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    Nrmagazine » Pixar ressort Nemo et Dory pour mieux préparer le terrain
    Blog Entertainment 26 juin 20265 Minutes de Lecture

    Pixar ressort Nemo et Dory pour mieux préparer le terrain

    Avec Loving Dory et Gatto, le studio rejoue sa vieille magie sans lâcher la laisse du marketing
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    Pixar adore faire semblant de regarder vers l’avant tout en fouillant dans sa boîte à jouets la plus rentable. Avec Loving Dory, le studio remet Nemo et Dory au centre du jeu, pendant qu’il agite déjà Gatto comme prochaine friandise pour les festivaliers d’Annecy.

    Le mouvement n’a rien d’anodin. Depuis plusieurs années, Pixar avance sur une ligne de crête assez casse-gueule : conserver son aura d’atelier d’orfèvres tout en restant une machine à cash pour Disney, maison mère depuis le rachat de 2006 pour 7,4 milliards de dollars. Or, dans le Hollywood des années 2020, la nostalgie n’est plus un parfum d’ambiance, c’est une stratégie industrielle. Quand les suites, préquelles et spin-off remplissent les salles plus sûrement que les paris originaux, on comprend vite pourquoi un court métrage comme Loving Dory devient plus qu’un simple bonus de programme. C’est une sonde. Un test de température. Une manière de vérifier si le public a encore envie de replonger dans l’océan de Finding Nemo et Finding Dory sans avoir l’impression d’acheter la même bouée pour la troisième fois.

    Pour rappel, Finding Nemo de Andrew Stanton, sorti en 2003, a rapporté plus de 940 millions de dollars dans le monde, tandis que Finding Dory en 2016 a dépassé le milliard de dollars au box-office mondial. Autant dire que la franchise n’a jamais été une petite curiosité de cinéphiles en short de bain. Elle appartient à cette catégorie de propriétés intellectuelles que les studios bichonnent comme une poule aux œufs d’or, avec ce mélange de tendresse affichée et de calcul froid qui fait tout le sel du système. Et Pixar, qui a longtemps vendu l’idée qu’un film pouvait être à la fois populaire, émotionnel et formellement audacieux, sait très bien où se trouve le nerf de la guerre. Quand Nemo remonte à la surface, ce n’est jamais juste pour faire coucou.

    Le retour du poisson, ou l’art de faire mousser la mémoire

    En apparence, Loving Dory ressemble à ce que Pixar sait faire de plus simple : un court, un duo connu, un capital sympathie énorme, et la promesse de quelques minutes de tendresse animée. Sauf que le studio ne travaille jamais à l’aveugle. Depuis ses débuts, il a compris qu’un court métrage n’est pas seulement un terrain d’expérimentation graphique ; c’est aussi un sas de réactivation affective. On y rallume des visages, on y réveille des réflexes, on y remet en circulation des personnages que le public croit avoir rangés dans un tiroir, mais qui n’ont jamais vraiment quitté la table. Dory, avec sa mémoire en pointillés, est presque le personnage idéal pour ce genre de recyclage affectif. Elle oublie, le spectateur non. Pratique, non ?

    Le choix de ressortir Nemo et Dory dit aussi quelque chose de l’état du studio. Pixar n’est plus dans la phase héroïque où chaque nouveau long métrage devait prouver qu’il pouvait changer la grammaire du film d’animation numérique. Cette bataille-là, le studio l’a gagnée au tournant des années 2000, avec Toy Story, Monstres & Cie, Le Monde de Nemo ou Les Indestructibles. Aujourd’hui, la question est plus terre à terre : comment maintenir la désirabilité de la marque quand l’offre s’est saturée, que la concurrence s’est musclée et que les plateformes ont rendu le public plus volatil qu’un banc de poissons en pleine panique ? La réponse tient souvent en un mot : réassurance.

    Gatto, ou le petit frisson avant la prochaine marée

    Le teaser de Gatto s’inscrit dans la même logique, mais avec une autre texture. Là où Loving Dory joue la carte du retour familier, Gatto sert de promesse de nouveauté, de respiration, de futur possible. Pixar ne peut pas vivre uniquement de ses anciennes gloires, sinon il se transforme en musée climatisé avec boutique à la sortie. Le studio doit donc continuellement fabriquer du désir pour des projets inédits, tout en sécurisant la caisse avec ses franchises les plus solides. C’est la vieille dialectique hollywoodienne, celle qui oppose la prise de risque à la gestion du patrimoine, sauf qu’ici les deux se tiennent par la main comme deux cousins qui se supportent à moitié.

    Le contexte d’Annecy n’est pas innocent non plus. Le festival reste l’un des grands lieux de légitimation du cinéma d’animation, un endroit où les studios viennent encore montrer qu’ils savent parler aux spécialistes sans perdre le grand public. Pixar y soigne son image de laboratoire élégant, alors même que ses choix industriels répondent à des logiques très concrètes : calendrier de sortie, circulation des marques, entretien du lien avec les familles, et surtout préparation du terrain pour les futurs longs métrages. On ne tease pas Gatto par philanthropie cinéphile. On le tease parce qu’il faut nourrir la machine, et vite. Le chat n’est pas seulement mignon, il est stratégique.

    La tendresse comme produit dérivé

    Ce qui frappe, au fond, c’est la manière dont Pixar continue de transformer l’émotion en architecture commerciale sans perdre complètement la main sur la mise en scène. Le studio n’a jamais été un simple fabricant de produits dérivés, même si la tentation est permanente. Il sait encore raconter, cadrer, rythmer, faire exister un gag ou une respiration mélancolique. Mais cette virtuosité sert désormais un écosystème plus large où chaque annonce doit pouvoir irriguer plusieurs étages : la salle, la plateforme, le merchandising, la conversation en ligne, la mémoire collective. L’animation n’échappe pas à la logique du blockbuster ; elle en est même devenue l’un des moteurs les plus fiables.

    Alors oui, revoir Nemo et Dory peut donner un petit sourire. Oui, Gatto peut intriguer. Mais derrière la caresse, il y a toujours la mécanique. Pixar n’a pas perdu son savoir-faire, il l’a mis au service d’une stratégie beaucoup plus lisible qu’avant. Ce n’est pas forcément triste, juste très hollywoodien. Et si l’on veut être honnête, on sait bien qu’on ira quand même jeter un œil. Parce qu’au cinéma, les vieux poissons et les nouveaux chats ont encore de beaux jours devant eux. Le piège est connu, mais on y replonge volontiers.

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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