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    Nrmagazine » Steven Spielberg et Deep Impact : le blockbuster catastrophe qu’il a laissé filer
    Blog Entertainment 13 juillet 20266 Minutes de Lecture

    Steven Spielberg et Deep Impact : le blockbuster catastrophe qu’il a laissé filer

    Quand le maître du spectacle devait signer le film de comète de 1998, puis a passé la main à Mimi Leder
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    Avant de devenir le cousin sérieux d’Armageddon, Deep Impact a failli passer entre les mains de Steven Spielberg. Oui, encore lui : dans le grand bazar hollywoodien des années 1990, même les comètes avaient droit à un casting de prestige.

    À l’été 1998, Hollywood a sorti deux films jumeaux sur une menace venue du ciel. D’un côté, Deep Impact, mis en scène par Mimi Leder et porté par un budget de 80 millions de dollars ; de l’autre, Armageddon, signé Michael Bay, plus bruyant, plus clinquant, plus rentable aussi, avec 140 millions de dollars de budget et 553,7 millions au box-office mondial, contre 349,5 millions pour Deep Impact selon les chiffres relayés par la presse spécialisée. Le premier a joué la carte du drame collectif, du président dépassé, des sacrifices et des visages fermés. Le second a préféré la testostérone, les foreuses et le grand n’importe quoi assumé. On connaît la chanson : Hollywood adore décliner une même idée en deux tons différents, histoire de voir lequel mord le plus à la caisse.

    Et dans cette histoire-là, Spielberg n’était pas un simple figurant. D’après un article de Starlog Magazine cité par la presse américaine, il devait d’abord réaliser le film. Sauf qu’au même moment, il était absorbé par Amistad (1997), son drame historique, et il n’a pas pu lancer la machine assez vite. Résultat : Mimi Leder a récupéré la mise, Spielberg est resté producteur exécutif, et le film est arrivé en salles quelques mois avant Armageddon. Le vrai sujet n’est donc pas seulement un film de catastrophe : c’est une bataille de calendrier, de stratégie et d’ego hollywoodien.

    Quand la comète a changé de main

    Pour comprendre ce petit feuilleton, il faut remonter plus loin que 1998. Le projet a d’abord traîné dans les cartons dès les années 1970, quand Richard Zanuck et David Brown voulaient refaire When Worlds Collide (1951), le classique de Rudolph Maté. Le remake s’est enlisé faute de scénario satisfaisant, malgré des tentatives attribuées à Anthony Burgess et Stirling Silliphant. Puis, dans les années 1990, le dossier a ressuscité sous une autre forme : Spielberg achète les droits de The Hammer of God, roman d’Arthur C. Clarke publié en 1993, centré sur l’arrivée d’un astéroïde et les efforts pour le détourner. À partir de là, les deux idées se mélangent, le vieux projet de collision planétaire et la matière Clarke, pour donner naissance à Deep Impact.

    Ce genre de mutation dit beaucoup de Spielberg. Le cinéaste n’a jamais été seulement un faiseur de spectacles ; il a toujours aimé les récits où l’intime se cogne au monumental, où l’Histoire ou le cosmos viennent écraser des individus ordinaires. Dans Deep Impact, on retrouve cette logique, même sans sa mise en scène : un président incarné par Morgan Freeman, des familles sacrifiées, des visages d’enfants, des figures de responsabilité publique. C’est du Spielberg sans Spielberg, en quelque sorte. Une version déléguée du grand théâtre américain. Le film porte son empreinte, même quand sa caméra n’est plus la sienne.

    Mimi Leder, la remplaçante qui n’en est pas une

    On aurait tort de voir Mimi Leder comme une solution de secours. Avant Deep Impact, elle avait déjà réalisé The Peacemaker (1997) et signé plusieurs épisodes de séries solides comme L.A. Law, China Beach ou ER. Autrement dit, elle savait gérer la pression, les ensembles choraux et les récits qui doivent tenir debout sous la pluie de moyens. Deep Impact lui permet de passer à l’échelle supérieure sans renoncer à une certaine tenue. Là où Bay transforme l’apocalypse en parc d’attractions, Leder garde le film du côté du mélodrame de masse, avec un sens du cadre plus sobre et une vraie attention aux conséquences humaines.

