Warner Bros. et HBO Max ont sorti un nouveau coup de projecteur sur Lanterns, et cette fois le jeu n’est plus de cacher le monstre sous le tapis. Sinestro pointe enfin le bout de son anneau, pendant que la série laisse entrevoir ses vrais méchants : les Manhunters.
Dans le grand bazar du nouveau DC Universe, Lanterns n’est pas un simple spin-off de plus à empiler sur l’étagère. La série, pensée dès les premiers mouvements du chantier James Gunn, doit installer John Stewart, incarné par Aaron Pierre, et Hal Jordan, joué par Kyle Chandler, dans un récit de flics galactiques qui débarque au beau milieu de l’Amérique profonde. Le pitch sent déjà la poussière, le néon et le trauma cosmique : un meurtre dans le cœur des États-Unis, deux Lanterns qui fouillent là où ça pue, et un studio qui espère tenir là un de ses futurs fer de lance télévisuels. Le tout arrive après des mois de commentaires agacés sur l’esthétique, les costumes, le manque supposé de couleur, bref la petite musique habituelle dès qu’une adaptation ne sert pas le fan en mode buffet à volonté. Sauf que le trailer de Comic-Con vient rappeler un truc simple : DC n’a pas l’intention de jouer à cache-cache éternellement.
Le plus intéressant, c’est moins la promesse d’action que la manière dont la série choisit ses monstres. Sinestro, d’abord, revient comme une figure de mémoire et de rupture : ancien allié, futur adversaire, demi-dieu du contrôle qui a toujours eu un petit goût de catastrophe en costume jaune. Mais le vrai poison, celui qui semble structurer la saison, ce sont les Manhunters. Dans les comics, ces robots créés par Jack Kirby en 1975 dans 1st Issue Special #5 ont longtemps servi de démonstration froide de la logique des Gardiens : fabriquer des gardiens avant les Gardiens, puis constater que la machine finit toujours par dérailler. Autrement dit, Lanterns ne vend pas seulement un affrontement de super-héros ; elle vend une crise de confiance dans le système lui-même. Et ça, pour une franchise qui cherche encore sa colonne vertébrale, ce n’est pas un détail.
Le jaune, le vert et le reste du cauchemar
En apparence, le trailer corrige une partie des reproches adressés aux premières images : plus de créatures, plus de mythologie, plus de matière DC pure jus. On comprend mieux pourquoi la série a été surveillée de près par les fans, et pourquoi certains, dont Grant Morrison selon les échos relayés par Slashfilm, n’ont pas mâché leurs réserves. Mais on sait aussi comment ça fonctionne : tant qu’un projet n’a pas montré ses crocs, tout le monde s’improvise oracle. Puis l’extrait tombe, et soudain la conversation change de ton. Les Manhunters ne sont pas là pour faire joli, et Sinestro n’a jamais été un simple figurant de luxe. On tient peut-être enfin la série qui assume d’avoir des dents.

Le choix de Chris Mundy, passé par Ozark, en showrunner n’a rien d’anodin non plus. Il y a dans cette histoire un goût pour les territoires moraux brouillés, les institutions qui se fissurent, les hommes qui se regardent en chien de faïence avant de comprendre qu’ils sont déjà pris dans un engrenage plus vaste qu’eux. C’est exactement le type de matière qui peut faire respirer un univers étendu sans le transformer en PowerPoint géant. Et avec Kelly Macdonald, Garret Dillahunt, Poorna Jagannathan, Laura Linney, Jason Ritter, Ulrich Thomsen, J. Alphonse Nicholson et Jasmine Cephas Jones au casting, la série aligne une distribution qui n’a rien d’un simple décor de luxe. On sent la volonté d’installer un vrai drame, pas juste une succession de poses en CGI. Le genre de pari qui peut faire décoller un univers, ou lui tirer une balle dans le pied si le ton se dégonfle.
Une série qui veut faire peur à la bonne vieille formule
Dans la plus pure tradition des grandes machines de studio, Lanterns semble vouloir faire cohabiter deux promesses qui se bouffent souvent le nez : le récit policier et le mythe cosmique. D’un côté, un meurtre à élucider, une Amérique centrale filmée comme un terrain miné, une enquête qui doit avancer à hauteur d’homme. De l’autre, des créatures issues d’une mythologie DC que les lecteurs connaissent par cœur mais que le grand public n’a pas forcément fréquentée comme il faut. C’est là que la série peut devenir intéressante : si elle se contente d’aligner les références, on aura un énième produit de franchise. Si elle fait du Green Lantern une affaire de peur, de loyauté et de contamination morale, alors on peut commencer à tendre l’oreille.
Le calendrier, lui, ne laisse pas trop de place à la procrastination : Lanterns doit arriver sur HBO Max le 16 août 2026. À ce stade, le studio n’a plus vraiment le luxe du brouillard artistique. Il faut livrer, convaincre, et surtout prouver que ce pan du DC Universe peut exister sans se contenter de recycler les grands noms du catalogue. Sinestro est là, les Manhunters aussi, John Stewart et Hal Jordan entrent en scène, et l’ensemble sent moins la table rase que le chantier encore fumant. Reste à voir si la série va vraiment allumer la lanterne, ou juste nous faire cligner des yeux dans le noir.
Bande-annonce VF de Lanterns
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




