Dans X-Men ’97, Exodus n’arrive pas comme un simple nouveau méchant : il débarque en héritier tordu de Magneto, croisé mutant et chef de guerre à la morale en ruine. La série animée de Marvel Studios continue de faire ce qu’elle sait faire de mieux quand elle ne s’englue pas dans le fan service paresseux : ressortir des figures de comics que même une partie des lecteurs a laissées au fond du tiroir, puis les transformer en machines à conflit idéologique. Et là, on tient un beau morceau.
Diffusée sur Disney+, X-Men ’97 prolonge l’ADN de la série culte des années 1990 en reprenant ses grandes obsessions : la peur de l’autre, le séparatisme mutant, la tentation du messianisme violent. Dans l’épisode 7 de la saison 2, intitulé Strange Land, Savage Heart, la série remet au centre la question qui hante les X-Men depuis les débuts : comment défendre une minorité sans la faire basculer dans la logique de la forteresse assiégée ? C’est là qu’entre Exodus, mutant à la peau rouge, maniant l’épée et la télékinésie comme d’autres un sermon et un couperet. Dans les comics, le personnage apparaît en 1993 dans l’arc Fatal Attractions, période charnière où Marvel pousse Magneto vers une forme de radicalité qui a longtemps servi de carburant à la franchise. Ici, la série lui donne un terrain de jeu plus net, plus sec, plus politique. Exodus n’est pas juste un adversaire : c’est un miroir qui a mal tourné.
Et c’est précisément là que X-Men ’97 devient intéressante : elle ne ressort pas Exodus pour faire joli, elle s’en sert pour faire grincer la mécanique morale des mutants.
Le croisé de l’Antarctique, ou comment Marvel ressort un vieux fantôme
Dans la série, Exodus prend la tête des Acolytes of Magneto, groupe militant installé dans la Terre Sauvage, cette poche tropicale de l’Antarctique où Marvel adore planquer ses idées les plus délirantes. Le personnage est doublé par Bo Poraj et conserve ce mélange de solennité et de menace qui le rend immédiatement lisible : il parle comme un fanatique, agit comme un stratège, et se bat comme si chaque geste devait être une démonstration théologique. Dans les comics, son vrai nom est Bennet du Paris, un mutant français né au XIIe siècle, rendu immortel par Apocalypse. Oui, ça fait beaucoup. Oui, c’est exactement pour ça que ça fonctionne dans l’univers mutant.
La série ne déroule pas toute sa biographie, mais elle en laisse assez pour qu’on comprenne la logique du personnage : Exodus se pense en croisé, en gardien d’une cause sacrée, en soldat d’une séparation nette entre mutants et humains. Le détail n’est pas anodin, parce qu’il le place à l’opposé de Nightcrawler, dont la foi catholique sert ici de contrepoint moral. L’un brandit la religion comme une arme de purification, l’autre comme une discipline de compassion. Chez Marvel, les meilleurs combats ne se jouent jamais seulement à coups de poings.

Nightcrawler contre Exodus, ou le duel des bonnes intentions qui dérapent
Ce qui donne du nerf à Strange Land, Savage Heart, c’est moins le kidnapping de Graydon Creed que la confrontation entre deux visions du salut. Creed, candidat présidentiel et chef des Friends of Humanity, est lui-même un concentré de haine héréditaire et de violence familiale, puisqu’il est lié à Mystique et Sabretooth. Le personnage est donc déjà un nœud de rancœur, de filiation toxique et de rejet. Nightcrawler, lui, tente l’impossible : sauver un homme qui ne mérite pas d’être sauvé, ou du moins pas selon les standards habituels de la vengeance télévisuelle. C’est là que la série évite le piège du discours tiédasse sur la rédemption universelle. Kurt Wagner essaie, insiste, tend la main, mais il n’est pas assez naïf pour confondre miséricorde et aveuglement. Et franchement, ça fait du bien.
Exodus, de son côté, refuse toute nuance. Il veut la libération des mutants détenus par X-Factor, menace d’exécuter Creed, puis fait basculer la scène dans le chaos quand il attaque un allié trop hésitant. On retrouve alors ce que X-Men ’97 fait de mieux quand elle se souvient de son matériau : elle transforme une querelle de factions en débat sur la violence légitime. Colossus, réintroduit ici comme membre des Acolytes, ajoute une couche supplémentaire. Son basculement vers le séparatisme est lié au massacre de Genosha et à la mort de sa sœur Illyana, ce qui le rapproche de la logique de Fatal Attractions tout en lui laissant une part d’humanité que Exodus, lui, a visiblement rangée au vestiaire. Le résultat, c’est un conflit où personne n’a les mains propres, mais où certains ont clairement moins d’excuses que d’autres.
Magneto, l’ombre portée qui continue de salir les gants
Le plus malin, dans cette affaire, c’est que la série rappelle à quel point Magneto reste un aimant à ambiguïtés. Depuis des décennies, le personnage est devenu le totem préféré des fans qui aiment répéter que Magneto avait raison (ce qui est une manière assez commode d’oublier qu’il a aussi été un tyran, un fanatique, un homme prêt à tout faire sauter si l’histoire lui donnait tort). Exodus semble sortir de cette zone grise-là : il récupère l’autorité symbolique de Magneto sans sa capacité à douter, sa noblesse tragique ou sa mélancolie. Il prend le flambeau, mais en version brûlée vive.
Et c’est là que X-Men ’97 touche juste. En 2024, la série avait déjà montré qu’elle savait traiter le traumatisme collectif sans le réduire à un simple moteur d’épisode. Ici, elle prolonge cette ligne en faisant d’Exodus un révélateur : quand le chef charismatique disparaît, qui récupère l’idée ? Le philosophe ? Le soldat ? Le fanatique ? Le type qui transforme une cause en croisade ? La réponse, chez Marvel, n’a rien de rassurant. Mais elle a au moins le mérite d’être dramatique, ce qui n’est pas rien à l’heure où tant de franchises confondent tension et bruit de fond. Exodus n’est pas un simple ajout au bestiaire : c’est la preuve que les X-Men restent les meilleurs quand ils parlent de politique en costume.
Alors oui, on peut sourire devant l’épée, la téléportation, les dinosaures clonés et les sermons mutants. Mais derrière la démesure, X-Men ’97 continue de poser la bonne question : qu’est-ce qu’une cause devient quand elle cesse d’être défendue et commence à être possédée ? Et là, tout à coup, le rouge d’Exodus fait un peu plus froid dans le dos.
Bande-annonce VF de X-Men '97
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