    Affiche de Deep Impact
    Affiche de Deep Impact

    Ce n’est pas le film le plus aimé de son époque, et sa réputation critique reste tiède, avec un score de 45 % sur Rotten Tomatoes d’après les données citées par la presse américaine. Mais ce tiédissement dit aussi quelque chose de sa position intermédiaire : ni grand film d’auteur déguisé, ni machine à sensations totalement débridée. Un blockbuster de studio qui veut encore croire au sérieux, à la gravité, à la solennité même. Dans le Hollywood de la fin des années 1990, ce n’était déjà plus si courant. Mimi Leder a signé un film de catastrophe qui ne prend pas le public pour des jambons, et rien que ça, ça mérite qu’on s’y arrête.

    Deux comètes, un seul box-office

    La comparaison avec Armageddon reste inévitable, évidemment. Les deux films ont été lancés dans une fenêtre de sortie très resserrée, et la logique industrielle a fait le reste : le premier arrivé a souvent l’avantage, surtout quand les sujets se ressemblent à ce point. Richard Zanuck l’a compris très vite, au point de pousser pour accélérer la production de Deep Impact afin d’éviter d’être doublé. Le film de Leder a donc ouvert la marche d’environ trois mois. Mauvais calcul ? Pas vraiment. Mais pas assez pour écraser la concurrence.

    Car au box-office, Armageddon a gagné la bataille, même si Deep Impact a très honorablement résisté. Le film de Leder a rapporté 349,5 millions de dollars pour 80 millions investis, ce qui n’a rien d’un naufrage. Simplement, face à la machine Bay, à son marketing massif et à son goût du grand fracas, le film plus sobre a paru presque sage. Et Hollywood, on le sait, récompense rarement la pudeur quand le vacarme rapporte plus. Dans cette guerre des cailloux célestes, le sérieux a perdu contre le barouf, mais il n’a pas sombré.

    Spielberg, l’ombre portée

    Le plus amusant, dans l’affaire, c’est que Spielberg reste partout sans être là. Il a inspiré le projet, acheté les droits d’un roman de Clarke, validé la direction générale, puis laissé Mimi Leder tourner le film pendant qu’il finissait Amistad. Cette position de producteur en retrait lui permettait de garder un pied dans la porte, sans assumer les contraintes du tournage. Classique Spielberg, en somme : l’homme est souvent plus puissant quand il n’est pas officiellement aux commandes. C’est presque une spécialité maison.

    Et puis il y a cette idée, très hollywoodienne, qu’un film peut toujours renaître d’une autre forme. Deep Impact n’a pas crédité Arthur C. Clarke, puisque le long métrage s’est éloigné de The Hammer of God au point de devenir autre chose. Ce qui laisse la porte entrouverte à un éventuel retour du matériau initial, si un studio décidait un jour de relancer le chantier. Dans un système où les franchises recyclent tout, même les catastrophes cosmiques finissent par devenir des biens culturels en attente de nouveau passage au four. La comète est tombée, mais le projet, lui, flotte encore quelque part dans l’orbite de Spielberg.

    Alors oui, on peut toujours regarder Deep Impact comme le film qui a perdu la bataille du box-office face à Armageddon. Mais on peut aussi y voir autre chose : un objet de transition, pris entre deux Hollywoods, entre le prestige encore respectable et le blockbuster qui commence à se regarder dans le miroir en se trouvant très beau. Et ça, mine de rien, c’est déjà toute une époque. Le genre de période où même une fin du monde devait choisir son camp. Pas de bol pour les astéroïdes.

    Bande-annonce VF de Deep Impact

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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