Les animatroniques de Freddy Fazbear n’ont visiblement pas fini de mâcher du public, et Blumhouse le sait très bien. En confiant le scénario du prochain Five Nights at Freddy’s à Gary Dauberman, le studio joue une carte qui sent le réflexe industriel autant que le pari malin : reprendre un artisan des franchises horrifiques qui a déjà transformé des mascottes en machines à cash. On parle d’un scénariste passé par It, Annabelle et The Nun, autrement dit trois piliers d’une horreur grand public calibrée pour les multiplexes, les fans de frissons et les bilans de fin d’année qui font sourire les comptables. Le premier Five Nights at Freddy’s a déjà prouvé en 2023 qu’un concept né du jeu vidéo pouvait exploser en salles malgré une sortie hybride, et le second opus a confirmé que la franchise n’était pas un simple coup de chance. Bref, Blumhouse ne cherche pas un auteur pour faire joli : il engage un faiseur de tubes.
Pour comprendre la manœuvre, il faut revenir à la logique de ces franchises qui prospèrent depuis une décennie. It a montré qu’un film d’horreur pouvait dépasser le statut de niche et devenir un phénomène de masse, avec un box office mondial qui a redéfini les attentes du genre. Annabelle a, elle, prouvé qu’un objet de cauchemar pouvait devenir une poule aux œufs d’or à lui tout seul. Quant à The Nun, elle a consolidé le petit empire occulte de Conjuring avec une efficacité de chaîne de montage. Gary Dauberman n’est pas seulement un scénariste d’horreur : c’est un architecte de franchises, quelqu’un qui sait comment faire tenir ensemble le monstre, la mythologie et le ticket de caisse. Dans ce métier-là, l’inspiration compte, mais la mécanique rapporte encore plus.
Et Five Nights at Freddy’s est exactement le genre de machine qui réclame ce savoir-faire-là : du lore, des jumpscares, une iconographie immédiatement lisible, et assez de place pour faire revenir les spectateurs sans trop leur demander de réfléchir entre deux sursauts.
Freddy, ses crocs et son business model
La franchise Five Nights at Freddy’s repose sur un principe d’une simplicité presque obscène : un lieu fermé, des créatures mécaniques possédées, une menace nocturne, et une tension qui monte par petites secousses. Le jeu vidéo d’origine, imaginé par Scott Cawthon, a bâti son succès sur cette économie du stress minimaliste. Pas besoin d’un univers étendu à rallonge pour faire trembler le public ; il suffit d’un cadre, de quelques règles, et d’une poignée d’images qui collent au cerveau comme du chewing-gum sur une semelle. Hollywood adore ce genre de matière première, parce qu’elle se prête à la fois au fan service, au recyclage et à la suite quasi automatique. C’est moche à dire, mais c’est comme ça que la machine tourne.
Le passage de Dauberman sur le projet n’a donc rien d’anodin. Il connaît les franchises qui s’appuient sur une mémoire collective de la peur, celles qui transforment des figures enfantines en cauchemars industriels. Il sait aussi écrire pour des studios qui veulent ménager le grand public sans trahir les fidèles. Son nom sur l’affiche du scénario agit comme un signal rassurant : on ne va pas tenter une réinvention arty, on va plutôt solidifier la charpente, densifier la mythologie et pousser les curseurs du macabre juste ce qu’il faut. Autrement dit, on ne change pas la recette, on la graisse.

Blumhouse, Atomic Monster et la petite cuisine des gros frissons
Depuis des années, Blumhouse a fait de l’horreur à budget contenu une stratégie d’occupation du terrain. Le studio a compris avant beaucoup d’autres qu’un film d’épouvante rentable n’a pas besoin d’un budget de super-héros pour exister. Atomic Monster, l’entité liée à James Wan, a de son côté perfectionné l’art de la franchise horrifique à tiroirs, entre créatures, possessions et mythologies interconnectées. Ensemble, les deux maisons forment une alliance très hollywoodienne : un peu de flair, beaucoup de méthode, et une obsession pour les propriétés intellectuelles capables de se décliner en suites, préquelles et spin-offs sans trop forcer. Le genre, ici, sert de laboratoire à la série B premium.
Dans ce cadre, Gary Dauberman est presque le maillon idéal. Il n’écrit pas pour casser la baraque, il écrit pour la tenir debout. Il sait comment installer un monstre sacré en carton-pâte sans que le public voie trop les coutures. Et surtout, il sait comment faire en sorte qu’une franchise garde sa forme de jouet cassé mais toujours vendable. On peut trouver ça cynique, bien sûr. On peut aussi reconnaître que c’est précisément ce cynisme-là qui a permis à l’horreur commerciale de rester l’un des genres les plus vivants du box office. Le frisson, à Hollywood, n’est jamais loin du tableur Excel.
Le retour du croque-mitaine en plastique
Ce qui rend cette annonce intéressante, c’est qu’elle confirme une tendance plus large : le cinéma de genre industriel ne cherche plus seulement des idées, il cherche des écosystèmes. Five Nights at Freddy’s n’est pas seulement un film, c’est une marque, une mémoire de jeu, une promesse de séquelles et un terrain de jeu pour les studios qui aiment faire passer le flambeau sans jamais lâcher la caisse. Avec Dauberman, Blumhouse et Atomic Monster misent sur une continuité de ton plus que sur une rupture de forme. Et franchement, dans une industrie qui adore se tirer une balle dans le pied avec des reboots mal fichus, ce n’est pas la pire décision du monde.
Reste la vraie question, celle qui agite toujours les franchises arrivées à ce stade : jusqu’où peut-on étirer le cauchemar sans qu’il devienne un simple produit dérivé de lui-même ? Dauberman a déjà prouvé qu’il savait faire durer la peur au-delà du premier choc. Mais Five Nights at Freddy’s devra éviter le piège classique des suites qui empilent le lore comme on entasse des boîtes dans un grenier. Si le prochain opus trouve le bon dosage entre mécanique de jeu, terreur pop et vraie mise en scène du malaise, il peut encore faire très mal. Sinon, on aura juste un autre animal de foire numérique qui claque des dents dans le noir. Et ça, on l’a déjà vu mille fois.
Bande-annonce VF de Five Nights at Freddy's
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




