On a beaucoup parlé de la fatigue des super-héros, mais il faut parfois appeler un chat un chat : certaines productions n’ont pas seulement épuisé le genre, elles l’ont carrément envoyé au tapis. À l’heure où Hollywood continue de bricoler ses franchises comme un gamin qui démonte sa console pour voir ce qu’il y a dedans, Rotten Tomatoes sert de thermomètre cruel : quand le score tombe dans les abysses, ce n’est plus un accident, c’est une alerte rouge.
Le sujet n’est pas anodin. Depuis le début des années 2000, le film de super-héros est devenu le fer de lance du box office mondial, avec des budgets de production qui ont grimpé, des budgets marketing qui ont parfois doublé la mise, et des studios persuadés qu’un costume moulant et trois explosions suffisaient à fabriquer de la mythologie. Sauf que le genre a aussi produit sa part de ratés monumentaux, de Catwoman (2004) à Max Steel (2016), en passant par des objets si bancals qu’ils semblent avoir été montés pendant une grève de la cohérence. Rotten Tomatoes, avec son Tomatometer et ses pourcentages impitoyables, ne dit pas tout, mais il a le mérite de rappeler une vérité simple : quand l’industrie confond licence et passe-droit, le public finit par décrocher. Et là, on ne parle plus de fatigue, on parle de ras-le-bol. Le super-héros n’est pas mort, mais certains de ses avatars ont été enterrés très profond.
Alors, qu’est-ce qui fait un mauvais film de super-héros ? Souvent, un mélange de casting mal pensé, de ton à côté de la plaque et d’un studio persuadé qu’il tient encore la poule aux œufs d’or.
Quand la cape devient un boulet
Catwoman, sorti en 2004 chez Warner Bros., reste le cas d’école du film qui a voulu capitaliser sur une icône sans comprendre ce qui faisait battre le personnage. Avec 8 % sur Rotten Tomatoes pour 195 critiques, le long métrage de Pitof a laissé une trace surtout pour ce qu’il n’a pas su faire : transformer une figure mythique en héroïne de cinéma digne de ce nom. Halle Berry n’y incarne même pas Selina Kyle, mais Patience Phillips, comme si le film avait déjà commencé par se tirer une balle dans le pied. Le résultat a beau avoir ses défenseurs de la mauvaise foi, il s’impose surtout comme un symptôme : celui d’une époque où les studios croyaient qu’un nom célèbre suffisait à masquer le vide.
Ce qui rend l’affaire encore plus savoureuse, c’est le contraste avec Batman Returns de Tim Burton, sorti en 1992, où Michelle Pfeiffer avait donné à Catwoman une épaisseur quasi tragique. Là, on passait du masque comme prolongement du désir au masque comme accessoire de cosplay mal éclairé. Le film de Pitof, lui, a surtout offert à la postérité un exemple de mise en scène qui confond sensualité et cadrage embarrassant. À ce niveau, on n’est plus dans l’adaptation, on est dans le contresens industriel.
Le masque tombe, le ridicule reste
Avec Son of the Mask en 2005, New Line Cinema a tenté le coup du prolongement sans Jim Carrey, ce qui revenait à vendre du jazz sans improvisation. Le film, réalisé par Lawrence Guterman, n’a récolté que 6 % sur Rotten Tomatoes, sur 102 critiques, et ce n’est pas un accident statistique : c’est la sanction d’un projet qui n’a jamais trouvé sa raison d’être. Là où The Mask de 1994 mêlait cartoon, chaos et sous-texte franchement plus sombre qu’on ne le retient souvent, cette suite a choisi la voie du brouet familial sans nerf ni invention.
Le plus cruel, c’est que le film ne se contente pas d’être plat ; il donne l’impression d’avoir été conçu par une machine à fantasmes en panne de courant. Jamie Kennedy y joue un père dépassé, un bébé se retrouve lié au masque, et l’ensemble s’enlise dans une logique de sketch étiré. Les critiques ont évidemment sorti les crocs, mais le vrai problème est ailleurs : un film de super-héros ou de super-pouvoirs sans énergie formelle, c’est juste une coque vide avec des effets numériques dessus.
