Trek se grippe un peu, pour notre plus grand plaisir. Parce que dans cet univers, les anomalies finissent d’ordinaire en équations, en particules, en énergie exotique ou en mauvaise interprétation d’un phénomène connu. Ici, non. Division 12 sert de fourre-tout officiel pour les affaires qui sentent le soufre, le brouillard et la mauvaise blague cosmique. Autrement dit : la Fédération a beau se vouloir cartésienne, elle a quand même prévu un placard pour les dossiers qui font froid dans le dos.

Le placard à fantômes de Starfleet

La première apparition claire de Division 12 remonte à Terrarium, où Ortegas évoque une zone de l’espace réputée pour ses histoires de vaisseaux maudits et de phénomènes bizarres. Le détail est savoureux, parce qu’il transforme un simple nom de service en promesse de série dérivée. Division 12, dans l’imaginaire immédiat, c’est une cellule secrète, des scientifiques qui savent trop de choses, des couloirs sans fenêtres et des écrans qui clignotent au milieu de la nuit. Bref, la machine à fantasmes tourne à plein régime. Et on comprend pourquoi : Star Trek a toujours aimé ses structures internes opaques, de Section 31 à Division 14, mais ici la tonalité change. On n’est plus dans l’espionnage ou la médecine de crise, on est dans l’inexpliqué pur jus. C’est le coin obscur de Starfleet, le tiroir où l’on range ce qui ne rentre pas dans les manuels.

Affiche de Star Trek: Strange New Worlds
Affiche de Star Trek: Strange New Worlds

Le plus drôle, c’est que cette ouverture vers le paranormal ne contredit pas seulement la science-fiction de la franchise ; elle la met au défi. Star Trek a déjà croisé des créatures lovecraftiennes, des entités énergétiques, des dieux de pacotille et des phénomènes qui se prenaient pour des esprits. Mais la série a presque toujours fini par reprendre la main, comme un prof de physique qui refuse qu’on raconte n’importe quoi au tableau. Si Division 12 existe vraiment comme unité d’enquête, alors elle devient la soupape idéale : un endroit où l’on admet qu’on ne sait pas encore, sans pour autant céder au mysticisme. C’est malin, parce que ça permet à Strange New Worlds de jouer au film d’horreur sans trahir le logiciel d’origine. Et franchement, on prend.

Le spin-off qui gratte là où ça dérange

À ce stade, la question n’est plus seulement de savoir ce qu’est Division 12, mais ce qu’elle permet d’imaginer. Un spin-off centré sur des enquêteurs de Starfleet face à des apparitions, des vaisseaux maudits et des régions spatiales qui sentent la vieille légende ? L’idée a de la gueule. Pas parce qu’elle promettrait un simple décalque de série policière, mais parce qu’elle prolongerait l’un des vieux plaisirs de la franchise : prendre un cadre ultra-rationnel et le faire trembler au contact de ce qui lui échappe. On verrait bien une équipe de sceptiques professionnels, des techniciens du doute, des gens qui ne croient pas aux fantômes mais qui doivent quand même les mesurer. Le genre de série où l’on résout une énigme en expliquant qu’elle est, au fond, encore plus bizarre qu’un fantôme.

Reste que Star Trek n’a jamais aimé admettre trop franchement l’existence du surnaturel. Ce serait presque un péché originel pour une saga bâtie sur l’idée que l’humanité avance par la connaissance, pas par la superstition. D’où l’intérêt de Division 12 : le nom dit assez, mais pas trop. Il ouvre une porte sans la franchir. Il laisse le lecteur, ou le spectateur, faire le boulot du vertige. Et dans une époque où la franchise multiplie les branches, les retours, les variations et les tentatives de relance, ce genre de détail vaut de l’or. Parce qu’il rappelle que Star Trek n’est pas seulement une usine à vaisseaux et à uniformes repassés : c’est aussi une fabrique de zones grises. Et parfois, les zones grises sont bien plus excitantes que les grandes révélations.

Alors oui, Division 12 ressemble à une simple mention de passage. Mais dans Star Trek, les détails qui traînent dans un couloir finissent souvent par faire des étincelles. On a connu pire manière de préparer un futur détour par l’inconnu. Et si la Fédération devait un jour ouvrir officiellement son bureau des affaires paranormales, on sait déjà qui on appellera pour tenir la lampe torche. Pas les Klingons, en tout cas. Eux, ils préféreraient sans doute casser la porte.

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