Le nouveau Jumanji ne se contente pas de recycler une franchise qui marche : il la pousse hors du plateau de jeu, dans notre monde, comme pour vérifier si la vieille mécanique tient encore debout quand on la secoue un peu.

À ce stade, Sony n’a plus vraiment besoin de vendre Jumanji comme une simple adaptation du livre de Chris Van Allsburg. Depuis le film de 1995 réalisé par Joe Johnston, puis le redémarrage malin de 2017 avec Jumanji: Welcome to the Jungle, la saga a changé de nature : elle est devenue une machine à rentabiliser les vacances de fin d’année, un de ces blockbusters qui avancent avec le sourire mais savent très bien où se trouve la caisse. Le quatrième opus, Jumanji: Open World, sortira aux États-Unis le 25 décembre 2026, et il arrive avec un argument de vente limpide : cette fois, ce sont les animaux et les avatars du jeu qui déboulent dans le réel, pas l’inverse. Voilà un petit déplacement de curseur qui change tout, ou presque.

Le casting reste dans les clous : Dwayne Johnson, Karen Gillan, Kevin Hart et Jack Black reprennent leurs rôles, tandis que Jake Kasdan revient à la réalisation et à l’écriture avec Jeff Pinkner et Scott Rosenberg. On retrouve aussi Alex Wolff, Morgan Turner, Ser’Darius Blain et Madison Iseman, autrement dit les corps d’origine qui servent de sas entre les mondes. Sony ne joue pas la table rase, loin de là. Le studio ressort sa formule, la polit un peu, et espère que le moteur tourne encore à plein régime. Bref, on n’est pas dans la révolution, on est dans la relance bien huilée.

Quand le jeu sort du jeu, ça change la donne

Le petit plaisir de Jumanji: Open World, c’est précisément ce renversement. Les deux films précédents avaient déjà trouvé leur rythme de croisière en faisant entrer des ados dans des avatars bodybuildés, avec tout ce que cela permettait de décalage entre identité réelle et façade héroïque. Ici, le scénario pousse le bouchon plus loin : le danger ne reste plus enfermé dans un monde parallèle, il s’invite dans le quotidien. C’est moins une suite qu’un déplacement de décor, et ce genre de pirouette, quand elle est bien tenue, peut redonner de l’air à une franchise qui commence à connaître ses propres tics.

Le trailer, lui, semble miser sur ce que la saga sait faire sans trop se prendre au sérieux : l’action lisible, les gags de corps, les échanges de répliques qui claquent, et cette petite couche de tendresse qui évite au tout de ressembler à un parc d’attractions sous stéroïdes. Jumanji: Welcome to the Jungle avait trouvé un équilibre assez rare entre comédie d’aventure et émotion discrète ; The Next Level était plus bancal, mais conservait une vraie chaleur humaine sous le vacarme. Si Open World garde ce dosage, on tient peut-être un blockbuster qui ne prend pas le spectateur pour un jambon. Ce qui, dans le genre, mérite déjà un petit salut.

Affiche de Jumanji: Open World
Affiche de Jumanji: Open World

Le flambeau, les vacances et la caisse enregistreuse

Il faut aussi regarder Jumanji: Open World pour ce qu’il est dans le calendrier hollywoodien : un film de Noël placé en embuscade au cœur d’une période saturée. La source de Slashfilm rappelle que le long métrage devra composer avec Avengers: Doomsday et Dune: Part Three en fin d’année. Autant dire que la concurrence ne va pas lui dérouler le tapis rouge. Mais Sony connaît la chanson. Les deux précédents volets de la nouvelle ère Jumanji ont très bien fonctionné en décembre, au point de transformer la franchise en valeur refuge du studio. La machine à fantasmes a ses habitudes, et les habitudes, à Hollywood, valent parfois plus qu’un grand discours.

Le cas Dwayne Johnson ajoute une couche de lecture assez savoureuse. L’acteur sort d’une période moins confortable, entre l’échec critique et commercial de certains projets récents et la difficulté à retrouver l’invincibilité qui collait à sa peau avant la pandémie. Le retour à Jumanji ressemble donc à un passage de relais à lui-même : Johnson revient sur un terrain où son charisme, son sens du tempo comique et sa présence physique fonctionnent encore sans forcer. C’est presque méta, et pas qu’un peu. Quand Hollywood doute, il ressort le demi-dieu en terrain connu.

Le livre, le film, la saga : le vrai labyrinthe

À force de parler de franchise, on oublie parfois que Jumanji vient d’un matériau bien plus modeste : l’album illustré de Chris Van Allsburg, publié en 1981, puis sa suite Zathura. Le premier film de 1995, avec Robin Williams, avait déjà pris des libertés franches avec l’esprit du livre, mais il gardait cette idée de jeu maudit qui ouvre une brèche dans le réel. La version de 2017 a, elle, eu l’intelligence de ne pas singer le passé : elle a transformé le plateau en jeu vidéo, donc en langage immédiatement lisible pour le public contemporain. Open World poursuit cette logique d’adaptation opportuniste mais futée, celle qui préfère la circulation des idées à la fidélité scolaire.

Et c’est sans doute là que la saga reste plus maligne que la moyenne des grosses machines familiales. Elle ne cherche pas à faire croire qu’elle est autre chose qu’un produit de studio, mais elle sait injecter juste assez de second degré, de camaraderie et de sentiment pour ne pas tourner à vide. Le risque, évidemment, c’est que la formule s’use. Mais tant que le film trouve une nouvelle manière de faire entrer le chaos dans la maison, on peut encore suivre la partie. Après tout, le vrai luxe d’un blockbuster, ce n’est pas de faire du bruit. C’est de savoir pourquoi il le fait. Et là, Sony a encore une carte à abattre.

Reste à voir si Jumanji: Open World saura transformer son idée de départ en vraie secousse ou en simple variation de plus sur une partition déjà bien rodée. Le 25 décembre 2026, on saura si la jungle a encore des dents. Ou si elle commence juste à ronronner un peu trop fort.

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