Le zoom arrière qui n’aurait jamais dû exister
Zoom, sorti en 2006, coche toutes les cases du projet mal calibré. Sony Pictures Releasing y aligne Tim Allen, Courteney Cox et Chevy Chase dans une comédie d’action familiale qui n’a jamais trouvé son public ni sa vitesse de croisière. Avec 5 % sur Rotten Tomatoes, le film s’est retrouvé au fond du bac à sable critique, et on comprend pourquoi : il veut être à la fois film de super-héros, aventure pour enfants et satire légère, sans jamais choisir. Résultat, ça flotte, ça patine, ça s’éparpille.
Le plus intéressant, c’est que ce type d’échec dit beaucoup de l’époque. Au milieu des années 2000, Hollywood cherchait encore la bonne formule pour transformer les comics en produits transgénérationnels, avant que Marvel ne verrouille la recette avec une précision de comptable. Zoom arrive trop tôt, ou trop tard, selon l’humeur, mais surtout sans idée claire de son identité. Un blockbuster sans ligne de force, c’est un manège sans rails. On tourne, on tourne, et on finit juste nauséeux.
Shaq en armure, et le reste en vrac
Avec Steel en 1997, Warner Bros. a tenté une autre forme de pari : faire de Shaquille O’Neal une tête d’affiche de super-héros. Sur le papier, il y avait quelque chose d’assez gonflé dans l’idée. Dans les faits, le film de Kenneth Johnson n’a obtenu que 4 % sur Rotten Tomatoes, sur 24 critiques, et s’est imposé comme un souvenir surtout utile pour les émissions consacrées aux naufrages hollywoodiens. Le costume paraît sorti d’un rayon déguisement, la mise en scène avance à pas de plomb, et l’ensemble donne l’impression d’un projet qui n’a jamais trouvé son tempo.
Mais Steel mérite mieux que le simple mépris rétrospectif, et c’est bien là le piège. Le film a au moins le mérite d’exister comme tentative précoce de mettre en avant un super-héros noir au cinéma, à une époque où le genre restait encore très verrouillé. Le problème, c’est qu’il ne transforme jamais cette intention en cinéma convaincant. Il y a du cœur, oui, mais pas assez de nerf, pas assez de style, pas assez de chair. Le péché originel, ici, n’est pas l’ambition : c’est l’absence de vision.
Le zéro pointé, ou l’humiliation totale
Le cas de Max Steel, sorti en 2016, est presque trop parfait pour être honnête. Open Road Films a misé sur une adaptation de jouet Mattel avec un budget de production de 10 millions de dollars, pour seulement 6,3 millions de recettes au box office. Autrement dit, le film n’a même pas eu le temps de faire semblant de respirer. Sur Rotten Tomatoes, il a décroché 0 % sur 21 critiques, ce qui revient à une condamnation sans appel. Pas une seule voix positive pour sauver la façade.
Le plus triste, c’est qu’on sent bien ce que le film voulait être : une aventure jeunesse avec un ado fusionnant avec une entité extraterrestre pour devenir un héros techno-organique. Sur le papier, ce n’est pas absurde. Mais à l’écran, tout semble suspendu, mou, sans urgence ni invention. Christy Lemire, sur RogerEbert.com, résumait l’affaire en soulignant qu’un film tiré d’un jouet devrait être bien plus ludique ; Sam Fragoso, pour TheWrap, parlait d’un blockbuster amorphe qui reste en l’air sans jamais décoller. Et là, difficile de lui donner tort. Quand même le concept de base n’a pas l’air motivé, le film devient un simple objet de collection pour les amateurs de catastrophes.
Au fond, cette petite galerie de désastres raconte moins l’échec d’un genre que sa saturation progressive. Le cinéma de super-héros a longtemps prospéré parce qu’il savait promettre le vertige ; il a commencé à se fatiguer le jour où il a cru que l’empilement des licences suffisait à produire du désir. Rotten Tomatoes ne fait que mettre des chiffres sur cette usure. Et franchement, on aurait tort de s’en plaindre : parfois, il faut bien qu’un Tomatometer se mette à tousser pour rappeler à Hollywood qu’une cape ne remplace ni une idée, ni une mise en scène, ni un vrai film. Sinon, on finit avec des zéros pointés et des studios qui font semblant de ne pas comprendre. Classique.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




