Christopher Nolan revient avec The Odyssey, et la vraie question n’est pas de savoir s’il va encore humilier le box-office. C’est plus trivial, plus moderne, presque vulgaire : y a-t-il une scène post-générique ? Réponse courte, sèche, sans petit cadeau de dernière minute.
Depuis Oppenheimer en 2023, le cinéaste britannique a retrouvé la position qu’il n’a jamais vraiment quittée : celle du grand ordonnateur du blockbuster prestige, capable de faire cohabiter l’IMAX, la gravité historique et les chiffres qui donnent des sueurs froides aux comptables des studios. Le film avait dépassé les 950 millions de dollars de recettes mondiales et raflé l’Oscar du meilleur film, preuve qu’on peut encore faire du cinéma de masse sans le réduire à une usine à clins d’œil. Avec The Odyssey, sorti en salles le 17 juillet 2026 chez Universal Pictures, Nolan s’attaque à Homère avec Matt Damon en Ulysse et une distribution qui ressemble à un dîner de gala chez les demi-dieux : Tom Holland, Anne Hathaway, Robert Pattinson, Lupita Nyong’o, Zendaya, Charlize Theron. Du lourd, du très lourd. Et justement, dans ce genre de machine, on pourrait s’attendre au petit morceau de bravoure final qui vient vendre une suite ou un spin-off. Sauf que non.
Pas de dessert après le banquet
Dans The Odyssey, il n’y a aucune scène post-générique. Rien à attendre une fois le récit terminé, pas de bout d’image planqué pour faire monter la sauce, pas de promesse de prolongement, pas de petit crochet marketing pour retenir le spectateur dans son siège comme un pigeon devant une vitrine. Nolan referme la porte avant que les noms défilent. C’est net, presque brutal, et surtout parfaitement raccord avec sa manière de penser le cinéma : l’œuvre doit tenir debout seule, sans béquille, sans appât, sans ce petit parfum de franchise qui a contaminé tant de blockbusters des années 2010.
On peut y voir une forme de politesse ancienne, celle du film qui se suffit à lui-même. Dans le Hollywood contemporain, où la scène post-crédits est devenue une monnaie d’échange, un code de lecture, parfois même un test de patience, Nolan choisit la table rase. Pas de teasing, pas de numéro de téléphone à rappeler plus tard, pas de “revenez la semaine prochaine”. Le film se termine quand il se termine, et c’est déjà presque un acte de résistance.
Le mythe sans mode d’emploi
Ce refus du bonus final n’a rien d’anodin. Nolan a toujours travaillé contre l’idée que le cinéma doive se plier aux réflexes de consommation les plus paresseux. On l’a vu avec The Dark Knight et Inception, où la fermeture du récit compte autant que son vertige, et plus encore avec Oppenheimer, qui transformait un sujet réputé aride en blockbuster de trois heures sans jamais céder au gadget. Avec The Odyssey, il applique la même logique à la mythologie grecque : pas besoin de préquelle déguisée ni de promesse d’univers étendu. Ulysse rentre, ou n’entre pas, mais il ne revient pas pour annoncer la saison 2.

Il faut dire que le matériau s’y prête mal. L’épopée homérique n’a pas besoin d’être “lancée” comme une franchise. Elle existe déjà depuis des siècles, merci pour elle. Nolan ne fabrique pas une nouvelle poule aux œufs d’or, il s’empare d’un monument littéraire pour le faire passer dans la machine IMAX avec le poids, la texture et la crédibilité qu’il revendiquait déjà en parlant de son envie de filmer la mythologie autrement. L’idée, selon ses propres mots rapportés par la presse américaine, était de donner à ce type de récit une ampleur que le grand spectacle n’avait pas encore vraiment atteinte. Le bonhomme ne fait pas dans le clin d’œil, il vise l’Olympe. Et l’Olympe, par définition, n’a pas besoin de scène cachée au fond du générique.
Le lobby peut attendre
Alors oui, on peut quitter la salle dès que les crédits démarrent. Pas de piège, pas de fausse sortie, pas de “restez assis, il y a encore un truc”. C’est presque reposant. Dans un paysage où tant de films se comportent comme des bandes-annonces de leur propre avenir, The Odyssey assume de n’être qu’un long métrage, au sens noble et un peu archaïque du terme : une œuvre qui avance, qui conclut, qui laisse le spectateur avec sa résonance plutôt qu’avec un QR code mental vers la suite.
Et puis, soyons honnêtes, Nolan n’a jamais eu besoin de ce genre de béquille pour faire parler de lui. Son cinéma repose sur autre chose : la construction, la tension, la monumentalité, cette façon très particulière de transformer une idée abstraite en expérience physique. Ici, le pari est limpide. Un mythe antique, un budget A-list, une sortie mondiale, un format de projection pensé pour l’impact maximal, et zéro scène bonus pour faire semblant de prolonger le plaisir. Le film dit tout avant le générique, et c’est peut-être la chose la plus nolanienne du monde.
Reste une question, la seule qui vaille vraiment : dans une industrie obsédée par le “et après ?”, combien de cinéastes ont encore le culot de répondre “rien” ?
Bande-annonce VF de L'Odyssée
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




