Chez James Gunn, rien ne se perd, tout se recycle, et parfois un personnage qu’on croyait rangé au rayon des paris commerciaux revient par la grande porte. Blue Beetle, incarné par Xolo Maridueña, doit réapparaître dans Man of Tomorrow, le sequel direct de Superman : voilà le genre de mouvement qui dit beaucoup plus sur la stratégie DC que sur un simple caméo.
Pour remettre les pendules à l’heure, Gunn a déjà expliqué que Blue Beetle ouvrait symboliquement la danse du nouveau DC Universe, tandis que Superman en serait le premier long métrage pleinement assumé comme tel. Le film de 2023, réalisé par Ángel Manuel Soto, a rapporté 130,8 millions de dollars dans le monde pour un budget de production annoncé à 125 millions. Pas exactement la poule aux œufs d’or que Warner espérait, mais pas non plus le naufrage qu’on aurait voulu lui coller sur le front. Surtout, le personnage a trouvé sa vraie vie ailleurs : en streaming, où le bouche-à-oreille a fait le sale boulot que la sortie en salles n’avait pas totalement réussi à enclencher. Autrement dit, DC ne rappelle pas Blue Beetle par nostalgie : il le rappelle parce qu’il a encore une carte à jouer dans un échiquier qui cherche désespérément sa cohérence.
Le retour de Xolo Maridueña n’a rien d’anodin. Le jeune acteur, révélé au grand public par Cobra Kai, a déjà donné à Jaime Reyes une énergie de garçon ordinaire propulsé dans une machine à fantasmes intergalactique. Et c’est précisément là que le personnage fonctionne : pas comme un demi-dieu de marbre, mais comme un héros de proximité, encore relié à une famille, à une classe sociale, à une forme de vulnérabilité très terrestre. Dans un DCU qui veut passer du grand bazar de l’ancien régime à une architecture plus lisible, Blue Beetle peut servir de passerelle. Le genre de pièce qu’on ne remarque pas toujours d’abord, mais qui tient le pont quand tout le reste veut s’écrouler. Le film ne ramène pas seulement un costume : il réinjecte du lien dans une franchise qui en manque souvent.
Le retour du scarabée, ou comment Gunn préfère les pièces rapportées aux vitrines vides
À ce stade, Man of Tomorrow reste tenu sous clé, ce qui n’empêche pas les indices de s’accumuler. On sait que Nicholas Hoult y arborera le Warsuit de Lex Luthor, que Superman de David Corenswet fera équipe avec lui pour affronter Brainiac, incarné par Lars Eidinger, et que le chantier est encore en cours de tournage. Dans ce décor, l’arrivée de Blue Beetle suggère moins une simple apparition qu’une logique de brassage : Guy Gardner, Mister Terrific, Hawkgirl, peut-être John Stewart, et maintenant Jaime Reyes. L’équipe de la rédaction, qui adore compter les super-héros comme d’autres les points de pénalité, voit bien la manœuvre. Gunn construit un univers où chaque personnage sert de contrepoids au voisin, histoire d’éviter la table rase totale à laquelle l’ancien DCEU nous avait habitués. On n’est pas dans le grand geste mythologique, mais dans l’assemblage de pièces vivantes.

Il faut dire que Gunn a toujours eu un faible pour les marginaux, les bras cassés, les héros qui avancent avec un sourire de travers. C’est ce qui faisait déjà battre le cœur de Les Gardiens de la Galaxie chez Marvel, et c’est sans doute ce qu’il tente de greffer au DCU : moins de statues, plus de chair, moins de solennité, plus de friction. Blue Beetle, avec son mélange d’héritage familial, d’artefact alien et de coming-of-age déguisé en blockbuster, coche précisément cette case. S’il revient, ce n’est pas pour faire joli : c’est parce qu’il peut encore faire circuler un peu de sang dans une franchise qui en a besoin.
Une franchise qui apprend à respirer entre deux explosions
Le cas Blue Beetle est intéressant parce qu’il raconte aussi l’époque. En 2023, les super-héros n’étaient déjà plus la machine à cash automatique des années 2010. Les budgets gonflent, les attentes aussi, et le public, lui, commence à demander autre chose qu’un enchaînement de CGI et de promesses d’univers étendu. Le succès en streaming du film a montré qu’un personnage peut survivre à une exploitation en salles tiède s’il trouve ensuite son public dans une fenêtre de diffusion plus souple. Ce n’est pas glamour, mais c’est la réalité industrielle du moment. Le box-office n’écrit plus tout le destin d’un super-héros ; parfois, il ne fait que l’ouvrir.
Reste la vraie question, celle qui chatouille un peu plus que les autres : Man of Tomorrow va-t-il réussir à faire tenir tout ce petit monde sans s’emmêler les câbles ? Parce qu’à force d’empiler les figures, les alliances, les menaces cosmiques et les retours attendus, on peut vite transformer un film en tableau Excel avec capes. Mais Gunn n’est pas un comptable du spectaculaire, il est plutôt du genre à faire danser le chaos jusqu’à ce qu’il ressemble à une idée. Si Blue Beetle revient, c’est peut-être le signe que DC commence enfin à comprendre qu’un univers partagé n’a rien d’une vitrine : c’est un réseau de survivants, de passeurs et de sales gosses en armure. Et ça, franchement, on peut bien lui laisser une chance. À condition, évidemment, que le scarabée ne se fasse pas avaler par le bruit de fond.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




