Un film original avec Anne Hathaway et Ewan McGregor d’un côté, une franchise enfantine blindée de l’autre : sur le papier, le duel a tout d’un petit cirque de fin d’été. Sauf qu’au box-office, ce genre de bataille dit souvent plus sur l’état d’Hollywood que sur les dinos eux-mêmes.
À l’heure où l’été 2026 a déjà bien rempli les caisses des salles, le calendrier réserve encore quelques cartouches avant la rentrée. Et parmi elles, ce face-à-face a quelque chose de délicieusement tordu : The End of Oak Street, chez Warner Bros., contre Paw Patrol: The Dino Movie, chez Paramount. D’un côté, un long métrage de science-fiction original, pensé pour un public adulte, avec des créatures qui croquent du voisin de banlieue. De l’autre, une machine familiale adossée à une franchise déjà installée, calibrée pour les enfants, les parents épuisés et le merchandising qui va avec. Le contraste est si net qu’on croirait presque à un exercice de stratégie en école de commerce (sauf qu’ici, les T-rex ont des dents).
Selon les estimations relayées par Box Office Theory, The End of Oak Street viserait un démarrage domestique entre 30 et 45 millions de dollars, quand Paw Patrol: The Dino Movie serait plutôt attendu entre 14 et 19 millions. Sur le papier, le film de Warner peut donc l’emporter au premier week-end. Mais le box-office adore les faux amis : la première place n’est pas toujours la vraie victoire. La vraie question, c’est qui a le meilleur rapport entre risque pris et argent récupéré.
Quand la sécurité a des dents de lait
Pour Paramount, le calcul est presque obscène de simplicité. La saga Paw Patrol n’a pas besoin d’un démarrage tonitruant pour justifier son existence : les budgets restent sages, avec un coût de production de 30 millions de dollars pour Paw Patrol: The Mighty Movie en 2023. Le précédent film avait ouvert à 22,7 millions de dollars avant de grimper à 201,7 millions dans le monde, ce qui, dans le jargon des studios, s’appelle une opération propre. Pas besoin de faire le malin : la franchise travaille au corps le marché familial, l’exploitation internationale et les ventes annexes. Chez Paramount, le vrai monstre sacré, c’est la rentabilité.
Il faut dire que le terrain lui est favorable. Les films d’animation pour enfants ont souvent de longues jambes en salles, surtout quand ils s’appuient sur une marque connue. Et puis il y a ce petit détail que les analystes aiment beaucoup : les jouets, les sacs à dos, les goûters, les pyjamas, tout ce bazar qui transforme un film en poule aux œufs d’or. Même si The Dino Movie ne finit pas numéro un, il peut très bien faire sa vie tranquillement, sans se prendre une balle dans le pied. Le box-office, ici, n’est qu’un des étages de la fusée.
Warner joue gros, et pas qu’un peu
En face, The End of Oak Street n’a pas ce luxe. Le film de David Robert Mitchell, réalisateur de It Follows, repose sur une idée de science-fiction à haut concept : un événement cosmique propulse un quartier pavillonnaire dans un monde peuplé de dinosaures hostiles. Le genre de pitch qui peut faire vendre une bande-annonce en quinze secondes, mais qui demande ensuite de tenir la route sur 85 millions de dollars de budget de production. Autant dire qu’on n’est plus dans le petit pari malin, mais dans le gros coup de poker. Warner n’a pas acheté un ticket de loto, elle a misé la maison.

Le casting aide à faire monter la température : Anne Hathaway, qui sort de deux gros succès annoncés avec The Devil Wears Prada 2 et The Odyssey, et Ewan McGregor, toujours capable de donner un peu de gravité à n’importe quel chaos numérique. Côté équation commerciale, le film peut aussi compter sur un argument classique : les dinosaures voyagent bien à l’international. Mais il y a un hic, et pas des moindres. Le précédent film de Mitchell, Under the Sea Lake, avait été repoussé puis expédié en VOD après une longue attente. Pas exactement le genre de trajectoire qui inspire une confiance aveugle. On a vu plus rassurant comme carte de visite.
Le syndrome du “presque” ou la loi du troisième week-end
À ce stade, le vrai concurrent n’est même pas l’autre dinosaure. C’est Spider-Man: Brand New Day, déjà au-dessus du milliard de dollars dans le monde et toujours solidement accroché au sommet lors de son troisième week-end. Voilà le piège : même si The End of Oak Street gagne son duel interne, il peut rester coincé dans une zone de confort très relative. Le box-office est une affaire de comparaison permanente, et les studios le savent mieux que personne. On peut sortir vainqueur d’un week-end et quand même rentrer avec une gueule de bois.
Pour Warner, le seuil symbolique est clair : il faut viser au moins 200 millions de dollars mondiaux pour commencer à parler de succès en salles. Et encore, on parle d’un minimum syndical, pas d’un triomphe en lettres d’or sur le fronton du studio. Le précédent 65 avait plafonné à 60 millions de dollars dans le monde avec un budget de 45 millions, ce qui rappelle à quel point les dinosaures non jurassiques peuvent se casser les dents sur le marché. Le péché originel de ce type de projet, c’est de croire qu’un bon concept suffit à remplir les salles.
À l’inverse, Paw Patrol: The Dino Movie peut presque se permettre d’être modeste. Son budget discret, sa marque déjà connue, sa circulation internationale et son potentiel merchandising lui offrent une marge de manœuvre que Warner n’a pas. C’est là que le duel devient intéressant : le film le plus bruyant n’est pas forcément le plus solide, et le plus sage n’a pas besoin de fanfaronner. Dans cette histoire, les dents les plus visibles ne sont pas forcément les plus dangereuses. Le box-office adore les surprises, mais il récompense surtout les machines bien huilées.
Le 14 août 2026, les salles verront donc débarquer deux dinosaures très différents, l’un taillé pour le pari, l’autre pour la durée. Et si l’on devait parier un café au comptoir de la rédaction, on dirait que le vrai suspense n’est pas de savoir lequel fera le plus de bruit, mais lequel aura encore de l’essence dans le réservoir trois semaines plus tard. Le cinéma industriel adore les affrontements de façade ; au fond, il ne juge qu’une chose : qui tient la distance sans se faire dévorer. Et là, franchement, la partie n’est pas si simple.
Bande-annonce VF de La fin d’Oak Street
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




