En Corée du Sud, Toy Story 5 continue de jouer les patrons sans transpirer : 3,3 millions de dollars et près de 503 000 entrées sur le seul week-end du 26 au 28 juin 2026. Pendant ce temps, le thriller The Eyes débarque en deuxième position. Le box-office adore les jouets bien rangés, visiblement.
Le chiffre vient du KOBIS, le service de suivi du Korean Film Council, et il dit quelque chose d’assez net sur l’état du marché local : l’animation familiale de Disney et Pixar reste une valeur refuge, une machine à billets qui sait encore fédérer au-delà des seuls enfants. Avec 502 939 admissions sur trois jours, Toy Story 5 confirme que la franchise n’a rien d’un vestige nostalgique qu’on ressort du placard pour faire semblant de croire à la magie. On est plutôt face à une poule aux œufs d’or parfaitement entretenue, calibrée pour l’exploitation en salles et taillée pour les multiplexes qui aiment les séances pleines et les files au confiserie. Pixar ne vend pas seulement des jouets : il vend encore du rendez-vous collectif.
Ce qui frappe, c’est moins la performance brute que sa tenue. Dans un marché comme la Corée du Sud, où le public local peut faire basculer la hiérarchie d’un week-end à l’autre, rester en tête n’a rien d’anodin. Les blockbusters d’animation disposent d’un avantage structurel : ils rassurent les familles, traversent mieux les frontières culturelles et résistent souvent plus longtemps que les thrillers ou les films de genre, qui doivent compter sur un bouche-à-oreille plus nerveux. Toy Story 5 profite aussi d’un capital affectif construit sur près de trente ans de saga, depuis le premier opus de 1995. À ce stade, Woody et Buzz ne sont plus des personnages, ce sont des demi-dieux du box-office. Le vrai luxe d’une franchise, c’est de faire croire qu’on vient pour l’histoire alors qu’on revient pour le rituel.
Le jouet qui ne casse jamais
La force de Toy Story tient à sa double nature : film pour enfants en surface, mélodrame sur le temps qui passe en profondeur. C’est précisément ce mélange qui lui permet de survivre à ses propres suites sans sombrer dans la redite mécanique. Chaque nouvel épisode doit faire semblant de repartir de zéro, tout en capitalisant sur une mémoire émotionnelle déjà énorme. C’est le péché originel des franchises longues, mais ici, Pixar a longtemps su le transformer en moteur dramatique. Le public coréen, lui, répond présent, et pas qu’un peu. Quand un film d’animation américain dépasse les 500 000 entrées sur un week-end, on ne parle pas d’un simple démarrage poli : on parle d’un mastodonte qui a trouvé son terrain de jeu. Le box-office, parfois, c’est juste la nostalgie avec une caisse enregistreuse.

Autre valeur à surveiller : la concurrence. L’arrivée de The Eyes en deuxième place montre qu’il y a encore de la place pour un thriller dans le paysage, mais pas forcément de quoi renverser la table. Le genre peut créer la surprise, surtout si le film s’appuie sur une proposition de mise en scène un peu plus nerveuse que la moyenne des produits formatés. Sauf que face à une franchise Pixar, il faut plus qu’un bon concept et une affiche sombre pour faire vaciller la hiérarchie. Il faut un événement, un vrai, pas juste un film qui joue des coudes. Le thriller peut mordre, mais Pixar a encore les dents plus longues.
La Corée, ce juge de paix pas si docile
On oublie souvent que la Corée du Sud n’est pas un marché secondaire où Hollywood viendrait déposer ses jouets après la bataille. C’est un territoire de consommation cinéphile, ultra compétitif, où les sorties locales et américaines se toisent sans complexe. La moindre baisse de régime se voit vite, la moindre percée aussi. Dans ce décor, le maintien de Toy Story 5 au sommet vaut comme un signal : la marque Disney-Pixar conserve une autorité commerciale intacte, même dans un environnement où le public a appris à zapper vite et à arbitrer sans fidélité aveugle. Et ça, pour un studio, c’est de l’or massif. Quand une franchise tient encore la boutique à l’étranger, c’est qu’elle n’a pas seulement du passé : elle a encore du carburant.
Reste la question qui fâche un peu, celle qu’on se pose entre deux gorgées au comptoir de la rédaction : jusqu’où peut aller cette mécanique sans s’user ? Toy Story a toujours eu l’intelligence de parler de la fin des choses en restant un produit de luxe industriel. C’est sa grande élégance, et aussi sa petite hypocrisie. Le film vend l’émotion, le studio encaisse, et le public accepte l’échange parce qu’il y trouve son compte. Pas besoin de faire semblant d’être dupe. Tant que les jouets pleurent juste assez pour nous faire revenir, Pixar n’a pas fini de rafler la mise.
Bande-annonce VF de Toy Story 5
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




