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    Nrmagazine » Ajay Devgn revient au casse-cou avec Chauhaan
    Blog Entertainment 25 juin 20266 Minutes de Lecture

    Ajay Devgn revient au casse-cou avec Chauhaan

    Un film d’action, un premier duo avec Aanand L. Rai et un clin d’œil filial qui sent la poudre
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    Ajay Devgn remet les gants et les gnons avec Chauhaan, un film d’action présenté par Jio Studios et monté avec Colour Yellow. Et comme Bollywood adore les gestes symboliques quand ils tombent juste, l’annonce a été calée sur l’anniversaire de Veeru Devgan, son père, cascadeur et directeur d’action disparu en 2019.

    Il y a là plus qu’un simple lancement de projet. Devgn, qu’on a souvent associé à une virilité de granit et à une économie du geste qui préfère le coup de poing au discours, revient dans une zone où il excelle depuis des années : le cinéma de genre physique, frontal, sans bavardage inutile. À 55 ans, l’acteur continue d’occuper une place à part dans le star system hindi, entre monstre sacré du box office et figure presque artisanale du film d’action, celui qui sait encore vendre une baston comme d’autres vendent un monologue. Et dans une industrie où le spectacle se recycle à la chaîne, ça compte. Beaucoup.

    Le choix du jour n’a rien d’anodin non plus. En dévoilant le titre le jour de la naissance de Veeru Devgan, la production ne se contente pas de faire dans le souvenir familial : elle rattache Chauhaan à une lignée, à une grammaire du cinéma d’action qui a longtemps été pensée en termes de cascades, de chorégraphie et de risque réel. Veeru Devgan, figure majeure de l’action à Bollywood, a façonné une partie de l’imaginaire physique de plusieurs générations de spectateurs. Son fils n’a jamais vraiment quitté cette filiation. Il l’a transformée en capital de star. Chez Devgn, le poing est aussi une signature familiale.

    Le retour du dur à cuire, version studio

    Ce qui rend Chauhaan intéressant, ce n’est pas seulement son positionnement d’“action entertainer”, formule assez large pour contenir à peu près tout et son contraire. C’est la combinaison des forces en présence : Jio Studios, mastodonte qui a appris à jouer sur tous les tableaux du marché indien, et Colour Yellow, la bannière de Aanand L. Rai, cinéaste plus souvent associé aux mélodrames décalés, aux personnages cabossés et à une certaine tendresse sociale. Là, on ne parle pas d’un simple film de poings. On parle d’un croisement de territoires. Quand le cinéma d’action rencontre un auteur du déséquilibre émotionnel, on peut obtenir un bel accident ou un vrai coup de fusil.

    Le fait que ce soit la première collaboration entre Ajay Devgn et Aanand L. Rai ajoute une petite tension bienvenue. Rai n’est pas du genre à filmer les corps comme de simples machines à encaisser. Même quand il s’approche du grand spectacle, il aime les fissures, les contradictions, les marges. Devgn, lui, a bâti une partie de sa légende sur l’inverse : la retenue, la densité, la menace contenue. Le film a donc tout d’un test de chimie. Pas le genre de duo qu’on assemble pour faire joli sur l’affiche et basta. On sent plutôt une tentative de faire passer le flambeau d’un cinéma d’action purement démonstratif vers quelque chose de plus incarné. Enfin, si le scénario suit. Sinon, on aura juste des ralentis et des mâchoires serrées. Ce qui, soyons honnêtes, n’est déjà pas si mal.

    Veeru, Ajay et la petite musique des héritages

    Le sous-texte familial n’est pas un gadget de communication. Dans le cinéma indien, les dynasties ne sont pas un accident de parcours mais une structure de pouvoir, un mode de circulation des rôles, des capitaux et des mythologies. Ajay Devgn n’est pas seulement l’héritier d’un nom : il est l’un des rares acteurs de sa génération à avoir transformé cet héritage en identité propre, sans se dissoudre dans le clinquant de ses contemporains. Là où d’autres ont joué la surenchère, lui a souvent préféré la masse, le silence, la brutalité sèche. Il n’a jamais eu besoin de faire le mariole pour imposer sa présence.

    Le titre Chauhaan, à lui seul, ouvre aussi une piste de lecture sociale. Le cinéma hindi adore les noms qui portent une appartenance, une caste, une région, un passé. Même sans en savoir davantage sur l’intrigue, on devine déjà un personnage chargé d’identité, donc de conflit. Et c’est précisément là que Devgn peut faire des merveilles : dans ces figures de type homme d’honneur, taiseux, parfois à la lisière de la légende populaire. On le voit presque déjà avancer dans un cadre en feu, regard fixe, épaules basses, pendant que tout le monde autour s’agite comme des poules sans tête. Le bon vieux cinéma de la tension musculaire, quoi.

    Bollywood, la baston et le business des retours

    À l’échelle du marché, un projet comme Chauhaan s’inscrit dans une logique limpide. Bollywood continue de chercher des têtes d’affiche capables de rassurer les salles tout en offrant un récit de genre immédiatement vendable. Les films d’action restent l’une des poules aux œufs d’or de l’industrie indienne, surtout quand ils s’appuient sur une star dont le public connaît déjà les codes. Ajay Devgn, avec sa filmographie qui alterne succès commerciaux et paris plus inégaux, reste un pari relativement sûr pour les producteurs qui veulent du muscle au box office sans s’en remettre uniquement à la nostalgie.

    La vraie question, évidemment, sera celle du dosage. À force de vouloir conjuguer prestige de studio, aura d’auteur et promesse de spectacle, beaucoup de projets finissent en compromis tiède. Mais si Chauhaan parvient à tirer parti de la gravité de Devgn et du sens du cadre de Rai, il pourrait éviter le piège du film d’action générique. On a déjà vu trop d’opus qui confondent volume sonore et intensité dramatique. Ici, au moins, il y a une promesse de collision entre deux manières de fabriquer du cinéma populaire. Et ça, dans une industrie qui adore les formules, ça a un petit goût de prise de risque. Reste à voir si le film choisira la déflagration ou la posture.

    En attendant, l’annonce suffit à rappeler une chose assez simple : Ajay Devgn n’a pas besoin de courir après la mode pour rester dans le jeu. Il lui suffit de revenir là où il sait frapper juste. Le reste, comme toujours, dépendra du montage, des cascades et de ce moment très précis où le cinéma d’action cesse d’être du bruit pour devenir une présence. Et ça, mine de rien, ce n’est pas donné à tout le monde.

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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