Le film de James Gunn n’a pas eu le temps de s’installer en salles qu’il file déjà sur les plateformes : Supergirl atterrit en VOD le 28 juillet 2026, comme si Krypton avait raté sa correspondance.

En apparence, on pourrait réduire l’affaire à un simple calendrier de sortie. En réalité, cette arrivée express dit beaucoup plus sur l’état du box-office super-héroïque, sur la nervosité des studios et sur la façon dont DC Studios tente de construire son nouvel échiquier sans s’agenouiller devant chaque score du week-end. Supergirl, porté par Milly Alcock dans la peau de Kara Zor-El, s’inscrit dans la continuité du Superman de James Gunn, avec une relecture du mythe kryptonien qui insiste sur la famille, l’héritage et les lignes de fracture entre les survivants de la planète détruite. Le film adapte Supergirl: Woman of Tomorrow de Tom King, l’un des comics les plus commentés de ces dernières années, avec un parfum de western spatial et de chaos galactique qui lorgne du côté de Mad Max: Fury Road sans jamais s’excuser d’être un objet de genre. Et puis il y a Jason Momoa en Lobo, ce demi-dieu de baston qui débarque comme un caillou dans la chaussure du DCU. Forcément, ça attire l’œil. Mais au box-office, l’œil ne suffit pas toujours.

Le vrai sujet, ici, c’est moins la sortie maison que la manière dont Supergirl devient déjà un cas d’école industriel.

Le vol retour, sans escale ni tapis rouge

Warner Bros. Discovery a fixé la mise à disposition numérique au 28 juillet 2026 sur les principales plateformes de VOD, puis la sortie physique au 8 septembre 2026 en 4K UHD, Blu-ray et DVD. Autrement dit, le film passe très vite de l’exploitation en salles à la fenêtre de diffusion domestique, ce qui n’a rien d’anodin quand on parle d’un long métrage censé porter une partie du nouvel univers DC. Ce n’est pas une punition, c’est un symptôme. Les studios savent parfaitement qu’un blockbuster peut encore exister hors des salles, mais ils savent aussi qu’un démarrage trop mou transforme aussitôt le récit promotionnel en petit théâtre de la déception. Et là, l’équipe de la rédaction sort le pop-corn : on a déjà vu ce film-là, avec d’autres costumes et d’autres logos.

Le film n’est pas présenté comme un naufrage historique, loin de là, mais comme un résultat en dessous des attentes. Peter Safran, co-dirigeant de DC Studios, a d’ailleurs réagi publiquement à la performance en salles. Ce genre de prise de parole n’arrive jamais par hasard : quand un studio commente le box-office, c’est qu’il sait que le bruit court déjà plus vite que la pellicule. Dans l’industrie, un flop n’est jamais seulement un flop : c’est un argument de conversation, un prétexte à éditoriaux, un carburant à mauvaise foi.

Kara Zor-El, version rage et cicatrices

Ce qui rend Supergirl plus intéressant que le simple mot “déception”, c’est son personnage central. Milly Alcock, révélée au grand public par House of the Dragon, y compose une Kara moins solaire, plus cabossée, presque programmée pour l’autodestruction. On est loin de la cousine idéale qu’on attend souvent dans l’imaginaire kryptonien. Ici, l’écriture insiste sur la différence entre les parents de Kara et ceux de Clark, histoire de rappeler qu’un même peuple peut produire des héritages radicalement opposés. C’est malin, parce que ça évite le contresens du “même origine, même destin”. Le film parle de filiation, oui, mais aussi de ce qu’on fait d’un héritage quand il arrive en vrac, avec les valises et les fantômes.

Affiche de Supergirl
Affiche de Supergirl

Tom King, en signant Supergirl: Woman of Tomorrow, avait déjà injecté dans le matériau une mélancolie sèche, presque brutale, qui cassait l’image d’Épinal de la super-héroïne en pilotage automatique. L’adaptation semble conserver cette énergie-là, avec des paysages sci-fi plus sauvages, des créatures plus tordues et une tonalité plus erratique qu’un simple produit de franchise calibré pour rassurer tout le monde. Et c’est précisément ce qui fait la différence entre une extension d’univers paresseuse et un vrai pari de mise en scène. Kara n’est pas là pour faire joli sur l’affiche ; elle est là pour prendre des coups et en rendre.

Le DCU, cette machine qui refuse de rester sage

Autre valeur à garder en tête : Supergirl n’existe pas en vase clos. Le film continue de bâtir le DC Universe lancé par James Gunn et Peter Safran, avec cette idée très hollywoodienne qu’un échec relatif ne condamne pas la franchise entière. C’est presque rafraîchissant, à une époque où chaque résultat est aussitôt traité comme un verdict sur l’avenir du cinéma de super-héros tout entier. Oui, les commentateurs ressortent immédiatement les mêmes discours sur les films de super-héroïnes qui “ne marcheraient pas” (la rengaine est usée jusqu’à la corde, mais elle revient toujours, comme un vieux disque rayé qui adore se croire prophétique). Sauf que le vrai problème se niche souvent ailleurs : positionnement, fatigue du public, concurrence, saturation du marché, et ce bon vieux péché originel des studios qui veulent encore faire croire qu’un film peut porter seul le poids d’un univers étendu.

DC, lui, joue une autre carte : multiplier les tonalités, les formats, les monstres sacrés et les bizarreries. Clayface et Dynamic Duo sont déjà dans le viseur, avec des promesses formelles qui témoignent d’une stratégie moins monolithique que par le passé. On peut trouver ça prudent, ou au contraire assez gonflé. Dans les deux cas, ce n’est pas la politique du “tout pareil” qui domine. Le DCU ne veut pas être une usine à clones ; il veut ressembler à une boîte à surprises.

À la maison, le chaos prend une autre saveur

Voir Supergirl en VOD, c’est aussi accepter un autre rapport au film. En salle, le spectacle repose sur la démesure, sur l’échelle, sur la collision entre les corps et les mondes. Chez soi, on regarde davantage les coutures, les choix de rythme, les ruptures de ton, les idées qui débordent un peu du cadre. Et c’est là que le film peut gagner en densité : moins comme événement de box-office que comme objet de mythologie en train de se fabriquer. Jason Momoa en Lobo, par exemple, prend sans doute une autre dimension quand on le revoit hors du vacarme de la salle, comme un sale gosse intergalactique venu rappeler que le DCU ne compte pas seulement des figures nobles, mais aussi des saletés délicieuses. Et franchement, ça fait du bien.

Le calendrier domestique est donc limpide : 28 juillet 2026 en numérique, 8 septembre 2026 en édition physique. Entre les deux, le film aura déjà commencé sa vraie deuxième vie, celle des relectures, des débats de comptoir et des classements maison. Parce qu’au fond, les super-héros ne meurent presque jamais ; ils changent juste de fenêtre. Et Supergirl, elle, vient de passer la sienne en grand angle.

Bande-annonce VF de Supergirl

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